REPONSE DE JOB. XYI-XVII
Las de disputer en vain, et n’esperant plus porter la conviction dans des esprits obstin^s, Job essaie d’attendrir ses amis, et de leur faire toucher au doigt la cruaute dont ils usent a son egard. Pour cela, il commence par une ironie mordante. Puis il passe au ton de la plainte, et semble trouver quelque soulagement & redire ce qu’il souffre. Dieu a disperse tous ses appuis, il l’a jete dans les fers, et il le livre en proie 4 de faux temoins qui 1’accablent d’outrages. Puisse-t-il enfin dcouter sa plainte, lui donner lieu de se d^fendre, et chatier ses calomniateurs. Mais qu’il se hate ! car les jours de l’homme sont courts. L’innocent opprim6 va bientot disparaitre. Oui, les enfers sont desormais sa seule esperance, si toutefois il y trouve le repos !
TRADUCTION
XVI, 1 Job repondit, et dit :
% Assez souvent, j’ai entendu de semblables harangues;
Vous etes tous d’ennuyeux consolateurs.
3 Qnand fmiront ces vains discours?
Quel aiguillon t’excite h repliquer?
4 Que je voudrais parler comme vous, si vous etiez h
ma place !
Je deroulerais des discours devant vous,
Je pencherais vers vous la tete ;
5 Je vous exhorterais par des paroles,
Et j’ aurais la pitie sur les levres.
G Si je parle, ma douleur ne se cal me pas.
Si je me tais, en est-elle soulagee?
7 Vraiment, aujourd’hui elle m’accable ;
0 Dieu ! tu as moissonne tous mes proches.
8 Et quand tu me tiens dans les cbaines,
II s’fsleve un temoin, un traitre contre moi ;
Devant ma face, il m’accuse.
9 Sa colere me dechire, et s’acharne sur moi.
4. Ces paroles et les suivanles sont ironiques. Job veut faire comprendre a ses amis combien leurs consolations sont vaines et leur compassion cruelle. Dans ce dessein, il suppose les roles intervertis et semble leur demander comment ils recevraient, de sa part, ces signes exterieurs et hypocrites de sympathie. Mais il n’a certainement pas un desir vrai et serieux, le cas donne, d’imiter ses amis. Ce n’est qu’une tournure oratoire employee pour donner plus de vivacite 5. la pensee.
8. Selon d’autres : « Les cbaines dont tu me charges deposent contre moi. Ma maigreur s’eleve en temoignage ; elle m’accuse en face. »
Le mot ijupprn fait la fin du verset 7, comme font entendu les lxx. Le sens parait exiger absolument cette coupe,
Contre moi, mon ennemi grince des dents, et ses yeux etincellent.
I 0 11s dilatent leur bouche pour me ddvorer ;
Ils roe frappent les joues avec outrage ;
Ils se liguent tous ensemble pour me perdre.
I I Dieu me livre au pervers ;
II m’abandonne k la merci des mdchants.
\% J’etais en paix, et il m’a brise ;
et la mesure ne s'y oppose pas. Car ijippprn Peut former & lui seul un 3a membre de la phrase.
Le verset 8 doit se couper ainsi :
■13 □pi* *i j-pn Tdb In teste, m fuit et surrexit contra me.
• ttt t t * ’ :
rpSP pan luins Falsiloquus mens , contra faciem meam testatur.
Le sujet est indetermine. C’est l’instrument de la vengeance divine, quel qu’il soit. On pourrait prendre pour sujet i3hp, sujet de au v. 7. Mais j’aime mieux prendre pour
sujet un nom indetermine : aliquis, adversarius, etc.
Le mot ipjrpi mendacium , doit etre pour vir mendacity
mendax. Comme rftpp, areas pour vir arcitenens, Sagittarius ,
et cent autres metonymies semblables; ou bien il faut lire : ny'na, mot de la forme Stdd- En tout cas, je ne crois pas qu’on
doive prendre ce mot pour le sujet , mais pour un simple oppositif du sujet non exprime. Il en est de meme peut-etre du mot 'tyj au verset suivant. — Les modernes ont tenu peu
compte du contexte , quand ils ont traduit par maigreur. Car on voit, par les versets qui suivent , que Job se plaint d’un tout autre temoin que de celui qu’il porte sur ses traits amaigris.
12. Le cou droit et raide est le signe de la resistance. Le cou incline sous le joug est le signe de rhumiliation et de la d^faite.
II m’a saisi par la nuque, et il m’a broye.
II m’a mis comme un but Si ses traits.
13 Ses fleches m’environnent ; il perce mes flancs sans
pitie ;
Il repand mes entrailles a terre.
14 II me fait blessure sur blessure;
Il se precipite sur moi comme un geant.
1 5 J’ai couvert ma peau d’un cilice,
Et j’ai roule ma corne dans la poussiere.
16 Mon visage s’est enflamme par mes larmes,
Et l’ombre de la mort couvre mes paupieres.
17 Cependant il n’y avait poini d’injustice dans mes
mains ,
Et ma religion fut toujours pure.
18 0 terre, ne couvre pas mon sang,
Et que mes cris ne trouvent point d’ arret.
