‹ Le livre de JobChapitre 23 sur 31 · OB · texte numérisé non relu

OB

A peine conçois-je une crainte qu'elle se réalise; Tous les malheurs que je redoute fondent sur moi.

Plus de sécurité, plus de repos, plus de paix I Sans ûtt«e de AOiii^eaiuL tai»rmei^l

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:o joa

Alors Eliphaz de Théman prit la parole et dit ;

Si nous rompons le silence, nous f afiQigerons peut-être ; Mais qui peut retenir sa parole î

Ainsi, tu as enseigné la sagesse à plusieurs. Tu as fortifié les mains affaiblies ;

Tes paroles ont relevé ceux qui chancelaient, Tu as raffermi les genoux vacillants;

Et maintenant, en proie au malheur, tu te troubles; Atteint par la douleur, tu te décourages.

Ta piété n'était-elle pas ton espoir ?

Ta confiance n'était elle pas dans la pureté de ta vie?

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Rappelle-toi si jamais un innocent a péri,

Si quelque part des justes ont été exterminés. i

f Pour moi, j'ai vu que ceux qui labourent Tiniquitô Et qui sèment la souffrance la recueillent.

4u souffle de Dieu ils disparaissent,

[ls sont consumés par le vent de sa colère.

Le rugissement du lion est étouffé, Les dents du lionceau sont brisées.

Le lion meurt faute de nourriture, Et les petits de la lionne sont dispersés*

Une parole m'a été portée furtivement, Et mon oreille en a saisi un léger murmure^.

< Pour donner plus d'autorité à sa doctrine, Eliphaz feint de Tavcir reçue d'une réTélation céleste»

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Au milieu des pensées qu'amènent les visions noetumes^

A l'heure oft un profond sommeil pèse sur les mortels,

Une terreur et un tremblement me saisirent, Et agitèrent violemment tous mes os.

Un souffle passa sur ma face, Et fit dresser le poil de ma chair.

Un être se dressa, dont je ne connaissais pas le visage ;

Un spectre apparut devant mes yeux.

Et, au milieu du silence, j'entendis une voix :

€ L'homme sera-t-il juste devant Dieu f

Le mortel sera-t-il pur devant celui qui Ta faitt

Dieu ne se fie pas à ses propres serviteurs * ;

11 trouve de la dépravation, même dans ses anges«

* G*est-li-dire aux êtres saints qui forment sa cour^ les mêmes qui ont été nommés dans le prologue fils de Dicm

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Combien plus chez les homoies, hâtes de maisons de boue, Qui ont leurs fondements dans la poussière.

Qu'on écrase comme des vers I

Du matin au soir ils disparaissent;

Sans qu'on s'en aperçoive, ils périssent pour jamai».

La corde de leur tente est coupée *,

Ils meurent avant d'avoir atteint la sagesse. »

Appelles-en de ton sort; est-il quelqu'un qui te répondcl Auquel des Saints* peux-tu recourir?

L'insensé est tué par sa mauvaise humeur, Le fou meurt victime de son dépit.

J'ai vu l'insensé étendant au loin ses racines; Mais bientôt j'ai maudit sa demeure.

* Image familière aux Sémites pour signifier la mort' L3 wtpâ est cdmpa^4 à une tente, l'Ame à la corde qui soutient la tente^ ^DetangMb

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Ses fils sont perdus sans retour ;

On les écrase à la porte \ sans que personne les défende.

L'homme affamé dévore sa moisson,

Eafonce sa haie et le dépouille ;

L*homme altéré de soif couve des yeux ses richesses.

Le mal, en effet, ne sort pas de la poussière» Le châtiment ne germe pas du sol ;

Mais rhomme est né pour la peine,

Comme le fils de la foudre* pour s'élever en l'air.

A ta place, je me tournerais vers Dieu, J'adresserais ma parole au Tout-Puissant ,

Qui fait de grandes choses qu'on ne saurait sonder» Des merveilles qu'on ne saurait compter ;

La porte est le forum des villes d*Orient; là se rend la justice et se font tous les actes imporianis de la vie civile.

) L*oi«eau de proie*

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Qui répand la pluie sur la face de la terre.

