‹ Le Livre de JobChapitre 72 sur 82 · DERNIER DISGOURS DE JOR A SES AMIS SEGONDE PARTIE. XXIX-XXXI · texte numérisé non relu

DERNIER DISGOURS DE JOR A SES AMIS SEGONDE PARTIE. XXIX-XXXI

Job, voyant que ses amis etaient reduits au silence, reprend son discours. Jetant un regard sur ses jours passes, il les compare avec son affliction pr^sente, et fait un tableau touchant de sa vie et de ses oeuvres de justice et de misericorde pour montrer combien il etait

loin de meriter un pareil sort. On peut dire que les deux chapitres precedents sont la justification de sa foi k la Providence, et que ces trois-ci servent a justifier sa conduite.

TRADUCTION

XXIX, 1 Job reprit encore son discours, et dit :

2 Qui me rendra ces annees d’autrefois,

Ces temps oil Dieu me protegeait :

3 Quand sa lumiere brillait sur ma tete,

Et qu’avec elle je bravais les tenebres. ...,

4 Tel que j’etais aux jours de mon printemps.

Quand Dieu visitait familierement ma tente

5 Quand le Tout-Puissant etait encore a mes cotes, Et ma famille autour de moi ;

6 Quand je lavais mes pieds dans le lait,

Et que le rocher me versait des flots d’huile ;

7 Quand je me rendais aux portes de la ville,

Et que j’etablissais mon siege sur la place publique:

8 Les jeunes gens me voyaient, et se cachaient ;

Les vieillards se levaient et restaient debout.

9 Les princes se taisaient

* 3. hb.TDi de Sbn k l’inf. Kal, selon les uns, a l’inf.

Hipliil, bn par Apherese pour Snn> selon les autres. Dans

le premier cas, en donnant au verbe un sens intransitif : quum luceret ipse , id est , lampas ejus, ou en rapportant le premier i par syriacisme k -|j : cum luceret ipsa , lampas

ejus. Dans le second cas : cum faceret lucere lampadem ejus.

Et portaient la main a la bouche.

10 La voix des nobles restait muette,

Et leur langue s’attachait a leur palais.

1 1 L’oreille qui m’entendait me proclamait heureux, L’ceil qui me voyait me rendait temoignage ;

1 % Farce que je delivrais le pauvre qui criait,

Et Porphelin denue de secours.

1 3 Gelui qui allait perir me benissait,

Et je comblais de joie le cceur de la veuve.

14 Je m’enveloppais dans la justice comme dans un

vetement ;

L’equite formait mon manteau et ma couronne.

1 5 J’etais l’ceil de Paveugle,

Et le pied du boiteux.

1 6 J’etais le pere des indigents,

J’etudiais a fond la cause meme de l’inconnu.

17 Et je brisais les dents de l’injuste,

Je lui arrachais sa proie de la bouche.

1 8 Je disais : Je mourrai au sein de ma demeure,

Et je multiplierai mes jours comme le sable.

* 4 8. Vin- LXX : <( Offrrtp oTs'Xex.0? «potvtx.o?. Vlll g. SiCllt palma. C’est -ion qui en hebreu signifie palme ; on ne trouve jamais

Sin employe dans ce sens. Comme le Talmud donne au phenix le nom de S'ln? plusieurs modernes voient ici le phenix et pensent que wa^ep areXEyos est une interpolation introduite dans le texte des lxx, afin de iaire disparailre l’equivoque du mot 9gIvi^ qui en gree signifie palme et phenix. Le sens ordinaire de Sim sable, convient tres-bien k notre passage et il n’y a point de raison solide de s’en ecarter. L’autorite des Talmudistes n’est pas concluante : les fables sur lesquelles ils appuient leur interpretation, lui laisse peu

1 9 Mes racines s’etendent pres des eaux,

Et la rosee descend la nuit sur mes rameaux.

20 Ma gloire se renouvelle chaque jour,

Et mon arc reprend sa vigueur entre mes mains.

21 Tous etaient suspendus a ma voix,

Et recevaient en silence mes avis,

22 Ils n’ajoutaient rien & mes paroles ;

Elies coulaient sur eux comme la rosee.

23 Ils m’attendaient comme une pluie bienfaisante ;

Ils ouvraient la bouche comme aux ondees du

printemps.

24 Si je leur donnais un sourire, ils ne pouvaient le

croire ;

Ils recueillaient avidement un signe de faveur.

