‹ Le livre de JobChapitre 22 sur 31 · XG ÉTUDE SUR LE POEME DE JOB · texte numérisé non relu

XG ÉTUDE SUR LE POEME DE JOB

direction bien plus hautes, sans la connaissance desquelles les choses humaines ne peuvent paraître qu'un tissu d'iniquités. L'avenir de l'homme individuel n'est pas devenu plus clair, et peut-être est-il bon qu'un voile éternel couvre des vérités qui n'ont leur prix que quand elles sont le fruit d'un cœur pur. Mais un mot que ni Job ni ses amis ne prononcent a acquis un sens et une valeur sublimes : le devoir, avec ses incalculables conséquences philosophiques, en s'imposant à tous, résout tous les doutes, concilie toutes les oppositions et sert de base pour réédifier ce que la raison détruit ou laisse crouler. Grâce à celte révélation sans équivoque ni obscurité, nous afQrmons que celui qui aura choisi le bien aura été le vrai sage. Celui-là sera immortel ; car ses œuvres vivront dans le triomphe définitif de la justice, résumé de l'œuvre divine qui s'accomplit par L'humanité. L'humanité fait du divin comme l'araignée file sa toile; la marche du monde est enveloppée de ténèbres, mais il va vers

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zed byGoOgle

£TUDE sur le POEME DE JOB. xci

Dieu. Tandis que rhomme méchant, sot ou frivole mourra tout entier, en ce sens qu'il ne laissera rien dans le résultat général du travail de son espèce, rhomme voué aux bonnes et belles choses participera à rimmortalité de ce qu'il a aim^. Qui vit aujourd'hui autant que le Galiléen obscur qui jeta, il y a dix-huit cents ans, dans le monde le glaive qui nous divise et la parole qui nous unit? Les œuvres de l'homme de génie et de l'homme de bien échappent seules ainsi à la caducité universelle; car seules elles comptent dans la somme des choses acquises, et leurs fruits vont grandissant, même quand l'humanité ingrate les oublie. Rien ne se perd : ce qu'a fait de bien le plus inconnu des hommes vertueux compte plus dans la balance étemelle que les plus insolents triomphes de l'erreur et du mal. Quelque forme qu'il donne à ses croyances^ quelque symbole qu'il emploie pour revêtir ses afiSrmations de l'avenir, l'homme juste a ainsi le droit de dire avec le vieux patriarche de

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cxu ÉTUDE SUR LE POEME DE JOB.

ridumée : « Oui, je le sais, mon vengeur existe, et il apparaîtra enfin sur la terre. Quand cette peau sera tombée en lambeaux, privé de ma chair, je verrai Dieu. Je le verrai par moi-même ; mes yeux le contempleront, non ceux d'un autre; mes reins se consument d'attente au dedans de moi. »

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Il y avait dans la terre d'Us* un homme nommé Job : cet homme était intègre, droit, craignant Dieu et éloigné du mal.

Et il lui naquit sept fils et trois filles : et il possédait sept mille brebis, trois mille chameaux, cinq cents paires de bœufs, cinq cents ânesses et de nombreux domestiques : et cet homme était le plus grand des Orientaux^.

. ' Pays de TArabie désprte, voisin de riduînée.

« Beni'Kédem, fils de rOrient. C'est le nom que donnaient les îîébreux' aux tribus arabes qui habitaient à l'orient de la Palestine.

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Et ses fils avaient coutume d'aller les uns chez les autres et de se donner un repas chacun à leur jour; et ils envoyaient des messagers pour inviter leurs trois sœurs à venir manger et boire avec eux. Et quand le cercle des festins était fini. Job les faisait venir, les purifiait, et offrait le matin un holocauste pour chacun d'eux, car il se disait : « Peutêtre mes fils ont-ils péché et ont-ils abandonné Dieu dans leurs cœurs. » Ainsi faisait Job tous les jours de sa vie.

Or, il arriva qu'un jour les fils de Dieu* étant venus pour se présenter devant Jéhovah, Satan* vint aussi au milieu d'eux.

Et Jéhovah dit à Satan : « D'où viens- tu? »

» Êtres célestes formant la cour de Dieu.

» C'est-à-dire le calomniateur, le détracteur; être malin, dont la fonction dans la cour céleste, était d'accuser les hommes et de présenter les choses par le mauvais côté.