Et fait couler les eaux sur la face des champs;

Qui relève les humbles,

Et sauve ceux qui sont dans le deuil;

Qui dissipe les conseils des perfides, Et les empêche d'accomplir leurs projets ;

Qui prend les habiles dans leurs propres ruses,

Et fait manquer les desseins des hommes astucieux ' :

De jour, ils vont se heurter contre les ténèbres; En plein midi, ils tâtonnent comme de nuit.

Ainsi Dieu préserve le pauvre du glaive de leur bouche ; Ainsi Dieu sauve le faible des mains du puissant.

Alors Tespèrance revient au malheureux.

Et l'iniquité ferme la bouche.

» Il sepable qu'il j # ici upe iptentiop ma)iciemso contre Job.

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n JOB.

Heureux rhomme que Dieu corrige I ^e méprise donc pas les ehfttlments de Dieu,

11 blesse et panse la blessure, Il frappe et sa main guérit.

Six fois il te délivrera de Fangoisse,

Et la septième fois, le mal ne te touchera plus.

En temps de disette, il te sauy^r^ de la mort ; Dans le combat, il te préservera du glaive.

Tu seras à Fabri du fouet de la langue %

Tu ne craindras point la dévastation quand elle viendra-

Au milieu de la dévastation et de la famine, tu riras ^ Tu ne redouteras pas les bétes de la terre ;

Car tu auras un pacte avec les pierres du sol, Un traité avec les animaux des champs.

< C*est-à-dire de 1^ ca^Qmoie.

Tu verras la paix régner dans ta tente,

En visitant tes pâturages, tu n'y trouveras rien qui manque.

Tu verras ta postérité s'accroître,

Et tes rejetons pulluler comme Therbe des champs.

Tu entreras mûr dans le tombeau,

Comme une gerbe qu'on enlève en son temps.

Voilà le fruit de nos réflexions; Prôtes-y l'oreille et fais-en ton profiL

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Alors Job prît la parole et dit :

Plût à Dieu qu*OD pesât mon ressentiment.

Et que mon infortune fût mise de Vautre côté de la balanee !

Celle-ci paraîtrait plus lourde que le sable de la mer ; Voilà pourquoi mes paroles s'échappent avec audace.

Car les flèches du Tout-Puissant me transpercent,

Mon esprit en boit le venin ;

Les terreurs de Dieu sont rangées en bataille contre moi.

Est-ce.que Vonagre rugit quand il a de Therbe 7

Est-ce que le bœuf se plaint quand il a de la nourriture T

Savoure-t-on des aliments fades et sans sel?

Comment trouver du coût au jus de la mauve T

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^élasl ce que mon âme ne touchait qu'avec dégoût Est devenu mon pain de chaque jour I

Qui me donnera que mon vœu s'accomplisse, Et que Dieu m*octroie ce que j'attends :

Qu'il daigne enfin m'écraser,

Qu'il laisse aller sa main et tranche le fil de ma vie t

Que j'aie du moins cette consolation,

Cette joie dans les souffrances dont il m'accable,

De n'avoir jamais violé les commandements du Saint* I

Qu'est-ce que ma force pour que j'espère encore? Quelle fin m'attend pour que j'aie patience?

Ma force est-elle la force des pierres?

Ma chair est-elle de l'airain ?

Ne 8uis-je pas dénué de toute aide?

Toute voie de salut ne m'est-elle pas fermée?

A De Dieu,

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Le malheureux a droit à la pitié de ses amis, Même s'il abandonne la crainte du Tout-Puissant

Mes frères ont été perfides comme m torrent.

Comme le courant d'une eau passagère.

Qui roule troublée par les glaçons, Et gonflée par des flots de neige.

Au temps de la séclieresse, elle s'évanouit;

Aux premières chaleurs, elle disparaît de son lieu.

Pour elle les caravanes se détournent de leur route, Entrent dans le vide du désert et y périssent.

Les caravanes de Théma^ comptaient sur elle, Les voyageurs de Saba y avaient mis leur espoir ;

Ds ont été trompés dans leur confiance.

Arrivés sur la place, ils restât confondus.

* Canton de TArabie déserte.

