‹ Le livre de l'amitiéChapitre 10 sur 22 · OUTRE-TOMBE · texte numérisé non relu

OUTRE-TOMBE

S'enténèbre, se gonfle et siffle, là-bas, Pendeuillement des nues.

Ayant délié sa la Vallière. sa gorge en feu. sa gorge nue et s'étirant sur mon sofa, il me disait :

« S'enténèbre, se gonfle et siffle, là-bas, rendeuiliement des nues.

a Si j'étais mort, couché de dos dans les cimetières jaunâtres, avec leurs marbres, leurs cyprès — sur lesquels saigne une lune — avec leurs verveines couleur de chairs ressuscitées, quand...

« ... S'enténèbre. se gonfle et siffle, là-bas, rendeuiliement des nues.

« Qui. lors, épanouirait ta cravatte et l'épinglerait de bleuets Et nos toilettes sœurs, les glaces rosacées qui te reçoivent et les caresses sur le front poudré aux jours de fashion hiémale, quand...

nous 35

«... S'enténèbre, se gonfle et siffle, là-bas. Pendeuillement

des nues. »

Et se plongeant dans mon sofa : « Que ferais -tu ? »

« Le ciel est un drap mortuaire où des larmes astrales larmoient. Mon chien qui t'avait tant flairé jappe droit vers ta tombe et de ses pattes émïette le terreau, que jonchent le duvet des chardons, les pensées et les immortelles. Ta bière a des candeurs de noces. Déjà tu n'es plus qu'un squelette mignonnement féminin... Horreur du contact!... plutôt suave, puisque c'est toi. La lune saigne.

« O squelette, tes os clangorent le rythme des heures passées ! Je t'entraîne vers un roc qui surplombe une source divulguant comme des oeillades de multicolores reflets d'orchis. Nous voilà si haut que déjà

« S'enténèbre, se gonfle et siffle, à nos pieds, l'endeuillement des nues.

Pour nos macabres ébats les nuages noirs nous serviront de couvertures, sur lesquels saigne une lune.

Mais la lune ne saignait plus. Pas un pan de ciel libre et le tonnerre cliquetait aux persiennes. Ce soir-Là — de par son caprice — nous avions étendu sur nous un drap mortuaire. Un cierge égouttait ses cires blémies et lugubrement bleuaçait l'air. Epeuré, blotti dans son sein que soulevaient des gratitudes, je lui disais encore ;

« Si la foudre pulvérise ton immaculé squelette, j'en réfugierai les débris dans une coquette boîte peinte de chinoiseries, et dans les jours de fashion hiémale quand...

« S'enténèbre, se gonfle et siffle, là-bas, l'endeuillement des nues. »

Presque réjoui, sinistre presque pour m'imbiber de toi, de ta poudre je ferai ma poudre de riz.

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