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Et Satan répondit à Jéhovah : « De parcourir le inonde et de m'y promener. »

Et Jéhovah dit à Satan : « As-tu remarqué mon serviteur Job? Il n'y a pas d'homme comme lui sur la terre^ intègre, droit, craignant Dieu et éloigné du mal. »

Et Satan répondit à Jéhovah: « Est-ce gratuitement que Job craint Dieu? N'as-tu pas tracé une ligne de défense autour de lui, autour de sa maison, autour de tout ce qui lui appartient ? N'as-tu pas béni l'œuvre de ses mains, et ses troupeaux ne se répandent-ils pas de tous côtés sur la terre ? Mais étends ta main, touche à ses biens, et on verra s'il ne te renie pas en face, »

Et Jéhovah dit à Satan : « Je te livre tout ce qui lui appartient; seulement n'étends pas ta main jusqu'à sa personne. »

Et Satan se retira de devant la face de Jéhovah.

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Or> il arriva qu'un jbUr, pendant ^ue ses fiîs et Ses filles mangeaient et burâiëtil bhez leur frère àiné, un messager vint trouver Jbb et lui dit : « Les bdeUfs étaient occupés à laboUrer^ les âtieSses paissaient â côté d'eux ; tdtit à bôtip les Sabéens sotit tombés à rimproviste et les ont enlevés. Us ont paësé les esclaves au fil de Tépéë, et je me suis échappé seul potti* te Tannoncisr; i>

Il parlait encotë, qu'ttii autte arrive fet dit : * Le feu de Dieu est tombé du ciel; il à frappé les tt^oupeaut et les esclaves, et les a dévorés, et je me siils échappé seul pbiit te Taiinoncer. h

Il pâtlait encore, qu'Un autre arrivé et dit : « Les Chaldéens ont formé trois bandes, fee sdnt jetés sût les chataeàux et les ont enlevés. Ils ont passé les esclaves au fil de Tépée, et je me suis échappé seul pour te l'annoncer. »

Pendant qu'il parlait, un autre arrive et dit : « Tes fils et tes filles mangeaient et buvaient chez leur

Jftfi. 7

frèrp aîné. ]pJtYoilà qu'un grand Yen\ s'egt élevé de Tautre côté du désert; il a ébranlé les quatre coips de la maison^ gui s'est écroulée sur les jeunes ge^s; et il^ sont mprts^ et je me sijis échappé seul ppuf te Fannoncer. »

pt Job sç leva, et il décors spn poi^tep^ et il r^sa s^ têtP;i et y se prosterna h terre, et il adp^€^^ et U dit : « I^]i je fW? sorti ^\x spifl de rosi mpre^ et n\| j'y rentrfir?ii*. Jéhpvah ïq'a tout ^pimé^t ^éjiovftli m'a tout enlevé; que le ppm de Jéhovah soit Ijépî ! »

En tput çel^j, Joi) ne pécha ppiijt et ne fïoféçji «|ucun blasphème coptre Dieii.

Op^ il amva qu'un jour., les fils de Dieu étant venus pour se présenter devant Jéhovah^ Satai) ma

* Daq9 le second memlbre, l'auteur passe à l'idée du sein de la terre, mère de tous les hommes.

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aussi au milieu d'eux pour se présenter devant Jéhovah.

Et Jéhovah dit à Satan : « D'où viens-tu? »

Et Satan répondit à Jéhovah : « De parcourir le monde et de m'y promener. »

Et Jéhovah dit à Satan : « As-tu remarqué mon serviteur Job? Il n'y a pas d'homme comme lui sur la terre, intègre, droit, craignant Dieu et éloigné du mal. U persévère toujours dans sa piété, et tu m'as provoqué à le ruiner sans raison. »

Et Satan répondit à Jéhovah : « Peau pour peau ^ : l'homme donne tout ce qu'il possède pour sa propre personne. Mais étends ta main, touche ses os et sa chair, et on verra s'il ne te renie pas en face. »

Et Jéhovah dit à Satan : « Je le mets dans ta main; seulement respecte sa vie. »

* Proverbe, dont, le sens est que l'homme n*est que médiocrement sensible aux pertes extérieures, qui n'atteignent pa^ sa personne.

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Et Satan se retira de devant la face de Jéhovah.

Et il frappa Job d'une lèpre maligne depuis la plante des pieds jusqu'à la téte^ et Job^ assis sur la cendre, fut réduit à se gratter avec un tesson.

Et sa femme lui dit : « Quoi! tu persévères encore dans ta piété? Laisse là Dieu, et meurs! »

Et il lui dit : « Tu viens de parler comme une femme insensée. Nous avons reçu le bien de Dieu ; comment refuserions-nous de recevoir le mal? »

En tout cela, Job ne pécha point par ses lèvres.