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Ainsi vous m*ayez failli ;

A la Yue du malheur vous avez fui.

Vous ai-je dit : « Donnez-moi quelque choset Sacrifiez une partie de vos biens pour moi ;

Délivrez-moi du pouvoir de Fennemi, Rachetez-moi de la main des brigands? »

Enseignez-moi et je vous écouterai en silence; Faites-moi voir en quoi J'ai péché.

Les paroles de la vérité sont bien douces; A quoi votre blâme peut-il s'appliquer?

Voulez-vous donc censurer des mots?

Les discours d'un homme désespéré appartiennent au vent.

Traîtres, vous joueriez au dé l'orphelin ; Vous trafiqueriez de vos amis.

Voyons, daignez me regarder en face. Et vous jugerez bien si je mens.

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Revenez ; point de préventions injustes ; Revenez \ et mon innocence apparaîtra.

Y a-t-il de l'iniquité dans ma langue?

Mon palais ne sait-il pas discerner le mal?.<

Oui| l'état de l'homme sur la terre est celui du soldat» Et ses jours sont comme ceux d'un mercenaire.

Comme Fesclave aspire après l'ombre,

Comme le mercenaire attend le prix de son travail;

Ainsi j'ai eu en partage des mois de douleur, Bien des nuits laborieuses m'ont été comptées.

Quand je suis couché, je dis : « Quand me lèverai-je? »

Et la nuit se prolonge,

Et je suis rassasié d'angois^^ jusqu'au matin.

* n semble qu*il faut supposer ici un jeu muet des amis de Job. La viguem de ses apostrophes les étonne, et ils font mine, de détourner la face ou de te retirer >

Ha chair est revêtue de vermine et d'une croûte terreuse, Ma peaf est couverte de cicatrices et de pus.

Me& jours ont été plus rapides que la navette, Ils se sont évanouis sans retour.

Dieu, souviens-toi que ma vie est un souffle, Mon œil ne reverra plus le bonheur.

Celui qui me regardera ne me trouvera plus, Ton œil me cherchera, et je ne serai plus.

Le nuage disparaît et passe,

Ainsi celui qui descend aux enfers* n*en remonte jamais.

11 ne retournera plus à sa maison, Sa demeure ne le reconnaîtra plus.

*■ En hébreu seheoL monde souterrain des morts. Voir ci-dessus, p. 13^ note.

Digiti

Aussi ne retiendrai-je pas ma bouche; Je parlerai dans Toppression de mon ftme.

Je gémirai dans Famertume de mon cœur.

Suis-je la mer, suis-je un monstre marin, Pour que tu poses contre moi des digues?

Quand je me dis : t Mon lit va me consoler.

Ha couche adoucira ma peine, »

Voilà que tu m'effraies par des songes^ Tu m*épouvantes par des visions.

C'est pourquoi mon &me a choisi la mort.

Mes os ont appelé le trépas.

Je disparais, je m'en vais pour Véternité; Laisse*moi, car mes jours ne sont qu'un souffle.

Qu'est-ce que l'homme pour que tu l'honores d'un regardi, Pour que tu daignes faire attention à lui^

Digiti

Pour que tu Fexamines tous les matins, Pour qu'à chaque instant tu l'éprouves?

Jusqu'à quand auras-tu les yeux fixés sur moi, Me refuseras-tu un moment pour avaler ma salive?

Si i*ai péché, que t'importe, 6 espion de l'homme? Pourquoi m'as-tu posé en butte à tes coups, Et suis-je devenu un fardeau pour moi-même?

Pourquoi n'effaces-tu pas mon péché.

Ne fais-tu point disparaître mon iniquité?

Car bientôt je vais me coucher dans la poussière, Tu me chercheras, et je ne serai plus.

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a9 JOB.

Alors Bildad de Suah prit k parole^ et dit :

Jusqu'à quand tiendras-tu ces discours, Et les paroles de ta bouche ressembleront-elles à un vent violent?

Est-ce que Dieu fait fléchir le droit?

Le Tout-Puissant fausse-t-il la justice?

C'est parce que tes fils ont péché

Qu'il les a livrés aux mains de leur iniquité.