25 o Si je daignais les visiter, j’avais la premiere place ;

Je siegeais comme un roi dans son armee,

Comme celni qui console des affliges.

de credit : « Posteaquam Eva comedisset de fructu arboris , comedendum quoque dedit jumentix, bestiis et avibus , quae omnes obediverunt ipsi , exceptd und ave, cujus nomen est Yin ( Glossa : ipsa vocatur Phoenix vulgo , sicut scriptum est ) : Et sicut phoenix multiplicabo dies. » Jalkut h. 1. ap. Buxtorf , Lexicon talmud., col. 720. « Apud Talmudicos , continue Buxlorf, ib. vocatur uvuniN- Sanh. fol. JOB, 2, ubi scribitur : Noachum, cum reperisset hanc avem sedentem in tabulato ai cce, dixisse ipsi : quare non petis alimentum tuum ? respondit avis : Videbam te occupatum , neque volui tibi molesta esse. Turn Noa : Utinam , inquit, perpetuo vivas, hide scriptum est : In nido meo expirabo et sicut phoenix multiplicabo dies. »

* 24. Litter. Ils ne laissaient pas tomber par terre la lumiere de mon visage, c’est-a-dire ils recueillaient avec empressement, comme un signe de faveur, le moindre regard.

XXX, 1 Et maintenant, je sers de jouet k deshommes qui n’ont pas atteint mon age,

Dont je n’aurais pas daigne mettre les peres Parmi les chiens de mon troupeau.

% Et de quoi m’aurait servi la force de leur bras?

Iis n’ont point vecu jusqu’a Page mur.

3 Desseches par la inisere et la faim,

Ils broutaient le desert,

Un sol depuis longtemps aride et desole.

4 Ils coupaient quelques bourgeons amers sur les

buissons,

Et la racine du genet faisait leur aliment.

5 On les chassait de la societe des hommes ;

* 3. nNttiDI deux mots derives de la meme racine,

sont employes commo une sorte de superlatif pour exprimer la pensee avec plus de force.

* 4. Kali des Arabes, espece d’arrocbe, d’une saveur

salee, dont les pauvres mangent les bourgeons et les feuilles jeunes. Antiphane, cite par Athenee, nous peint de la meme maniere la pauvrete de quelques philosophes Pythagoriciens :

ev Tvi /apaS'pa, aXtp.cc Tpcifovre; xat xaxa rotaura auXXe-yovTi;. Ad C011-

fragrosas torrentis ripas alimum collectum et alia hujusmodi lauta rodebant. Deipnosoph, 1. 4, c. 16, ed. Casaubon, p. 161. Son nom, en hebreu comme en grec, lui vient de son gout sale. — nHy-iSy. designe le lieu oil l’on cherche le rnSn

ri'iui? broussailles, buissons. — cm* *i a ete rendu par genie-

vre, dans les anciennes versions. On s’accorde generalement aujourd’hui a le traduire par genet. Cf. in, Reg. xix, 4-5. Ps. cxix, v. l’hebreu, cxx, 4. L’abondance du genet dans le desert du Sinai fit donner son nom & une station des Israelites dans le desert: Rithmah, Num. xxxui, 18. La racine de cette plante est tres-amere.

On les poursuivait k grands cris, comme des voleurs.

6 Ils n’avaient pour asile que les flancs escarpes des

torrents,

Les cavernes de la terre et des rochers.

7 Ils poussaient leurs cris sauvages parmi les buissons, Et les orties etaient leur couche.

8 Race insensee, gens sans aveu,

Ils etaient bannis de la terre.

9 Et maintenant je suis leur chanson,

Et je suis Fobjet de leur risee.

1 0 Ils m’ont en horreur, ils me fuient.,

* 6. II estsans doute question ici 'd’une espece de Troglodytes, puisque leurs habitations sont, comme traduisent les lxx, Tpw-p.at wsTpciv, des Horites (Vulgate : Choreens), ou d’un peuple semblable & celui que mentionnent Gen. xiv, 6 et Deut. 11,12, ’nn et nvyn. C’etaient les habitants aborigenes

du mont Seir, probablement des allies des Emim et des Rephaim. Les enfants d’Esaii les chasserent de la montagne qu’ils habitaient et s’y etablirent tileur place. On croit qu’ils s’appelaient Horites, parce qu’ils avaient l’habitude de de~ meurer dans des cavernes. On voit encore par centaines leurs habitations, taillees dans le gres, dans les montagnes d’Edom et surtout a Petra, traduction grecque du nom semitique de cette ville : Le consul Wetzstein incline a croire que

les Troglodytes dont parle Job sont les Itureens, peuple qui habitait dans les montagnes qui separent la Palestine uu territoire de Damas. Les Itureens, d’apres Apulee, etaient frugum pauperes; selon d’autres, c’etaient des brigands qui vivaient de pillage.

