‹ Le Livre de JobChapitre 8 sur 82 · ESSAI · texte numérisé non relu

ESSAI

TRADUITS ET COMMENTED

Par M. LE HIR

POESIE I)E LA BIBLE

On croit communement aujourd’hui que les anciens poetes hebreux n’ont jamais etc assujettis a la contrainte d’un rhythme fixe et rigoureux. Ce qui a si fort accrddite cette opinion parmi les savants, c’est l’inutilite des efforts tentes dans le courant des deux derniers siecles pour decouvrir le secret de leur mesure. Quelques-uns, en s’aitacbant trop scrupuleusement aux indications eparses dans les anciens auteurs, n’ont donne que des reves de leur imagination depuis longtemps oublies. Nous citerons parmi eux Francois Gomar, dont l’ouvrage intitule Lyra Davidis, fut publie en 1637, in -4°. « Antiquiorum quorumdam Ecclesiasticorum <( scriptorum verbis rigide nimium adhserens, multo- « rum annorum perditse operse deditludibrium ; » c’est le jugement qu’en porte Aurivillius dans une dissertation que nous indiquerons un peu plus bas.

4 84 DU RHYTHME CHEZ LES HfiBREUX.

Le savant editeur des OEuvres de saint Jerome au commencement duxvnFsiecle, D. Martianay, aessaye, avec aussi peu de succes, de justifier les assertions de ce Pere sur la metrique des Hebreux. On peut voir ce qu’il en dit dans son prolegomenon 1V% nos IV et Y, a la tetc da premier volume des OEuvres de saint Jerome.

D’autres erudits, en voulant se frayer des voies nouvelles, n’ont pas mieux reussi. II n’v a aucune lumiere & tirer de la dissertation de Le Glerc, inseree dans sa Bibliotheque universelle, tome IX, ni de celle de Fourmont, qu’on lit dans les memoires de l’Academie des inscriptions, tome IY. On a peine a comprendre comment de tels hommes ont pu se faire illusion ii ce point qu’ils ont fait reposer l’essence de la versification hcbralque dans la rime. Nous renvoyons it la Biblioth . hebraica , de Wolf, t. II, p. 93, et t. IV, p. 20, ou aux dissertations bibliques et philologiques d’Aurivillius, (dissert. Ill de Po'esi hebraica, p. 78), ceux qui voudraient une liste plus complete de travaux analogues aux precedents, et qui sontensevelis depuis longtemps dans le memc oubli.

Apres tant d’essais infructueux, il n’est pas etonnant que le decouragement se soit empare des esprits, et qu’on ait abandonne toute recherche ulterieure sur une question jugee insoluble, ou sans objet. Ceux qui n’ont pu se persuader que les Hebreux fussent dfipourvus du rhythme, en ont declare la decouverte impossible. De ce nombre a ete le celebre docteur Lowth, dans son traite justement estime de Sacra poesi llebrseorum. Mais il en donne une raison qui ne saurait etre valable,

DU RHYTUME CHEZ LES HRBREUX.

quand il pretend que la prononciation hebraique est totalement perdue. Car l’exactitude de la ponctuation massoretique, au moins dans son ensemble et dans ses bases, est un fait irrevocablement acquis a la critique. Aussi le plus grand nombre des savants se sont-ils retranches dans une opinion extreme, en niant absolument jusqu’a l’existence d’une poesie mesuree dans la Bible. G’est le sentiment d’Aurivillius, loc. cit., de J.- D. Michaelis, Relat. Gotting , fascic. X,p. 325, et, si je ne me trompe, de presque tous les modernes.