Mais si tu as recours à Dieu,

Si tu adresses tes prières au Tout-Puissart,

Si ta vie est droite et pure,

Sois sûr qu'il veillera sur toi,

Qu'il rendra prospère la demeure de ta justicei

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Et quêtes commencements auront été peu de choseï Comparés aux grandeurs de ta fin.

Interroge les générations antiques, Applique ton esprit à la sagesse des pères.

(Car nous sommes d'hier, et nous ne savons rien, Nos jours sur la terre sont comme une ombre.)

Us t'enseigneront, ils te parleront,

Et de leur cœur ils tireront ces discours * :

« Le papyrus croit-il en dehors des marais?

Le jonc peut-il vivre sans eau ?

Encore vert, nul ne le coupu,

Et avant les autres herbes il est sec.

Tel est le sort de ceux qui oublient Dieu; L'espérance de l'impie périra.

^ Comme FJiphaz, pour appuyer son discours, avait eu recours à une vision ^ Bildad met ici ses pensées sur le compte des anciens sages.

Sa confiance sera brisée,

Son assurance est une toile d'araignée.

Il s'appuiera sur sa maison, et elle ne tiendra pas ; Il la saisira de sa main et elle ne restera pas debout.

Le voilà plein de sève, exposé au soleil, Ses rejetons couvrent tout son jardin;

Ses racines sont entrelacées à la pierre, Il touche à la région du granit.

Mais si on Tarracbe de sa place,

Sa place le renie et lui dit : Je ne t'ai jamais vu.

Tel est le fruit de sa conduite :

D'autres, après lui, s'élèveront du sol. »

Non, Dieu ne repousse pas l'innocent, Il ne tend pas la main aux malfaiteurs*

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Un jour il remplira de joie ta bouche, Et tes lèvres de jubilation.

Tes ennemis seront couverts de honte; .

La tente du méchant n'est déjà plusl

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Alors Job prit la parole, et dit î

Oh ! je sais bien qu*il en est ainsi ; Comment l'homme serait-il juste devant Dieu T

Quand on veut disputer contre lui»

On n'a pas raison une fois sur mille.

Habile et puissant adversaire !

Qui Fa bravé, et est resté sain et sauf?

n transporte les montagnes à l'improvistei Il les bouleverse dans sa fureur.

Il fait bondir la terre hors de sa place,

Les colonnes qui la soutiennent en tremblent.

n commande au soleil, et le soleil ne se lève pas; n met un sceau sur les étoiles.

Tout seul, il dresse le ciel comme une tente, n m^cbe sur le sommet des vagues.

n a créé la Grande-Ourse, le Géant * et la Pléiade, Et les régions cachées du ciel austral.

n fait des merveilles qu'on ne saurait sonder, Des prodiges qu'on ne saurait compter.

n passe devant moi sans que je l'aperçoive, n a fui et je ne Fai point vu.

Quand il saisit, qui l'arrête?

Qui peut lui dire : « Que fais-tu? »

A Constellation qui parait identique à celle d'Orion, et où TOrient sémitique royait voir un géant révolté contre Dieu^ probablement Netnrod.

Digiti

Dieu ne revient pas sur sa colère; Sous lui s'incline la milice du Dragon S

Et moi, je songerais à lui tenir tête I Je lutterais de paroles avec lui !

Aurais-je mille fois raison, je ne lui répondrais pas. Mais plutôt je demanderais grâce à mon juge.

Même s'il se rendrait à ma citation,

Je n'oserais croire qu'il eût écouté ma voix;

Lui qui fond sur moi du sein de la tempête, Qui multiplie mes blessures sans motif;

Qui ne me laisse point reprendre haleine, Qui me rassasie d'amertume.

^ Constellation à laquelle s'attachait une légende analogue à celle du Géant : nn monstre luttant contre Dieu, et enchaîné au ciel avec tous ses compagnons. Peut-être s'agit-il de la constellation de la Baleine.

Digiti

S'agit-il de force, il dît : « Me voilà 1 »

S'agit-il de droit, il dit : « Qui m'assigne? »

Je serais juste que ma bouche même me condamneraitS Je serais innocent qu'elle me déclarerait pervers.

