‹ Le livre de JobChapitre 18 sur 30 · JOB, XXXI · texte numérisé non relu

JOB, XXXI

Que ma femme soit Tesclave d'un étranger (1), Et qu'elle soit prostituée à d'autres I

Car c'est là un horrible forfait, Un crime puni par les juges,

C'est un feu qui dévore jusqu'à destruction complète (2), Et qui aurait ruiné toute ma fortune.

Jamais je n'ai violé le droit de mon esclave, Ou de ma servante, dans leurs débals avec moi. Que ferais-je quand Dieu se lèvera, Et quand il viendra juger, que lui répondrai-je ? Celui quim^a créé, n'a-Uil pas aussi créé mon serviteur, Un même auteur ne nous a-t-il pas formés dans le sein maternel (3) ?

Je n'ai pas refusé aux misérables ce qu'ils demandaient. Ni fait languir les yeux de la veuve.

Je n'ai pas mangé seul mon morceau de pain, Sans que l'orphelin en ait mangé sa part.

Car, depuis mon enfance, Dieu m^a élevé comme un père, Et depuis le sein de ma mère il a guidé mes pas (4).

Si j'ai vu périr un homme faute de vêtements. Et un pauvre n'avoir pas de quoi se couvrir, Sans que ses reins m'aient béni.

Réchauffé qu'il était par la toison de mes agneaux ;

Si j'ailevé la main sur l'orphelin.

Quand je me voyais soutenu à la porte (5)

(1) Littéralement: « qu'elle tourne la meule pour autrui ».

(2) Mot à mot: « jusqu'au gouffre » de l'enfer, c'est-à-dire jusqu'à ce que le coupable ait subi la mort.

(3) Réflexions de Job pour s'encourager à la vertu, dans le temps de sa prospérité.

(4) Même observation.

(5) Dans l'assemblée du peuple, au tribunal des juges»

146 jtfB,xxxi, 22-35

Que mon épaule se détache de Tomoplate,

Et que mon avant-bras soil arraché de Thumérus !

Car je craignais les châtiments de Dieu y

Et je me sentais impuissant devant sa majesté (i).

Jamais je n'ai. mis dans Tor mon assurance, Disant à Tor pur : « Tu es mon espoir ».

Jamais je ne me suis réjoui de ce que mes richesses étaient Ni de ce que ma main en avait beaucoup amassé. [grandes,

Quand j*ai vu briller le soleil, Et la lune s'avancer dans sa splendeur, Jamais mon cœur n'a été séduit en secret, Et je n'ai point mis la main sur ma bouche pour leur envoyer C'est là aussi un crime capital : [un baiser (2).

J'aurais renié le Dieu très haut.

Jamais je ne me suis réjoui de la ruine de mon ennemi, Et je n'ai point tressailli d'aise quand il lui est arrivé mal- Je n'ai pas permis à ma langue (3) de pécher, [heur

En demandant sa mort par une imprécation.

Jamais les gens de ma tente n'ont dit :

• Que ne pouvons-nous manger à sa table (4) ? » L'étranger ne passait pas la nuit dehors ; J'ouvrais mes portes au voyageur.

Jamais je n'ai enseveli mes fautes dans le secret, En cachant dans mon sein mon iniquité.

Comme si je craignais la multitude Et que le mépris des tribus m'épouvantât.

Et maintenant, je me tairais, je n'oserais comparaître ! Ah I que n'ai-je quelqu'un pour m'entendre I

(1) Bickell renvoie ce distique isolé avant le v. 15: « Celui qui m'a créé » etc., pour former une strophe. Le grec ne Tavait pas.

(2) En signe d'adoration.

(3) Littéralement : « mon gosier ».

(4) Supprimer la négation dans les deux membres du distique.

JOB, XXXI, 36-40; XLi, 1-4; ^^xxviii, 1-3 147

Voici mes conclusions : que le Tout-Puissant me réponde ! Mon adversaire à dil écrire aussi sa cédule:

Que je la porte sur mon épaule I Que je m'en ceigne le front comme d'une couronne ! Je veux lui (1) exposer en détail mes démarches, Et je m'avancerai vers lui, fier comme un prince.

«Si ma terre a crié contre moi, Et si ses sillons ont pleuré ; Si f ai mangé ses fruits sans l'avoir payée, Et sifai réduit son possesseur à Vextrémité (2), Qu'elle produise des ronces au lieu de froment Et de rivraie au lieu d*orge !

Alors lahvé répondit à Job du sein de la tempête, et il dit :

Voilà sa présomption confondue (3) I Va-t-il aussi s'attaquer à moi présent (4) î Nul n'est assez audacieux pour me provoquer (3), Et qui s'exposerait à me résister en face ?

Qui marcherait impunément contre moi (6), Le maître de tout ce qui est sous les cieux ? Je ne me tairai point sur ses vains discours, Ses grands mots et ses belles raisons.

Quel est celui-ci, qui obscurcit la Providence Par des discours inintelligents ?

Geins tes reins comme un homme ; Je vais t'interroger, et lu m'instruiras.

(1) A Dieu, qui est à la fois juge et adversaire de Job.

(2) Mot à mot : t Si j'ai fait rendre Tâme à son posseseur ».

(3) Il n'est pas nécessaire de dire que la subite manifestation de lahvé a jeté Job dans la stupeur. Exorde transporté XLI, 1-4. Bickell retient seulement comme primitifs les versets 2 et 3. Il semble plutôt que ce morceau fait double emploi avec XXXVIII, 1-3.

(4) Lire "ïnid.

(5) Lire ">3-j">r .

(6) Lire dSw^I.

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