Cette opinion pourtant, soutenue en desespoir de cause, est sujette aussi k de bien graves inconvenients. Je n’insiste point sur celui de se trouver en contradiction avec les anciens, Philon et Josephe, Origene, Eusebe de Cesaree et saint Jerome (1), qui sontunanimes a nous attester l’existence d’un metre dans les livres poetiques de l’Ecriture. On me repondrait sans doute qu’ils en ont parle par conjecture, plutot que d’apres une connaissance exacte ou une tradition certaine, et que leurs indications sont trop peu d’accord entre elles, et trop mal justifies par l’examen des textes sacres, pour nous arreter un seul moment. Je n’y insisterai done point, et cependant il me sera permis de remarquer, en passant, que saint Jerome avait cent fois entendu chanter les psaumes dans leur langue originale autour de la grotte de Bethleem, et qu’il ne pouvait

(1) Philon, de Vita contemplat.; — Josfephe, Antiq., 1. 11, ch. 14, cl 1. VII, ch. 12.;— Eus6be, Prep. Evang., 1. XI, ch. 5, p. 514.; — SainlJhrome, Proefatio in Job , tome I, p. 775, 776, el Epist. ad Paulinum , t. IV, p. 573, 6dit. des Ben^diclins.

DU RHYTHME CHEZ LES HfiBREUX.

ignorer par consequent si ce chant etait mesure ou non.

II faut done qu’il y ait un fond de verite dans ses paroles, quoiqu’on ne doive pas les presser, quandil dit, en s’extasiant sur la beaute de ces chants ; « Quid Psal- « terio canorius, quod in moremnostri Flacci, et Grseci « Pindari, nunc Iambo currit, nunc Alca'ico personat,

« nunc Sapphico tumet, nunc semipede ingreditur (i ) . » Et ailleurs, Epist. ad Paulinum : « David, Simonides a noster, Pindarus et Alcaeus, Flaccus quoque, Catul- <l lus atque Serenus, Christum lyra personat. etc. » Philon avait aussi sans doute entendu bien des fois les hymnes des therapeutes, composes, dit-il, sur diverses mesures, et qu’ils chantaient sur des tonspleins de gravity (2). Mais quoiqu’il en soit de ces textes dont l’explication est difficile en toute hypothese, ne puis-je pas demander aux partisans de l’opinion moderne, comment il est possible qu’un peuple ait cultive la poesie, et surtout la poesie lyrique, celle quise lie le plusetroitement au chant et a la mesure, pendant tant de siecles, et avec un succes extraordinaire, sans connaitre ou sans apprecier l’avantagedu rhythme, sans y chercher cet agrement, ce charme qui se font sentir egalement a tous les peuples, sauvages et civilises. Quoi done ! les Hebreux auraient pousse l’artifice de la composition poetique jusqu’au gout raffine des vers alphabetiques, et ils n’auraient pas su s’astreindre a la mesure, dont

(1) Prcefat. inChron. Euseb..

(2) Ilcitouat (ct 6£jja.7r*5cTai) aau.XTa k at uavcu; Et; Oeok Jta uavTtov, pterpcov jeat u. eXwv, a pu0u.ot; <JEp.vc.TEoa; ava^')catco; y^apaiTOuat. Ds vita, contemp p. 893, E., <5dit. de Paris.

DU RHYTHME CHEZ LES HfiBREUX.

l’idee se presente tout d’abord l’esprit ! Ils avaient passe quatre cents ans en Egypte, oules chants mesures etaient certainement en usage des les temps les plus recurs, puisque les scenes musicales peintes sur ses monuments et publiees par Rosellini, nous laissent voir un grand nombre de femmes qui frappent dans leurs mains pour marquer la mesure. Et l’on croirait qu’ils sont sortis de ce pays, sans son gout ou sans son g6nie pour le rhythme. Et Moise, qui a compose son premier cantique aussitot apres le passage de la mer Rouge, Moise, eleve a la cour de Pharaon, dans toutela science des Egyptiens, n’aurait pas su mettre une exacte proportion dans ses chants! Et ces cantiques auraient ete accompagnes de danses, comme il est expressement marque (I), sans qu’il y eut aucune division reguliere du temps, soit par la quantite, soit par le nombre des syllabes ! Et des chceurs nombreux auraient pu chanter avec accord sans etre regies par la mesure !

Ce sont la peut-etre d’assez graves difficultes pour qu’il nous soit libre de nous ecarter de l’opinion commune en cette matiere, et d’exposer les resultats encore fort incomplets, sans doute, auquels nous sommes parvenus, sur un sujet qu’on n’ose presque plus aborder apres tant de naufrages.