* Snn designe Tortie ou au moins une plante piquante.

Son nom doit venir de -nni bruler, comme urtica de uro , <ppu-i'«vcn a-^pta de britler.

3bS

Et ne craignent pas de me cracher au visage :

1 1 Us relachent leur frein, et me soumettent a leurs outrages,

Et ils me mettent un frein h la bouche.

1 % A ma droite, une troupe insolente s’eleve ;

Ils renversent mes pieds, ils se sont fraye jusqu’a moi la route pour me perdre.

1 3 Ils ont rompu mes senders,

Ils ont aide a ma ruine :

Qu’eux-memes soient p rives de tout aide.

14 Ils sont entr&s comme par une breche immense;

Ils se sont precipites au milieu des decombres.

1 5 Les terreurs ont fondu sur moi ;

Comme la tempete elles poursuivent mon ame,

Et mon salut s’evanouit comme un nuage.

1 6 Et maintenant mon coeur s’epanche comme 1’eau ; Des jours d’affliction me saisissent.

17 La nuit, ma douleur me transperce et consume

mes os,

Et le mal qui me ronge ne dort point.

1 8 Par sa violence, mon manteau d’honneur se change

en un vetement de deuil,

* 12. lpyy. Lxx,veupa. Kimchiet autres comme arte-

rcs. II estplus conforme au parallelisme de traduire comme xxx, 3 : mes rongeurs, en entendantpar 1 h le mal qui consume Job.

* 18. 193. On peut lui donner le sens de top, comme, de

meme que plus bas xxxm, 6, ou mieux, l’entendre du bord superieur de la tunique, os tunicce, comme Ps. cxxxn (heb. cxxxm), 2. L’elephantiasis rend extremement maigre.

Et il me presse comme une etroite tunique.

1 9 II m’a jete dans la fange,

Et je suis devenu semblable h la poussiere et a la cendre.

20 Je crie vers toi, et tu ne m’exauces point,

Je me tiens en ta presence, et tu me regardes avec froideur.

21 Tu te montres cruel a mon egard ;

Tu m’attaques avec toute la force de ton bras.

22 Tu m’emportes sur les vents comme sur un char

rapide ;

Tu me laisses tomber, ettu m’ecrases.

23 Oui, je sais que tu me conduis a la mort,

Au lieu ou se rassemblent tous les vivants.

24 Que la du moins sa main ne s’etende plus sur des

ruines;

* 19. GeV.contient encore des details pathologiques sur Telephantiasis exprimes metaplioriquement. Dans cette maladie, la peau se colore d’abord fortementen rouge, elledevienl ensuite noire et ecailleuse et a l’apparence d’une crohte terreuse et sale.

* 20. is p 21^71 . 11 faut sous-entendre la negation : tu nefais

pas attention a moi, ou traduire : tu me regardes avec indifference ou bien avec colere. On peut encore prendre ce membre de phrase dans le sens interrogatif : je me tiens en ta presence et me regardes-tu ? c’est-h-dire, tu ne daignes pas me regarder. Ou enfin, d’une maniere suppliante: daigne me regarder.

* 24. ij/2 n’est pas priere, mais ly, ruine. — * *713 malheur. Son suffixe se rapporte au sujet de n hub — pnS- f. ph, est

Que dans sa perte, l’homme trouve le salut.

25 Si je n’ai point pleure sur l’homme eprouve par le

malheur,

Si mon cceur ne s’est point attendri sur l’indigent...

26 Eh quoi, j’attendais le bonheur, et le mal me

surprend,

J’esperais la lumiere, et les tenebres me saisissent.

27 Mes entrailles bouillonnent sans relache.

Des jours d’affliction m’ont atteint.

28 Je vais noirci, non pas par le soleil ;

Je ne parais dans l’assemblee que pour la remplir de mes cris.

