‹ Le Livre de JobChapitre 24 sur 82 · ANALYSE DU DISCOURS · texte numérisé non relu

ANALYSE DU DISCOURS

Job rejette la vivacitede ses plaintes sur la grandeur des maux qu’il endure : maux que ses amis portent au comble par leurs discours fades et deplaces. 11 desire unc prompte mort, dans la crainte que la patience enfin ne lui echappe. II reproche a ses amis de l’abandonner a sa propre faiblesse et de l’accabler de reprimandes aussi injustesque violentes. II les conjure de deposer leurs preventions pour lejuger. Puis etablissant sa these, il soutient que Dieu afflige egalement tous les hommes ici~bas, et que telle est la veritable cause deses souffrances dont il fait une touchante peinture. Il termine par demander a Dieu, en des termes dont la hardiesse est temperee par le respect, qu’il daigne lui accorder quelque relache, et oublier les fautes echappees h sa fragility, mais dont son cceur n’a jamais ete complice.

Dans tout ce discours, Job tient un langage plein de mesure, et c’est pour n’en avoir pas compris quelques passages que plusieurs interpretes le font s’adresser a Dieu en termes qu’il serait difficile d’excuser.

Vl,1 Job repondit en ces termes :

2 Plut a Dieu qu’on pesat mon affliction

Qu’on mit ensemble mes maux dans la balance.

3 Ils seraient plus pesants que le sable des mers !

De la l’emportement de mes plaintes.

4 Gar les fleches du Tout-puissant me transpercent ; Leur poison me consume ;

Les terreurs de Dieu m’assiegent.

3 L’onagre rugit-il pres de l’herbe verte?

Et le taureau mugit-il devant sa pature ?

6 Mais comment manger d’un mets insipide,

Et quel gout trouver dans le sue d’une herbe fade?

7 Mon palais se refuse a y toucher ?

C’est pour moi un aliment qui me degoute.

8 Qui m’accordera que ma priere soit recue,

Et que Dieu remplisse mon attente !

9 Qu’il lui plaise de me briser ,

Qu’il laissealler sa main, et qu’il tranche mes jours. 10 Et qu’il me reste encore cette consolation,

4. inn nnitf 3. Jer. a bien traduit ebibit spiritum meum , et

e’est sans raison que quelques modernes voudraientrenverser la proposition, en prenant inn pour le sujet du verbe.

5-6. Ses rugissements sont une preuve de sa douleur amere, et sans aucune consolation. Car peut-il appeler consolations les paroles insipides de ses amis? C’est la, si je ne me trompe, ce que Job designe par ce mets fade dont il ne peut 'manger. Ainsi l’entendent lesliebreux, et enelfet le motniD^n designe

en syriaque une herbe fade, proverbialement employee cliez les Arabes pour signitier un discours fade et deplace. Cependant les Juifs traduisent plutot ce mot par le dedans de I'ceuf, metapliore qui revient au meme sens.

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