Oui, je suis innocent; peu m'importe l'existence, Je ne tiens plus à la vie *.

Tout se vaut ; c'est pourquoi j'ai dit :

« Il fait périr également le juste et le coupable. »

Oh I si du moins il me tuait d'un seul coup I Mais il se rit des épreuves de l'innocent.

La terre est par lui livrée aux mains des scélérats. Il voile la face de ceux qui la jugent :

Si ce n'est lui, qui donc est-ceî

* Job, par une hyperbole hardie, soutient que, s'il plaidait contre Dieu, sa uche même le trahirait et dirait le contraire de ce qu'il veut dire.

* Job désespérant de faire triompher son droit contre Dieu, se laisse aller à un violent mouvement de colère, et proclame hautement son innocence, au risque de recevoir la mort pour prix de son audace.

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40 lOB.

Mes jours ont été plus rapides qu'un courrier; Os ont fui sans avoir vu le bonheur.

Ils ont passé comme les barques de jonc.

Comme Faigle qui fond sur sa proie.

Si je me dis : « Oublions notre plainte, Laissons ce triste visage, et égayons-nous, »

Je crains le retour de mes douleurs, Sachant bien que tu ne m'absoudras pas.

Je suis condamné d'avance ;

Pourquoi me donner ces peines inutiles?

Je me serais baigné dans la neige, J'aurais lavé mes mains dans le bor %

Que tu me plongerais dans une fosse infecte,

Et que mes vêtements me prendraient en dégoût. ^

< Cendres délayées avec de l*huile, dont on se servait en guise de lessireoa ito saron.

Digiti

Dieu n*est pas mon égal, pour que je lui réponde, Pour que nous comparaissions ensemble en justice.

n n*y a pas entre nous d'arbitre,

Qui pose sa main avec autorité sur nous deux.

Qu'il retire sa verge de dessus moi.

Que ses terreurs cessent de me poursuivre ;

Alors je lui parlerai sans crainte;

Car au fond de mon cœur, je ne suis pas tel que je semble *,

Mon âme est fatiguée de la vie ; Je vais laisser un libre cours à ma plainte, Je vais parler dans Tamertume de mon cœur *.

Je dis à Dieu : Ne me condamne pas si vite, Fais-moi savoir pourquoi tu me poursuis.

^ La conscience de Job est tranquille; la cause de son trouble est hors de loi. G*est Dieu qui, par une manœuvre déloyale, a dressé contre lui ses épouvantes, afin de lui enlever la liberté d*esprit nécessaire à sa défense.

s Job continue à croire que la hardiesse de ses discours sera punie par la mort.

Digiti

Trouves-tu du plaisir à opprimer, A repousser Tœuvre de tes mains^ Tandis que tu éclaires le conseil des méchants?

As-tu donc des yeux de chair?

Vois-tu comme voient les humains?

Tes jours sont-ils comme ceux de l'homme?

Tes années sont-elles comme les jours des mortels,

Pour que tu recherches ainsi mes fautes, Pour que tu poursuives mon péché,

Tout en sachant bien que je ne suis pas coupable. Et que nul ne peut être sauvé de ta main ?

Tes mains m*ont créé et formé au tour; Et tu veux me détruire !

Souviens-toi que tu m'as façonné comme de Targile ; Et tu veux me ramener à la poussière t

Digiti

lOB. 43

Ne m*as«tu pas coulé comme un lait, Et coagulé comme un fromage î

Tu m'as revêtu de peau et de chair ; Tu m'as entrelacé d'os et de nerfs.

Tu as été prodigue pour moi de vie et de grâce; Ta providence a veillé sur mon souffle,

Et voici ce que tu cachais dans ton cœur, Voici le sort que tu me réservais* :

Pécheur, je trouve en toi un censeur rigide; Tu ne me pardonnes aucune faute.

Coupable, malheur à moi !

Juste, je n'ose davantage lever mon front,

Rassasié de honte, spectateur de ma propre misère.

Si je dresse la tète, tu me poursuis comme un lion, Tu recommences à me braver.

* Job affecte de croire à un plan perfide de Dieu, qui aurait voulu d*abord je combler de biens, et ensuite le traiter whc une intolérable rigueur.