Pour proceder avec ordre dans cette recherche, la

(1) L’usage des chants accompagnes de danses s’est perp^tud chez les Hebreux pendant bien des siecles ; les psaumes le rappellent souvenl, et David lui-meme prit part a ces danses religieuses, dans la cdremonie du transport dc l’arche. On sait d’ailleurs que cet usage a commun a tous les peuples anciens.

DU RHYTHM E CHEZ LES HCBREUX.

premiere chose h determiner etait le genre de mesure que nous pouvions raisonnablement esperer de rencontrer chez le peuple hebreu. Les temps etaient-ils mesures par le nombre ou par la quantite des syllabes? Si nous consultons l’analogie des autres langues semitiques, nous y trouvons des exemples de Tun et de 1’ autre procede. Les hymnes desSyriens sont assujettis au nombre; les poesies arabes le sont au metre. Mais ce dernier procede, qui repand sur la versification tant d’elegance et de variete, a du etre chez les Arabes le fruit de cette culture avancee par laquelle ils ont donne leur langue tant de richesses et d’harmonie. II ne pouvait guere convenir ct la langue hebraique, ou presque toutes les syllabes, sinon toutes absolument, sont longues soit par la nature de la voyelle, soit par l’adjonction d’un scheva qui les termine (1).

Nous avons done conjecture que Ton devait s’adresser aux Syriens bien plus qu’aux Arabes, pour y trouver des analogies avec la poesie hebra'ique, et nous ne nous sommes point trompes. Nous avons essaye de compter les syllabes du vers hebreu, et, pour etre a

(1) Dans les regies plus compliqu^es de la versificalion rabbinique, loutes les syllabes proprement elites sont encore r^put^es longues, et Ton n’y parle de voyelles breves que parce que les schevas mobiles, simples ou composes, y sont r6pul6s tels. Ainsi

les deux sdgols dans le mot 'e pbataeh dans ijStdD i et dans *njp , sont des voyelles longues. La quantiid de ces voyelles est

indiqude par l’accent tonique ou euphonique qu’elles supportent, et en effet, dans le dernier des trois mots citds l’accenl euphonique estappeld par plusieurs auteurs allongeanl.

DU RI1TYHME CHEZ EES llEBREUX.

i’abri de toute illusion sur l’endroit precis oil commence et finit le vers, nous nous sommes exerces de preference sur les pieces alphabetiaues, ou les initiales de chaque vers ou distique, rangees selon l’ordre de l’alphabet, en indiquent avec certitude le premier mot.

Le psaume CXIX, le plus symetrique et le plus long de tous, devait naturellement fixer notre attention. Le premier verset donne le nombre exact dedouze syllabes :

otd D'obnn -pn >p'pn nm 0)*

rnrr P).

En continuant a lire les versets 3e, 4°et 5e, nous avons trouve dans chacun d’eux le meme nombre precis de syllabes. Les lors, il etait naturel de penser que les Il^breux ont eu reellement un vers de douze syllabes, et que ce rhythme se reproduisait dans toute la suite du psaume.

G’est en effet ce qui a lieu, et nous en sommes restes pleinement convaincus par le progres de nos recherches. Non-seulement ce psaume tout entier, a l’exception d’un tres-petit nombre de versets qui ont pu etre

(1) Nous supprimons lous les schevas dans l’dcriture, pour que Eon puisse du premier coup d’oeil suppuler le nombre des syllabes par celui desvoyelles.

(2) Ce mot 6tant le futur duverbe nin=rpn &rei sa veritable pro-

nonciation est j-jirp ou nirV’ i et nous apprenons de Thdodoret que

les Samaritains le pronon^aient en effet de la sorte. Les Juifs y substissaient dans la lecture le nom Adona'i, et de 14 vient qu’ils en ont Verities voyelles sous les quatre letlres ,-pirP-

alteres par les copistes, mais plusieurs autres psaumes tels que le psaume II, le psaume CXI et la serie des psaumes CXLYI-CL, sont sur cette mesure. 11 en est de meme de la plupart des endroits poeliques du Pentateuque, depuis les paroles de Lamech a ses femmes, ce curieux fragment de poesie antediluvienne, jusqu’au beau cantique par lequel se termine le Deuteronome.

