JOB, X
Tes mains m'ont formé et façonné :
Après cela (1), tu veux me détruire !
Souviens-toi donc que tu m'as pétri comme de l'argile : Vas-tu me ramener à la poussière?
Ne m'as-tu pas coulé comme du lait, Et pressé comme un fromage?
Tu m'as revélu de peau et de chair, Et tu m'as tissé d'os et de nerfs;
Tu m'as donné vie et faveur.
Et ta providence veillait sur mon souffle.
Cependant, voiJà ce que tu cachais dans ton cœur ! Je sais bien que tu me réservais ce destin (2) !
Que je pèche, tu me le feras expier, Et tu ne me pardonneras aucune faute.
Si j'étais coupable, malheur à moi !
Même innocent, je n'ose lever la tète..
Lasse- toi donc de mlmmilier, et vois ma misère ! Mais, comme un lion bondissant, tu me donnes la chasse. Tu déploies derechef la puissance contre moi! Tu m'opposes de nouveaux témoins (?), Et ta fureur contre moi grandit sans cesse, Tes légions se relèvent pour m'assaillir.
Pourquoi m'avoir amené au jour ?
Je serais mort et aucun œil ne m'aurait vu. Je serais comme si je n'avais jamais été :
On m'eût porté du sein maternel au tombeau.
Il me reste peu de jours :
Qu'il me laisse respirer un peu,
(1) LireiiD inKT (leçon du grec) « et ensuite revenant » sur ta faveur.
(2) Le malheur présent.
JOB. XI, U-xii, 2 109
Car il connaît les hommes pervers.
Et il découvre l'iniquité, sans y faire attention. L'esprit le plus creux est capable de le comprendre Et un ânon deviendrait homme (i).
Pour toi, si tu diriges ton cœur vers Dieu, Et que tu étendes vers lui tes bras ; Situ éloignes de tes mains l'injustice Et que tu ne loges pas Tiniquité dans ta tente :
Alors tu ne craindras pas de lever la tête, (2) Et tu n'auras plus à redouter l'adversité.
Tu oublieras la souffrance ; Tu y penseras comme à des eaux qui ont passé.
Les ténèbres se changeront en aurore, Et Tavenir se lèvera plus brillant que le midi (3). Tu seras en assurance, plein d'espoir, Et, après les humiliations, tu dormiras en paix ;
Tu te reposeras, sans que personne t'inquiète. Et beaucoup te feront des caresses flatteuses. Les yeux des méchants seront consumés, Et ils ne trouveront pas eux-mêmes où se réfugier (4).
Alors Job prit la parole et dit:
En vérité, vous êtes des gens habiles.
Et avec vous mourra la sagesse.
(1) Passage diversement interprété. Sophar paraît vouloir dire que la conduite de la Providence dans les affaires de ce monde ne présente pas d'obscurités. Dieu peut en donner l'intelligence aux esprits les plus oblus.
(2) Omettre le mot DIDQ, qui est une surcharge pour le vers el pour le sens. Bickell.
(3) Les deux vers de ce distique sont intervertis dans l'hébreu.
(4) L'hébreu ajoute: « Leur espérance est l'expiration du souffle». Glose ou vers sans parallèle.
JOB, XII, 15-xiii, 4 S'il retient tes eaux, elles tarissent ; S'il les l&che, elles bouleversent la terre.
En lui sont la force et le savoir ; A lui, le trompeur et le trompé.
Ilconduiten captivité les arbitres des nations, Et il rend fous les juges.
Il détache le baudrier des rois (?) Et ceint leurs reins d'une corde (?) Il emmène prisonniers les prêtres.
Et il renverse les puissants; Il retire la parole aux plus éloquents, Et il enlève l'expérience aux vieillards.
Il verse le mépris sur les nobles, Et il relâche la ceinture des forts ; 11 met au jour les profondeurs ténébreuses, Et produit à la lumière l'obscurité ;
// grandit les nations et il les détruit,
Il étend les peuples et il les conduit en exil.
11 prive d'intelligence les chefs de la foule, Et il les égare dans un désertsans chemins:
ils tâtonnent dans l'obscurité, sans lumière. Et ils errent comme des gens ivres.
Mon œil a vu cela.
Mon oreille l'a entendu et compris.
Ce que vous savez, je le sais aussi ; Je ne vous suis nullement inférieur.
Mais c'est au Tout-Puissant que je voudrai!
C'est avec Dieu que je voudrais discuter.
Car vous, vous êtes des charlatans ; Vous êtes tous de laux médecins.
JOB, ïiii, 19-xiv, 3 Quelqu'un paut-il disputer contre moi?
A l'instant, je veux me taire et mourir.
Ëpargne-moi (1) seulement deux choses, Pour que je ne fuie pas ta présence:
Ne laisse pas sur moi ta main, Et que tes terreurs ne m'épouvantent pas.
Après cela, interroge et je répliquerai ; Ou bien je parierai, lu me répondras.
Combien ai-je d'iniquités et dépêchés?
Fais-moi connaEtre mes fautes et mes offenses Pourquoi détournes-tu ta face, Et me regardes-tu comme ton ennemi ?
Veux-tu effrayer une feuille emportée par le Et poursuivre une paille desséchée, Puisque tu dictes contre moi des arrêts amers, Et que tu m'imputes les fautes de ma jeunesse;
Puisque tu mets mes pieds dans les ceps, Et que tu épies toutes mes démarches (S) 7
L'homme né de lafemme.
Vit peu de jours, et il est rassasié de trouble. C'est la fleur qu'on coupe à peine éclose.
L'ombre qui passe et qui ne dure pas.
Et c'estsur lui que tu ouvres les yeux.
C'est lui que tu amènes en justice avec toi (3),
(1) Job s'adresse à Dieu. Les deux vers souligna dans les Septante.
(2) La fin de la strophe est représentée par une foi gible. Suit un verset qui n'est pas à sa place et après XIV. 3.
(3) Ici se place la réflexion : i Qui peut tirer le p Persoune. ■ Elle ne constitue ni un distique ni un v en rapport avec le contexte.