Ta me confrontes à de nouveaux témoins»

Tu redoubles de Aireur contre moi ;

Des légions d'adversûres m'assaillent tour à tour.

Pourquoi m*as-tu tiré du sein qui me porta?

Je serais mort» et aucun œil ne m*aurait vu.

Je serais comme si je n'eusse jamais été, J'aurais passé du ventre de ma mère au tombeau.

Mes jours ne sont-ils pas un néant? Trêve I Laisse-moi m'égayer un peu,

Avant que je parte, sans espérance de retour, Pour la terre des ténèbres et de Fhorreur,

Home et sombre terre,

Où régnent Tobscurité et le chaos,

Et où le plein jour est semblable à la nuit

Digiti

lOB. 45

Alors Sophar de Naama prit la parole^ et dit ;

La loquacité restera-t-elle sans réponse?

La faconde sufSt-elle pour avoir raison?

Les hommes sensés écouteront-ils en silence ton radotage? Te moqueras-tu des gens, sans que personne te confonde?

Tu as dit à Dieu : « Ha doctrine est la bonne, Je suis irréprochable devant toi. »

Mais je voudrais que Dieu aussi prit la parole Et ouvrit ses lèvres pour te répondre,

Qu'il te révélât les secrets de sa sagesse,

Les replis cachés de ses desseins :

Alors tu verrais iqu'il t*a encore traité avec indulgence.

Digiti

46 jfOB.

Crois-tu toucher le fond de la sagesse de Dieu? Prétends-tu arriver jusqu'à la perfection du Tout-Puissant T

Elle est plus haute que le ciel : que feras-tu pour Tatteindre? Plus profonde que Fenfer : comment la connaltras*tu?

Sa mesure est plus longue que la terre Et plus large que la mer.

Quand il fond sur le coupable, qu'il Temprisonne, Qu'il assemble le tribunal, qui peut Ten empêcher?

Il sait reconnaître les malfaiteurs,

Il découvre le crime où on ne le soupçonne pas.

A cette vue, le fou même renaîtrait à Tintelligence, Et le petit de l'onagre deviendrait un être raisonnable *•

Si donc tu diriges ton cœur vers Dieu, Et que tu étendes les bras vers lui,

* Expression proverbiale. L'onagre est pris d'ordinaire pour type de la sto* pidité»

Digiti

Que tu éloignes le crime de tes mains, Et que riniquité n'habite pas dans ta tente.

Alors tu lèveras ton front sans tache,

Tu seras inébranlable, et tu ne craindras rien;

Tu oublieras toutes tes souffrances.

Tu t*en souviendras comme d'une eau qui a passé.

L'avenir se lèvera pour toi plus brillanl que le midi; Les ténèbres du présent deviendront un matin.

Tu seras plein de confiance et d'espoir ;

Tu regarderas autour de toi, et tu te coucheras rassuré.

Tu te reposeras et personne ne te fera peur; Des troupes de flatteurs caresseront ton visage.

Mais les yeux des méchants seront consuméSi

Toute issue leur sera fermée,

Leur espoir vaut le souffle d'un homme expirant*

Digiti

48 aoB.

Alors Job prit la parole^ et dit :

Vraiment, vous êtes le monde ei^tier, Et avec vous mourra la sagesse.

Cependant j*ai de Tintelligence tout comme vous»

Je ne vous suis en rien inférieur ;

Et qui ne sait tout ce que vous venez de dire?

Je suis rhomme raillé par ses amis, N'ayant de recours qu'auprès de Dieu :

Le juste, rinnocent, est un objet de dérision.

Mépris au malheur I telle est la pensée des heureux; Le mépris atteod tous ceux dont le pied chancelle.

Digiti

la paix cependant règne dans les tentes des brigands, La sécurité chez ceux qui provoquent le Très-Haut, Qui portent leur dieu dans leur main ^

Interroge les animaux, ils seront tes maîtres *; Questionne les oiseaux du ciel, ils te donneront des leçons.

Parle à la terre, et elle t'enseignera ;

Les poissons eux-mêmes te répéteront tes discours.

Qui ne sait, parmi tous ces êtres, Que le bras de Dieu a fait l'univers.