1 9 A cette heure meme, j’ai un temoin dans le ciel,
Un defen seur dans les hauts lieux.
20 L j’ai des intercesseurs et des amis.
Mon ceil implore Dieu par des larmes.
4 4. Image tiree d’une place fortifiee qu’on attaque quand les murailles ebranlees ouvrent de larges breches aux assaillants ; ils s’y precipitent avec fureur.
4 5. Image tiree d’un taureau abattu et desespere. Ces images sont families aux Orientaux. La corne est un symbole de gloire et de puissance.
20. Selon d’autres, qui entendent ces paroles des interlocuteurs de Job : Mes amis se moquent de moi. Ce sens se lie bien au contexte, mais il est plus difficile de l'appuyer par l’usage de la langue hebraique.
21 Qu’il protege le droit d’un homme qui en appelle a
lui ,
D’un mortel contre son ami.
22 Car le petit nombre de mes annees s’acheve,
Et j’entre dans la voie dont je ne reviendrai plus.
XVII, 1 Mon souffle vital s’epuise; mes jours s’eteignent :
Les sepulcres m’attendent.
2 Ah ! si ces railleurs etaient loin de moi !
Mon ceil veille la nuit parmi leurs outrages.
3 0 Dieu, donne un signe de tonappui; reponds pour
moi ;
21. Job, dans ce verset et les suivants, s’adresse h Dieu comme a un juge, non comme h sa partie adverse. Ce sont ses amis qui sont ses accusateurs et ses adversaires. C’est contre eux qu’il demande justice, pour prevenir le scandale de l’innocence opprimee et de l’injustice triomphante.
I. Les sepulcres , au pluriel, pour dire le lieu des sepulcres, la necropole. On pourrait aussi dire que c’est un pluriel poetique mis pour le singulier.
3. Signe par lequel on s’engageait comme caution. Job ne trouvant aucun defenseur parmi les liommes, demande h Dieu d’etre k la fois son juge et sa caution.
Le verbe 21V avec 1’acc. de la personnc, ou le S ne peut
signifier que : se faire garant pour quelqu’un et jamais donner un gage & quelqu’un. Mais ce sens presente ici deux difficultbs. Car, d’abord, il y a quelque chose de peu naturel dans celte idee : Fais-toi garant pour moi contre toi; sois tout k la fois mon garant et mon adversaire. On diraitbien : donne-moi un gage contre toi; mais ce serait s’ecarter du
Qui trouverais-je pour me frapper dans la main?
4 Car tu as ferme leur coeur h la sagesse;
Ne permets pas cju’ils triomphent.
5 Celui qui donne en proie ses amis ,
Que les yeux de ses enfants defaillent !
G Celui qui me livre & la risee des peuples !
Pour que tous me crachent au visage;
7 Pour que mon ceil soit voile par le chagrin,
Et que lout mon corps ne soit qu’une ombre.
8 Les hommes droits admireront ton jugement,
Et l’innocent s’animera de zele contre l’impie ;
9 Le juste s’attachera & sa voie ;
texte, car l'idee d’un adversaire qui depose un gage, et eelle d’un garant qui cautionne pour quelqu’un, sont deux idees, fort differentes. Le texte reveille la deuxi^me, et nullement la premiere. En second lieu, il est incroyable qu’apres avoir demande h Dieu qu’il nit lui-meme son garant, Job cherchat encore quelque autre caution, et c’est ce qu’ont senti les interpretes , qui ont contourne le second membre du verset pour traduire : Car, quel autre voudrait etre mon garant? Je crois done qu’il faut changer un point-voyelle et lire ijmy
par une voyelle longue ; ce qui presente un sens facile et bien suivi : donne quelqu’un qui cautionne pour moi contre toi; qui veut etre ma caution? C’est ainsi, en effet, qu’ont lu le cliald. , pone queeso fidejubentem me (vel qui fidejubeat me) tecum , el probablement le syr. pone fidejussorem meum ad le; quoique la polyglotte ait manque le sens des deux vers.— Quant aux lxx, ils ont omis ces mots entierement.
8. Ce verset et le suivant ne contribuent pas peu & determiner le sens des versets precedents et h eclaircir tout l’ensemble de ce discours. II nous a sernble que notre traduction offrait une suite de pensees naturelles et faciles i saisir.
Et celui dont les mains sont pures, en deviendra plus ferme.
I 0 Mais vous tous, revenez, venez done;
Ne trouverai-je pas un sage parmi vous?
I I Mes jours sont ecoules ; mes projets dissipes,
Ce patrimoine de mon ame.
12 Mes nuits sont changees en jours (par l’insomnie), Et mes jours sont presque aussi sombres que la nuit.
13 Qu’espdrer? L’enfer est ma demeure :
Dans le sejour tenebreux, j’ai dispose ma couche.
14 J’ai dit & la corruption : tu es mon pere,
Aux vers : vous etes ma mere et ma soeur.
15 Ou done est mon espoir?
Mon esperance, qui 1’apercoit?
16 Elle descend aux portes de l’enfer;
La, du moins, dans la poussiere, je trouverai le repos.