29 Je suis le frere des chacals,

Etje ressemble & l’autruche par mes cris.

tres-difficile & expliquer. Quelques manuscrits portent nnS

(v. Jahn, Biblia hebra'ica cum lectionum varietatibus t. 4 p. 387). (Test evidemment une correction du mot embarrassant pb, naais cetle legon n’est guere plussatisfaisante. Quelques

traducteurs, Ewald, par exemple, prennent pb comme Ruth

i,13, dans le sens de c’est pourquoi, propter-ea; dans son malheur ne crie-t-il pas pour cela (a cause de sa perte) au secours. — II vaut mieux considerer p comme un chaldai'sme

pour et prendre rnS pour KinS, ^ celui-ci, celui qui

perit.

* 29. Le hurlementdu chacal effraie tous ceux qui l’entenaent et le cri strident de l’autruche a quelque chose de plaintif et de lugubre qui glace d’effroy. « Lorsque les autruches, dit Shaw, Travels in Barbary, t. 2. p. 348, se preparent k la course ou au combat, elles font sortir de leur grand cou tendu et de leur long bee beant un bruit sauvage, terrible, seinblable h un sifflement... Dans le silence de la nuit, elles poussent des ge-

30 Ma peau est toute livide,

Et mes os sont brules par l’ardeur qui me consume.

31 Mon luth ne rend que des sons tristes ;

Et mon hautbois des accords plaintifs.

XXXI, 1 J’avais fait un pacte avec mes yeux,

Pour ne pas meme consider une vierge.

% Car quel sort Dieu m’aurait-il reserve du haut du ciel,

Quelle part m’aurait faite le ToubPuissant, de son trone ?

3 N’a-t-il pas jure la ruine de l’impie,

Et la perte des artisans d’iniquite.

4 Ne voit-il pas mes demarches,

Et ne compte-il point tous mes pas.

5 Si j’ai fait alliance avec l’injuste,

Et que mes pieds se soient empresses pour la fraude .

6 Qu’il me pese dans la balance de la justice,

Et que Dieu reconnaisse mon innocence.

7 Si mes pas se sont ecartes de la voie,

Si mon cceur a suivi I’attrait de mes yeux,

8 Et si quelque tache a souille mes mains :

Que je seme, et qu’un autre moissonne ;

missements plaintifs et horribles qui ressemblent parfois de loin au rugissement du lion, mais plus souvent au beuglement enroue du taureau. Je les ai entendues souvent gemir comme si elles etaient en proie aux plus affreuses tortures. »

Que mes rejetons soient arrachcs.

9 Si la beaute d’une femme a seduit mon cceur,

Si j’ai veille en embuscade & la porte de mon prochain :

1 0 Que ma femme tourne la meule pour un autre,

Et que des elrangers la deshonorent.

1 1 Car cela serait un crime,

Un de ces forfaits qui appellent la vengeance des juges :

\% Un feu qui devore jusqu’aux enfers,

Et qui detruit jusqu’aux moindres germes.

\ 3 Si j’ai meconnu le droit de mon serviteur,

Et de ma servante, quand ils plaidaient contre moi.

14 Et que ferais-je, quand Dieu se levera,

Que lui repondrais-je au jour de sa visite?

1 5 Celui qui m’a cree dans le sein de ma mere n’est-il

pas aussi son createur,

Et n’est-ce pas le meme Dieu qui nous a donne l’etre ?

1G Si j’ai ecarte la requete du pauvre,

Si j’ai lasse l’attente de la veuve,

1 7 Si seul j’ai mang6 mon pain,

Sans en faire part a l’orphelin...

\ 8 Non, des mon enfance je 1’ai eleve comme un pere,

* 1 1 . En ccnservant la legon qiSiSs, juges, on peut traduire ; illud est crimen py et crimen (m a l’etat construit) quidem judicum. La le^on qui lit lh'ibD) comme au v. 28 : crimen judiciale , cause criminelle, est preferable.

Des le sein de ma mere, j’ai conduit les pas de la veuve.

1 9 Si j’ai vu le pauvre qui perissait de froid,

Et l’indigent sans vetement,

20 Et que ses reins ne m’aient point beni,

Rechauffes par la toison de mes brebis ;

21 Si j’ai leve la main sur le pupille,

Quand je me sentais fort dans l’assemblee des juges :

22 Que mon epaule se detache du tronc,

Et que mon bras soit violemment arrache de sa jointure.

23 Car j’ai toujours craint la vengeance de Dieu ,

Et le poids de sa majeste m’accablait.