Qu'en sa main est Tâme des êtres vivants Et le souffle de tous les humains?

^ C'est à-dire, qui ne reconnaissent d*aiitre dieu que leur violence. Dextra uUhi deus {Enéide, X, 773). l

* Job reprend ici la pensée qu'il avait exprimée dès les premiers mots de son discours, et va prouver que la aoctrlne de Sophar n'a rien de rare, ^ de merveiUeux.

Digiti

C'est Toreillé qui discerne lés paroles.

Comme le palàtô l^voure tes mets.

La sagesse doit être cherchée dans les yieillards» La raison est le fruit des longs jours.

En LUI ^ résident la sagesse et la puissance, Le conseil et rinteliigence lui £4)partiennent.

Ce qu'il a détruit, nul ne peut le rebâtir ; L'homme qu'il a enfermé, nul ne peut le déUvrer.

Quand il retient les eaux, elles tarissent ; Quand il les l&che, elles bouleversent la terre.

A lui appartiennent la force et la prudence^ De lui dépendent le séducteur et le séduit *.

* Çestrà-dire en Dieu , sujet habituel du discours. Job Vent prouver pà cette longue tirade sur la grandeur de Dieu qu'il n'est pas moins éloqûen que Sophar.

* Ce^Mt-dire Tesp^ço i»umaiae tout entière, jouet de rerrettr.

Digiti

Des sénateurs il fait des captifs»

Des juges il fait des fous,

Il délie le baudrier des rois, Il ceint leurs reins d'une corde.

n réduit les prêtres en captivité, n renverse les puissants.

n coupe la parole aux hommes les plus sûrs, n enlève la sagesse des ^efllards.

n répand la honte sur les nobles, n relâche la ceinture des forts ^

n révèle les profondeurs et les tiro de Fombre, n produit à la lumière Fabtme ténébreux.

Il grandit les nations, et il les perd ensuite;

n étend les peuples hors de leurs frontières, puis lesy raMéûe.

* C'est-î^dire, il les réduit à l'impuissance dans le combat, en coupant la ceinture qui retient leurs larges yêtementi.

Digiti

n enlève Fintelligence aux chefs de la terre. Il les fait errer dans un désert sans issues.

Ils palpent Fombre, non la lumière; n les fait errer comme un homme ivre.

Mon œil a vu tout cela,

Mon oreille Ta entendu et Fa saisi.

Tout ce que vous savez, moi aussi je le sais; Je ne vous suis en rien inférieur.

Cest au Tout-Puissant que je veux parler, C'est avec Dieu que je veux plaider ma cause;

Mais vous, vous êtes des fabricateurs de mensonges. Vous êtes tous des médecins inutiles.

Que n'avez-vous gardé le silence f Cela eût passé pour de la sagesse.

Digiti

Écoutez, je vous prie, ma défense,

Prêtez votre attention au plaidoyer de mes lèvres.

Voulez-vous pour Dieu tenir des discours iniques, Et pour lui plaire proférer le mensonge?

Voulez-vous faire acception de personnes en sa faveur? Êtes-vous donc les avocats de Dieu?

Serait-il bon pour vous qu'il scrutât vos cœurs? Croyez-vous le tromper, comme on trompe un homme?

Il sera le premier à vous condamner,

Si en secret vous faites acception de personnes.

Sa majesté ne vous effraie-t-elle pas?

Ses terreurs ne tomberont-elles pas sur vous?

Vos sentences sont des raisons de cendre, Vos défenses sont des défenses de boue.

Laissez-moi ; je veux parler, Quoi qu'il puisse m'arriver ensuite.

Digiti

Quoi qu*il arrive, j'ai pris ma chair entre mes dents, J*ai mis mon ftme dans ma main *.

Dieu me tue; fai perdu tout espoir;

Il ne me reste qu'à défendre ma conduite à sa face.

Une chose aussi peut me sauver,

C'est que l'impie ne saurait être admis en sa présence*.

Écoutez donc mes paroles, Prêtez Foreille à mon discours.

Me voilà prêt; j'ai disposé ma cause ; Je sais que la justice est de mon cdté.

Est-il quelqu'un qui veuille disputer contre moi? S'il se présente, je veux me taire et mourir.