C’est ce dont chacun pcurra se convaincre par lui— meme, pourvu quit soit averti de la maniere dont ll doit placer les voyelles, et compter les syllabes. Cette maniere, qui s’ecarte un peu de la prononciation commune de la prose, est entierement conforme aux regies adoptees plus tard par les auteurs de poesies syriaques. Nous allons entrer ^ cet egard dans quelques details en faveur de ceux auxquels cette derniere poesie n’est pas familiere.

Non-seulement les schevas n’entrent pour rien dans le compte des syllabes, ce qui est un point fondamental a remarquer, mais de plus, un certain nombre de voyelles peuvent etre supprimees, d’autres ajoutees, et d’autres enfm se contractent ensemble. En toutes ces licences au reste, on ne s’ecarte jamais des analogies generates qui servent de base au systeme massoretique.

Nous les rapporterons & trois classes, selon qu’il s’agit ou d’une voyelle faisant place a un scheva, ou d’un scheva remplace par une voyelle, ou de deux voyelles qui se contractent, ou dont l’une est elidee sans aucune compensation.

DU RHXTHME CHEZ LES HfiBREUX.

1 re classe. Des voyelles remplacees par des schevas. On peut distinguer ici comme trois degres.

A. Suppression cle voyelles purement accessoires et

euphoniques.

Un caractere commun a toute la famille des langues semitiques, c’est l’extreme mobilite de la plupart des voyelles, mobilite qui a poartant ses regies et ses lirnites. Ces idiomes possedent un certain nombre de voyelles qui ne varient jamais, parce qu’elles entrent comme elements essentiels dans la formation de la langue, dans la determination des formes. Mais toutes les autres, en bien plus grand nombre, sont sujettes a des alterations et deplacements dont la connaissance fait une des parties les plus importantes de la grammaire. Neanmoins l’emploi de ces voyelles n’est pas tellement fixe par des regies, ou, si Ton veut, les regies ne sont pas tellement rigides cet egard, qu’il ne reste un certain nombre de menus details plus ou moins abandonnes.au gout et au caprice de chacun. Et nul n’en sera surpris s’il fait attention que l’une des causes les plus profondes et les plus generates qui determinent ces changements de voyelles, c’est l’eupbonie, principe, comme on sait, plein de souplesse et d’elasticite. De la ces variantes nombreuses que nous remarquons dans les transcriptions de mots hebreux en lettres grecques ou latines, qui se rencontrent cii et la dans les anciens auteurs. Saint Jerome en fait quelque part la remarque, et il ajoute que ces nuances variaient surtout selon la variete des provinces. Ainsi 1’on pouvait

prononcer par exemple a son gre melk ou melek, en une seule syllabe ou en deux, en inserant apres la lettre l un e bref pour adoucir la prononciation, et de meme dans tous les mots analogues de forme dite segolee. Ainsi encore, quand un mot commengait par deux schevas contigus, on etait dans 1’ usage de remplacer le premier par une voyelle breve, pour corriger la durete de la prononciation, et Ton disait pour

jugement. II etait encore de regie, pour

joindre au verbe ou au nom la plupart des affixes commencant par une consonne, de mettre entre deux une voyelle, quand elle etait necessaire pour eviter la rencontre de plusieurs schevas, et memo dans les cas gu elle semblait moins necessaire, par exemple il m’atue, pour

Ces regies n’etaient probablement pas de rigueur, meme en prose. Les Syriens ont encore la liberte, en certains cas, d’obvier a la rencontre de plusieurs schevas au milieu du mot, par l’insertion d’une voyelle accidentelle, ou de conserver tous les schevas. Et ces varietes de prononciation sont indiquees chez eux par une ligne horizontale placee au-dessus ou au-dessous de la lettre. Qu’y a-t-il done d’etonnant qu’en poesie on se soit affranchi de ces entraves, et qu’on ait supprime presque toujours cet amas de voyelles accessoires et purement euphoniques, dont les anciens faisaient peut-etre beaucoup moins d’usage que n’en ont fait depuis les Mcssoretes. La plupart des licences de la poesie hebraique par rapport a l’emploi des voyelles

sont de ce genre. On dira par exemplc : -pft, pipp,

t2np> m Pour *]b»» nap» t&hp> nip, irn-

Dans les deux derniers exeraples, le } et le *1 devenaient sans doute quiescents et formaient des diphtongues.