24 Si j’ai mis ma confiance dans les richesses,

Et si j’ai dit a l’or c’est en toi que j’espere ;

25 Si je me suis rejoui de 1’abondance de mes biens,

Et des tresors entasses par mes mains ;

26 Si contemplant le soleil dans son eclat,

Et la lune dans sa marche majestueuse,

27 Je me suis egare dans le secret de mon coeur,

* 22. La partie du bras que Jobappelle roseau, nap, est pro-

t It

bablement la partie du bras qui s’etend du poignet jusqu’au coude.

* 25. -1135, grand, est pris comme neutre dans le sens de beaucoup. Ce mot est regime direct de nXTQ-

* 27. On baisait sa main en signe d’adoration : Intel' adorandum dexter am ado scutum deferimus, dil Pline, Hist. nat. xxvm, 2. C’est meme li\ l’etymologie du mot adorer, ad os, qui comme oaxvunm?, action de se jeter ii genoux, est tire d’un des signes exterieurs du culte.

Et que ma bouche ait baise ma main,

28 — Crime enorme ,

Puisque j’aurais renie le Dieu tres-haut. ..

29 Si je me suis rejoui de la chute de mon ennemi,

Et si j’ai tressailli, quand je l’ai vu surpris par le malheur. . .

30 Non, je n’ai point permis h ma langue des’echap-

per,

De demander sa mort par des imprecations.

31 — Si les gens de ma maison ne disaient pas :

Ou trouver quelqu’un qu’il n’ait point rassasie de sa table...

32 Jamais etranger ne couchait dehors;

J’ouvrais ma porte aux voyageurs.

33 Si j’ai ddguise mes fautes comme font les homines, Renfermant mon injustice dans mon sein,

34 Par la crainte de la multitude,

Et du mepris des peuples,

Si j’ai garde le silence, £vitant de sortir de ma demeure...

35 Oh ! qui me donnera d’etre ecoute !

Yoilk mon seing ! que le Tout-Puissant me reponde;

* 35. in est proprement un signe cruciforme Gf. Ezecli. ix,

4. C’est le nom de la derniere lettre de Talphabethebreu parce que dans l’ancienne ecriture elle avait la forme d’une croix, dans l’ancien Hebreudes medailles et dans le Phenicien.Ce signe elait employe alors comme aujourd’hui par ceux quine savaient pas ecrire pour tenir lieu de signature, in designe

ici un plaidoyer signe par son auteur. Job desire que Dieu le discute et lui ecrira aussi sa replique.

Que ma partie ecrive son libelle d’accusation.

36 On verra si je ne le mets pas sur mes epaules,

Si je ne m’en orne pas comrae d’un diademe.

37 Je lui ferai connaitre en detail chacun de mes pas; Je me presenterai devant lui avec l’assurance d’un

prince.

38 Si ma terre a crie contre moi,

Si j’ai fait gemir ses sillons,

39 Si j’ai devore ses richesses, sans les payer ;

Si j’ai consume les forces de ceux qui les cultivaient,

40 Qu’elle produise pour moi des ronces au lieu de fro-

ment,

Et des chardons, au lieu d’orge.

* 36. Je porterai ce libelle d’accusation sur mes epaules comme la preuve de mon innocence. Les anciens portaient sur les epaules les insignes honorifiques. Cf. Isa, ix, 6.

* 38. Plusieurs commentateurs ont cru que les versets 38, 39 et 40, qui semblent revenir en arriere sur un sujet termine au verset 34, avaient ete transposes par la negligence des copistes. Les exeg^tes modernes, d’accord avec tous les manuscrits et toutes les anciennes versions, les laissent sans difficulte a leur place actuelle. 11 semble contraire, il est vrai, aux regies de l’art, telles que nous les comprenons, de repeter ainsi des pensees dej& exprimees, mais Job, tout rempli du sentiment de son innocence, veut l’affirmer une derniere fois avec plus de force que jamais.

*40. Fin des paroles de Job. Ges mots ont paru suspects d’interpolation S Pineda, a Sanctius, etc. Ils sont mis ici, sans doute, pour signifier que la discussion est close entre Job et ses amis. Eliu l’attaquera encore mais le saint patriarche ne lui repondra pas et quand il parlera h Dieu, ce ne sera pas pour discuter avec lui mais pour s’humilier devant sa puissance et sa sagesse.

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