1 Locutions proverbiales, dont le sens est: J*en ai pris mon parti, je suis résolu à mourir, je n*ai plus de ménagements à garder.

* Il flotte entre deux contradictions: d'une part il croit, selon une opinion fort répandue dans TOrient sémitique, qu'on ne peut voir Dieu sans mourir; d'une autre côté, il se rassure en songeant que Dieu ne peut »e révéler h rimpie.

Digiti

Épargne-moi seulement deux choses, ô Dieu, Si tu veux que je ne me cache pas devant ta face:

Que ta main ne m'écrase plus,

Que tes terreurs ne m'épouvantent plus.

Après cela, accuse-moi, et Je répliquerai,

Ou bien laisse-moi parler, et tu me répondras*.

Dis-moi le nombre de mes crimes?

Fais-moi connaître mes iniquités?

Pourquoi cacher ainsi ton visage ■?

Pourquoi me traiter comme ton ennemi ?

Veux-tu donc effrayer une feuille chassée par le vent? Veux-tu poursuivre une paille desséchée,

« Ce qui suit est comme le plaidoyer que Job, réduit au désespoir et résolu à joi^ep s|t vi^, presse à Dieu.

2 II supppse que pieu est confondu et n'a rien ik ii^pooto h H questloo hardie qu*il lui adresse.

Digiti

Pour que tu écrives contre moi des sentences amères, Pour que tu m'imputes les péchés de mon enfance S

Pour que tu places mes pieds dans les ceps,

Que tu épies toutes mes démarches,

Que tu traces un fossé autour d'un infortuné*

Consumé comme un bois pourri, Comme un vêtement que rongent les vers?

L'homme, né de la femme, Vit peu de jours et est rassasié de trouble ;

Comme une fleur à peine éclose on le coupe.

Il fuit comme une ombre et n'a aucune durée.

Et c'est sur un tel être que tu ouvres les yeuxl Voilà celui que tu amènes en justice avec toi I

* Job ne se sentant coupable d'aucun crime, suppose que Dieu fait revivre contre lui des fautes qu'il aurait commises sans le savoir, à on Age où il n'avait pas conscience de lui-même.

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Qui peut tirer la pureté de la souillure?

Personne I

Si les jours de Thomme sont comptés,

Si le nombre de ses mois est fixé près de toi*

Si tu as posé un terme qu'il ne doit pas franchir,

Détourne tes yeux de lui pour qu'il repose un peu,

Jusqu'à ce qu'il goûte, comme un mercenaire, la fin de sa journée.

L'arbre a encore quelque espérance ; Quand on l'a coupé, il peut reverdir, Et il ne cesse pas pour cela de produire des rejetons.

Lors même que sa racine a vieilli dans la terre. Et que sa tige est morte dans le sol.

Dès qu'il sent l'eau, il repousse.

Et il se couvre de feuilles comme un jeune plant.

Mais quand l'homme meurt, il reste étendu ; Quand l'homme a expiré, où est-il?

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Les eaux du lac disparaissent, Le fleuve se tarit et se dessèche

Ainsi rbomme qui s*est coucl^^ ne se rivera plus ; Il ne se réveillera pas, tant que durera^ le ciel, n ne sortira pas de açn spmmeil

Oh ! si tu voulais du moins me mettre à part dans Venfer,

Me cacher jusqu^à ce que passe ta colère,

Me fixer un terme où tu te souviendrais de moi?

Mais l'homme une fois mort revit-il *?.,.

Tout le temps de ma station j*ai attendu Qu'on vînt me relever de mon poste.

Tu m'appelleras, disais-je, et je te répondrai ', Tu désireras revoir l'œuvre de tes mains.

' Job flotte entre le désespoir et la confiance. Tantôt il est frappé de ce fait que jamais homme n'est ressuscité ; tantét il p^se que Dieu pourrdt bieo le rappeler à la vie, et il se compare dans Tenfer à un soldat en faction qui Ittend qu'on le relève.

* Job, dans les moments où il conserve l'espoir que Dieu se souviendra de lui dans Tenfer, croit déjà entendre sa voix qui k ra|>pelle.

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