De meme on pourra dire np“IV pour *DT

pour et meme avec les aspirees pour

rnrr (Jehova) pour

On pourra dire encore avec les affixes Pour

■OTOn ^>s# v* 34, et ’Op'Hin pour ibid.

B. Suppression cVune voyelle variable par suite de V allongement du mot .

Lorsqu’un mot vient a s’allonger par quelque circonstance grammaticale, cet allongement est souvent accompagne de la suppression de quelqu’une de ses voyelles variables, occasionnee presque toujours par le deplacement de l’accent tonique. En poesie, cette suppression est permise, lors meme qu’ils’agit d’un allongement qui par sa nature no devait point regulierement deplacer l’accent, ni rien changer aux voyelles. Par exemple, on dira, Deut., 3&, 17 :

rvDJ njbttf

pour r etc.

Et encore, ibid., v. 1, P0U1' WNH-

Etau ps. 1 1 9, v. 22.

nm n?nn 'hyp h;

■»pma ^nny *g

Ou ihy es^ p°ur *>bV’ 'rnv} Pour ■’phvj*

Ce dernier exemple donne lieu h. une autre observation, c’est que les voyelles finales appartenant a des augments, et qui ne sont pas accentuees, comme il arrive dans les finales de plusieurs adformantes et affixes, peuvent etre reputees nulles a la fin du vers. Ainsi la syllabe du mot ->m¥3 doit se prononcer comme p.

En voici plusieurs autres exemples :

Deut ., 32, 17. PllpD D'ttfnn pour 3sO*“-

et au ps. 147, v. 1 ^fthn rnot n'i^’?Pour •O’nhp- Cf. Deut., 32, 3.

On voit meme disparate quelquefois, mais beaucoup plus rarement, certains affixes qui attirent 1 ’accent. Ainsi dans le ps. 1 19, v. 97, le second hemistiche doit se scander ainsi : *>rirpi tf/NTt Q'v/n hD» ' ^ina^

se supprime done dans la prononciation, et l’accent se reporte sur lapenultieme, cequin’estpas etonnant a la pause, et ce qui rappelle surtout la prononciation syriaque. II en est de meme du mot 1'^p, Gen., IY, 23.

L’affixe ^ perdson kamets, meme au milieu du vers, quand il est precede d’une voyelle, qui regoit alors re-

gulierement l’accent. Yoy., par exemple, le v. 93 du meme psaume 1 1 9.

Ce qui est plus surprenant, c’est de voir la voyelle de l’adformante & la premiere personne du preterit disparate quelquefois au milieu meme du vers, et hors de la pause. On en trouve pourtant queiques exemples. Ainsi on lit au ps. 1 G, v. 2 rHDN Pour 5 au

p. 119, v. 1 04, si la mesure est reguliere, il faut lire

p°ur TiKnitf-

Pour ce qui est des voyelles placees a la fin du vers sous certains affixes, leur suppression n’etonne pas, etant de meme tres-familiere aux poetes arabes.

Quelquefois on peut douter si c’est la voyelle de l’affixe ou celle qui le precede qui doit etre supprimee.

Dans les formes il m’a tue, r\ j-q-j, notre parole,

^ le tuera> autres semblables places a la

fin du vers, je serais porte h croire que Ton doit conserver l’accent sur la penultieme et supprimer plutot la derniere voyelle, toutes les fois que la mesure l’exige. Cette maniere de lire s’accorde mieux en effet avec la propension decidee qu’ont les Hebreux placer l’accent sur la penultieme, pour indiquer une pause.

Dans les futurs apocopes, precedes du f conversif ou d’une autre particule qui faitretrograderl’accent, telle que la particule , la derniere voyelle disparait quelquefois. Par exemple, au psaume 1 19, verset 43 :

bxi pour Svn

DU RHYTHME CHEZ LES HflBREUX.

C. Suppression sans allongement du mot dans les termes d'un emploi tres-usuel .

Enfin, dans certains mots d’un usage tres-frequent, on fait quelquefois disparaitre une voyelle du milieu du mot, sans doute parce que la prose meme autorisait cette prononciation plus rapide. On dira souvent, par exemple, Qippf monosyllabe pour (1), DbtfiH'T

pour ijfcD pour vjpp.