Et trois des amis de Job, Eliphaz de Théman *, Bildad de Suah et Sophar de Naama, ayant appris les malheurs qui étaient tombés sur lui, partirent chacun de leur pays, et se concertèrent pour venir lui porter leurs doléances et le consoler. ^

1 Pays de ridomée, célèbre par ses sages. Les deux localités qui suiveat sont incertaines ; elles étaient probablement situées dans la môme région.

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10 Jpg.

Et ftyjmt 4e loin levé les yeux^ ils eurent peÎAp à le rpcpnnaîtrf!^ pt ils élevèrent Ja yo^, et ilg pleuf èreptjr pt ils dpph^fèreii^t leur manteçiu^ et ^Is lancèrent la pp\iss|ère vers le ciel de manière ^ ce qu'elle rptpmbât sur Içur tète, fit ils restèrent assis près de lui à terre sept jours et sept nuits^ et aucun d'eux n'osait lui adresser la parole, parce qu'ils voyaient que pa, douleur était or^ndç.

Alors Job ouvrit la bouche, et maudit le jour de sa naissance.

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JUB. 11

Job prit la parole el; dit :

Périsse le jour où je suis né»

Et la nuit qui a dit : Un homme esi conçu.

Que ce jour se change en ténèbres, Que Dieu ne Féclaire pas d'en haut, Que la lumière ne brille {iàs stir ItU I

Que les ténèbres et Tombre le reyendiquent.

Qu'une nuée pesante le couvre; Qu*iiné éciipse le remplisse d'épouvante \

Que cette nuit soit la proie d'une sombre horreur» Qu'elle aë compté j[)as daiis lé calcul de l'atifaéé, Qu'elle n'entre pas dans la supputation des mois I

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Que cette nuit soit stérile \

Qu'on n*y entende pas de cris d*âllégresse!

Que ceux-là la maudissent qui maudissent les jours % Qui savent à leur gré faire lever le Dragon ' !

Que les étoiles de son matin soient obscurcies, Qu'elle attende la lumière» sans que la lumière vienne» Et qu'elle ne voie point les paupières de Taurore;

Puisqu'elle n'a point fermé le ventre qui me porta. Et ne m'a point ainsi épargné la douleur 1

Que ne suis-je mort dès le sein de ma mère, Au sortir de ses entrailles, que n'expirai-jel

* C'est-à-dire que personne n*y naisse pins.

* Enchanteurs auxquels on supposait le pouvoir de rendre néfastes certains Jours, en prononçant contre eux des malédictions analogues à celles que Job prononce en ce moment.

* Dragon câeste, que presque toutes les astronomies mythologiques de rOrient nous représentent comme prêt à s*élancer pour dévorer le soleil et la lune. On supposait que les magiciens avaient le pouvoir de le faire lev^ et de produire ainsi des éclipses,

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Pourquoi deux genoux sont-ils venus me recevoir. Et deux seins mlnviter à les sucer ?

Maintenant je serais couché, je me reposerais» Je dormirais dans une paix profonde,

Avec les rois et les grands de la terre, Qui se bâtissent des mausolées,

Avec les princes qui possèdent Tor, Et remplissent leur maison d'argent ;

Ou bien, comme Favorton caché, je n'existerais pas, Comme les enfants qui n'ont pas vu la lumière.

Là *, les méchants cessent leurs violences, Là se repose Ihomme épuisé.

Là le captif vit tranquille

Et n'entend plus la voix de l'exacteur.

* Dans le monde des morts, séjour souterrain, conçu d'après Tanalogîe des caves sépulcrales, et où les morts étaient censés conserver les mômes relations qu'ils avaient eues durant leur fie*

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Les petits et les gtiMÈ à'y t^ncoûtreirt»

Uesclaye y est libre ae son maltf ë.

Pourquoi la lumière est-elle donnée au malheureux, Et la vie & ceux dont T&me est pleine d'amertume,

Qui attendent la mort, sans que Id ttibH vienbe, Qui la cherchent plus ardemment qu'un trésor,

Qui sont heureux jusqu'à en tressaillir,

Et se réjouissent, quand Ils ont trouvé 10 t(}0ibe&ti j

A Thomme dont la route est couverte de ténëbresi Et que Dieu a entouré d'un cercle fatal?

Mes soupirs sont devenus comme mon pain.

Et mes gémissements se répandent cOliime Tëât] !

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