‹ Le livre de JobChapitre 17 sur 31 · XXXVI ÉTUDE SUR LE POEME DE JOB · texte numérisé non relu

XXXVI ÉTUDE SUR LE POEME DE JOB

de timbre et de parallélisme qui caractérisent le passage de Jérémie font toucher du doigt le changement qui s'était déjà opéré dans la langue et Tesprit poétique de la nation à l'époque où ce prophète écrivait, c'est-à-dire dans la seconde moitié du vn* siècle. Aussi n'est-il plus, je crois, un seul hébraïsant qui ne place la composition du livre de Job cent ans au moins avant la captivité , c'està-dire vers l'an 700*.

Ce qui empêche en général les hébraïsants de remonter au delà, c'est le caractère de la langue du livre de Job, qui leur parait moderne et sentant déjà le chaldaîsme des basses époques. Gesenius, surtout, a insisté sur cette considération '; mais il faut avouer que les observations de ce philologue, si savant et

brorum saerorum interpres atque vindex, (Berlin, 1837), p. 164 et suiv.

* C*est l'opinion commune en Allemagne. C'est aussi en France l'opinion de M. Munk, Palestine, p. 449.

* Geschichte der hebràisehen Sprache, p. 33 et suiv.

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si judicieux, manquent ici de finesse. Parmi tous les idiotismes quMI a recueillis, je n'en vois aucun qui soit rindice d'une langue affaiblie et qu'on ne retrouve dans les écrits d'Amos, d'Osée, et dans le cantique de Débora, dont tout le monde cependant reconnaît l'ancienneté. La langue du livre de \Job est l'hébreu le plus limpide, le plus serré, le plus classique. On y trouve toutes les qualités du style ancien, la concision, la tendance à l'énigme, un tour énergique et comme frappé au marteau, cette largeur de sens, éloignée de toute sécheresse, qui laisse à notre esprit quelque chose à deviner, ce 1 timbre charmant qui semble celui d'un métal ferme et pur. Nulle part on ne se sent plus loin de cette facilité lâche, de cette platitude obligée d'une langue qui a cessé d'être parlée et qui est cultivée artificiellement. Le nombre des difficultés qui arrêtent le philologue est un critérium excellent, quand il s'agit de l'kge des écrits hébreux : or, les difficultés se rencontrent dans le livre de Job presque à chaque

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paa; dans les morceaux des basses époques au con^ traira, dans certains psaumes par exemple, on a de* vantj^i une langue claire, prolixe, n^offrant que très-peu d'obscurités. La grammaire est, sans contre* dit, yn précieux secours dans les questions de cette nature ; mais le goût doit aussi être entendu. Or, ici réhbralsant homme do goût ne saurait hésiter. Deux ou trois vétilles grammaticales ne l'emporteront jamais dans son esprit sur l'induction qui résulte du caractère général du poème, caractère si éloigné de toute décadence. J'en dis autant du Cantique dei CantiqueSj que, nonobstant l'avis des grammairiens, j'ose rapporter aux époques les plus vives et les plus franches de Pesprit d'Israël.

Après l'argument tiré de la grammaire, la plus forte des preuves par lesquelles on cherche à établir que la composition du livre de Job doit être placée vers l'époque de la captivité se tire des grands développements qu'offre dans ce livre la théorie des anges et des démons. Mais au fond, cette partie de

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la théologie du livre de Job, si Ton excepte peutêtre le discours d'Élihou, ne dépasse pas le cercle des croyances que nous trouvons chez les Hébreux avant leur contact avec l'Assyrie et la Perse. Les anges sont encore renfermés dans la notion purement sémitique des Beni-Éhhim ou fils de Dieu. Les Kedoschim, Saints intercesseurs (v, 1), peuvent être aussi bien envisagés comme un reste des Élohim ou Beni'Élohim que comme un emprunt fait aux férouers de la Perse. Le Satan qui figure dans le prologue n'est nullement l'Ahrimane de TAvesta r il ne fait rien que par Tordre de Dieu ; c'est un ange d'un caractère plus malin que les autres, narquois et enclin à médire* ; ce n'est pas le génie du mal, existant et agissant par lui-même. Qu'on y réfléchisse d'ailleurs.; la considération que je combats en ce moment amènerait à placer la ré-

* Herder (cinquième dialofl'ue sur la Poésie des Hébreux) a très bien vu ceci.

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