Tels sont a peu pres tous les cas ou nous avons observe que la voyelle demandeepar la grammaire oupar l’usage pouvait etre remplacee par un scheva.

2e classe. Substitution d'une voyelle au scheva.

II y a d'autres cas moins nombreux ou le scheva peut etre remplace par une voyelle. II ne s’agit ordinairement que de reprendre la voyelle primitive que 1’ allongement du mot avait fait supprimer. Par exemple, au lieu de rnbttfK* on dira avec un kholem nibttf'N*

forme dont on trouve des exemples meme en prose.

Au lieu de r-fijp, on dira » mes perigrina-

tions. Ps. 119, v. 54.

Au lieu de on pourra dire ibid., v. 14, selon l’analogie de r]1D3» nxtj* etc-

[\ ) Cette forme peut etre considdr£e comme une forme allongde venant du singulier inusitd ipp, et ainsi elle se raltache a la

classe dont nous venons de parlor sous la leltre B.

Assez sou vent anssi le relatif forme h lui seul deux syllabes (1).

3e classe. Elisions et contractions de voyelles.

II est une derniere maniere de modifier le nombre des syllabes, qui consiste soit & elider entierement une consonne avec sa voyelle, soit ci combiner deux voyelles ensemble, quand ces deux voyelles sont semblables ou au moins homogenes, et que la consonne qui les separe est une aspiree ou une lettre quiescible qui perd alors son articulation. En voici de nombreux exemples :

Ps. 148, v. 3 et 4. = hallelou, en deux

syllabes.

Ps. 146, v. 3 et 5. p^\p et = schen et

schil.

Ps. 147, v. 8. p"iNn = harts, et de meme en plusieurs autres endroits des psaumes.

Ps. 147, v. 13, prj p] *0 = kizzeq. Cf. mi pour

mihi, nil pour nihil.

EtauPs. 119, v. 77. ou

en deux syllabes.

Et au meme Ps., v. 152, Tprn^p = medotheca.

Dans tous ces exemples ily a contraction, combinaison des deux syllabes en une. On en trouve d’autres

(I ) Les rabbins se permettent encore cette licence dans leurs compositions poetiqnes.

198 DU RHYTHME CHEZ LES HflBREUX.

d’elision pure et simple. Ainsi les particules ^x> vers,

et marque de Vaccusatif ? jx, aussi, perdent

quelquefois leur x et sa voyelle, quand elles sont precedes d’un mot qui se termine par une voyelle :

Au Ps. 148, v. 1 et 7 px — hallelout’.

Au Ps. 119, v. 59.

•on ^poK/n

-pn’-ty hx ’hiP nn^'ni — Waschiva raglai'l

Dans ce verset, remarquez en outre que le premier mot doit se lire irQt^'n f°rme kal, qui a le meme

sens que le pihel.

Telles sont & peu pres les seules licences, ou aumoins les plus frequentes que se permettent les poetes hebreux dans l’emploi des voyelles (1 ). Avec ce petit nombre de regies, on viendra aisement a bout de reduire a

(1) Nous avons d6ja dit que les Syriens s’en permettaient de semblables, peul-etre meme de plus hardies. Nous en citerons iei quelques-unes recueillies par Aug. Hahn dans son opuscule sur le gnostique Bardesanes :

= Malph-lan.

s„9) — Zamen’ph.

= Den’phelo.

jLs) = M’na-bi-lapb.

)^=50 (Ld) = Al-boW-vrow-roucho.

leur juste mesure tous ces vers qui paraissaient d’abord tellement irr^gu tiers.

Pour en faciliter l’application au lecteur, nous allons la faire nous-meme it un petit nombre d'endroits de la Bible, ou elle pourrait paraitre d’abord assez difficile.

Nous commencons par les vers de Lamech, Gen. , IV, 23, 24.

'Vi p jiw' nVy i rnjr ytidx natxri -id1? to

TOin tnx o ’mnnh nVn

ppT npp D’nynitf o njnun "pbi

Ce sont, comme on voit, trois vers de douze syllabes.

