‹ Le Livre de JobChapitre 44 sur 82 · ANALYSE · texte numérisé non relu

ANALYSE

Sopharse flattait peut-etre d’avoir abattu Job, et de l’avoir reduit au silence. Mais c’est quand il semble attere par le poids de la majeste divine dont on le menace, qu’il sereleve plus fort et plus assure que jamais. Sa response peut se reduire k ces deux points. II concede a ses amis leur principe, mais il soutient qu’ils en tirentune consequence tOut& fait fausse.

Il concede leur principe : il recommit que Dieu est la cause et 1’auteur de tout ce qui existe, et que sa puissance est sans bornes. Bien loin de contester cette verite, il la releve par la magnificence des images beaucoup plus que n’avaient fait ses amis, afin de montrer qu’il ne leur cede pas en sagesse. Mais en meme temps, par une habile ironie, il leur fait sentir que cette sagesse est vulgaire, et que les etres meme inanimes la proclament de concert. Ch. 12 — ch. 13 v. 1 et 2.

Puis venant it la consequence (ch. 13, v. 3 etsuiv.), comme il sent la difficulty de convaincre des esprits prevenus, sur le fait intime de son innocence, c’est & Dieu qu’il veut s’adresser, dit-il; et par cette confiance dans la bonte de sa cause, il croit en donner la meilleure preuve dont elle soit susceptible. Il fait done it ses amis de vifs reproches sur leur partialite en faveur de Dieu, et les menace de sa colere. Pour lui, il est decide k tout oser pour demander a Dieu compte de sa con-

duite envers son serviteur. Apres ce preambule, ii s’adresse en effet h lui avec hardiesse ; mais a peine a-t-il prononce les premiers mots que son ton s’adoucit. On voit qu’il tente plutot de flechir son juge que de disputer contre lui. II rejette ses fautes sur l’infirmite de sa nature, et sur le vice de son origine. II insiste beaucoup sur la brievete de sa vie, qui, une fois ecoulee, ne reviendra plus. Ah ! s’il ne devait descendre aux enters que pour un peu de temps, s’il devait bientot revivre, il attendrait patiemment la fin de son epreuve! 11 attendrait que Dieu, qui l’afflige en cette premiere vie, lui tendit la main pour le recompenser en le rappelant sur la terre. Mais non, 1‘homme disparait sans retour, et, une foismort, il ne peut plus prendre aucun soin de sa famille, ni aucune part aux affaires de ce monde. Voila ce qui le porte & desirer quelques jours de grace etde repit.

On voit, par cette courte analyse, que si Job ne parle pas ici de la resurrection des corps parce que son sujet ne le demandait pas, il ne dit rien non plus contre ce dogme. La resurrection qu’il regarde impossible est une resurrection prompte et un retour prochain au milieu deses amis et de ses proches pour jouir de leur presence, et leur donner des soins. G’est surtout sur le sort deses enfants que sa sollicitude la plus tendre se porte. Job avait perdu tous ses enfants, mais il pouvait avoir de petits enfants, ou d’autres proches parents aux quels la mort de ses fils le rendait doublement necessaire. Peutetre aussi, selon les lxx, des enfants nes de femmes du deuxteme rang. Et il semble que c’est en leur faveur plus

que pour lui-meme qu’il intercede. La resurrection generale qui aura lieu Si la fin des temps etait done tout Si faitetrangere Si son objet.

XII, 1 Job repondit en ces termes :

% Yous seuls etes des hommes, assurement,

Et avec vous perira la sagesse.

3 Ah ! j’ai de Intelligence autant que vous,

Et ne vous le cede point.

Qui ne sait d’ailleurs tout ce que vous dites ?

4 Serai-je l’homme raille par ses amis,

Page 1