PRINTEMPS
Oh ! vraiment je renais. Par l'hiver engourdi,
Mon vers dormait; il se parfume, il reverdit.
C'est le clair renouveau, c'est la fête des sèves.
Les oiseaux font des nids, les poètes des rêves
(Ce sont de doux chanteurs). Mais, cher Myrtil, pourquoi,
Pourquoi tant d'idéal ruisselle-t-il en moi?
D'où vient, depuis ces jours, qu'une intime musique
Me reparle d'autan, du céleste Exotique,
Double mon âme en en prenant une moitié ?
— C'est le printemps du cœur, c'est la douce amitié :
C'est la douce amitié qui, sur l'âme embrasée, Dans les beaux jours de mars tombe avec la rosée, Enivre, fortifie et s'envole — laissant Les buissons plus fleuris, l'enfant plus innocent.
Mais tu m'as conquis d'un coup, Ton sourire exalte et grise.
Charles le Goefic.
Je croyais en avoir assez De ces affections folles.
Je croyais les lys trépassés Et mortes les corolles.
Et je ne sais comment cela; Toujours est-il que d'un sourire Tu m'as conquis, Myrtil, voilà, Voilà ce que je puis te dire.
Oh ! ce que je veux de ton cœur Et de ta main et de ta lèvre, C'est un baiser, c'est une fleur De frais muguet, d'âpre genièvre.