Les trois fragments poetiques du ch. 2 1 des N ombres ont la meme mesure. Nomb. 21, v. 14 et 15.

hsidd Dm nx

jinx Dpn3,rn^

tdlxi

On remarquera qu’au commencement du premier vers ou distique, il manque une syllabe : c’etait peutetre la particule q;j ou qui liait ce vers au precedent. Gar il est evident que le commencement de la

phrase est omis (1 ). Si pourtant on veut que le verssoit complet, on peut lire nS-IDD avec 1’ article, et on trou-

vera ainsi la voyelle quimanquait d’abord. Mais je prefere la premiere supposition.

Au commencement du deuxieme vers, nous avons donne un kamets au <]. Gomme il est suivi immediatement d’une syllabe accentuee, il pourrait le recevoir meme en prose.

Le deuxieme fragment contenu dans les versets 18 et 19 du meme chapitre suit la meme mesure, si Ton excepte peut-etre le premier hemistiche du verset 1 8 qui n’a que 4 syllabes au lieu de 6.

Cette exception pourrait etre motivee par le sens. Le poete aurait voulu peindre l’impatiente ardeur des homines occupes a creuser le puits, ou bien l’eruption subite de l’eau qui enjaillit. Cependantje crois plutot qu’il faut donner une voyelle longue aux deux imperatifs ^ -)XD, pour rendre ce vers semblable

aux autres.

On trouvera la meme mesure dans le troisieme fragment du meme chapitre, v. 27-30.

n jnn ixn

jtpd tv

nntvnD nxy m *o

jirpp nnpp rnnb

dkiid ny nbpN

(1) L’obscurild dece fragment qui, je crois, n’a pas 6t6 bien inter-

DU RHYTHME CHEZ LES HfiBREUX.

On peut excepter le v. 29 dont le premier vers on hemistiche n’a que 4 syllabes.

Mais ici encore le changement de mesure ne serait pas sans dessein ; cette coupe breve indiquerait d’une maniere bien vive Pimminence du p6ril qui menace Moab : « Malheur 4 toi, Moab, etc. »

Mais je crois pourtant que la mesure est encore ici la memeet qu’il faut prononcer :

2NTD r]b ;'1N Cf. au ps. 1210, v. 5.

On pourrait encore voir un defaut de mesure au v. 30. Mais le contexte seul suffit, meme independamment du rhythme, pour avertir que ces mots p^n n’appartiennent pas au vers et doivent etre regardes comme une glose.

Au dernier hemistiche, je lis J-Q.TIO IT? Pour

avoir les six syllabes.

Tous ces exemples sont choisis parmi les vers de douze syllabes. G’est sans doute celui que les anciens ont appele hexametre ou heroi'que, par comparaison avec le grand vers des Grecs et des Latins, et en

prdtd jusqu’ici me determine h cn donner l’explication. Le poete ddcrit la marclie rapide des Israelites s'avangant vers la Terre promise, sans qu’aucun obstacle puisse les arreter. Ils franchissent... «leWaheb avec rimpdtuositd de l’ouragan ; les torrents d’Arnon, « et le tlanc des valldes. »

II est evident que le mot waheb ddsigne un lieu, soil une rnontagne, soit un ruisseau, soit toute autre position gdographique ; le sens devient ainsi clair et extremement simple.

comptant deux syllabes pour chaque pied. Mais outre ce grand vers, les Hebreux en ont eu d’autres de dix, de huit, de six, et meme de quatre syllabes, correspondant assez bien a ce que les anciens ont appele vers pentametres, tetrametres et trimetres. (Ils ne parlent jamais du vers bimetre, qui ne se rencontre en effet que comme forme exceptionnelle). Nous demandons la permission d’user des memes termes comme plus commodes, dans le peu que nous allons aj outer ici sur ces differentes especes de rhythme.

Nous n’avons que peu de remarques a faire desormais sur l’hexametre. II se partage ordinairement en deux moities a peu pres egales avec une pause indiquee par le sens au milieu. Cependant il n’est pas requis que cette pause coincide avec la fin du troisieme pied, et les exemples du contraire sont tresnombreux. Ce qui n’empeche pas qu’on ne puisse, si Ton veut, considerer les douze syllabes comme un distique. Car les Syriens aussi bien que les Grecs terminent assez souvent leurs vers par la premiere moitie d’un mot dont iis rejettent. la fin au vers suivant. Rien ne s’oppose done £i ce qu’on aclmette un semblable procede chez les Hebreux. 11 y a meme quelquefois, et notamment dans le psaume cxix, des versets de dixhuit syllabes, qu’on peut diviser en trois vers egaux de six syllabes. Voy. les v. 48 et 78 de ce psaume.

Le vers de dix syllabes est frequent dans les Psaumes. Mais nulle part peut-etre il n’a ete choisi avec plus de gout et d’a propos que dans les Lamentations de Jeremie, oil il s’entremele a ceux de douze syllabes, a peu

pres comme le pentametre se mele a l’hexametre chez les Grecs et les Latins, quoique chez les Hebreux son interposition soit bien moins reguliere. Ilsemble qu’on ait voulu par ce melange, et par la chute un peu brusque du pentametre, imiter l’accent de la douleur, et peindre l’accablement que produit une grande infortune. C’est peut-etre ^ ce dessein cj[ue dans le vers de dix syllabes la coupe a lieu le plus souvent apres la sixieme. Par exemple au commencement des Lamentations.

-nn rottf*' nyx

mzhia (0 nnn

nuns: i

Dfth nrvn

G’est cette chute tout a la fois gracieuse et plaintive qui a donne lieu h saint Jerome de comparer les vers des Lamentations avec les vers saphiques et adoniques. Mais nous reviendrons sur ce point.

Le vers de huit syllabes ou tetrametre est un des plus frequents. II se trouve souvent accol6 h, un autre de six syllabes. Neanmoins il y a des psaumes entiers dont tous les vers ont exactement cette mesure. Tel est

(1) Le ^ prend une voyelle du son a par le principe dissimilation des yoyelles. Cette regie dtait suivie des anciens, qui 6crivent toujours par exemple Malaehim, Gomorrha, pour Melachim et Gemorrha.

le psaume xvi, l’un des plus remarquables pour la regularity avec laquelle sont disposes les accents aussi bien que pour l’uniformite du rhythme, le premier hemistiche ou second pied de chaque vers, et meme le plus souvent tous les autres pieds ayant l’accent sur la seconde syllabe. On ne sera pas fache d’en trouver ici un petit commentaire prosodique.

v i. -jp iirpn *q hk

v. 2. nnx •ofn mrrb mox

?ppl?bp bp ^ni'iLD

Au deuxi^me membre du deuxieme verset, nous lisons au lieu de la legon des manuscrits ac-

tuels qui portent ^pby. Lesens, autant quelamesure,

semble requerir ce changement. Car c’est en vain que les interpretes se sont tourmentes pour forcer la signification de la preposition b^« Ces mots : « mon bien n’est pas sur toi, pres de toi, 4 <c cote de toi » signifieraient naturellement «mon bien est loin de toi » , et donneraient un contre-sens. On concoit d’ailleurs aisement que la repetition de la syllabe bp ait induit un copiste en erreur.

Dans ipplD l’accent peut se porter sur la penul-

tieme, devant la monosyllabe accentuee bp> pourevi-

ter le rapprochement de deux accents toniques. Cf.

FN TiTIN Gen,, 12, 13, etc.

Ce transport de l’accent dans les mots suivis d’un

monosyllabe se faisait, & ce qu’il parait, plus souvent

que les Massoretes ne le permettent. Ainsi au v. 4, nous

verrons tout a 1’heure ^ QrfilDitf Pour DnlW*

Gf. wx {W^P-

Dans les versets suivants on remarquera que la derniere syllabe du premier hemistiche ou du deuxieme pied de chaque vers est presque toujours accentu^e. Les cas ou il en est autrement peuvent etre regardes comme tout a fait exceptionnels. Gomme d’ordinaire la meme chose est a observer dans les autres pieces de vers de cede mesure, je serais porte h traduire cette observation en regie generate. Cependant je n’affirme rien & cet egard.

Voici la suite du psaume :

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