SOUVENEZ-VOUS
tout, de quoi se mêlaient-ils? C'étaient des ambitieux qui n'ont q\io ce qu ils méritent. >
Voilà ce que vous répondiez, en sifflant, et en brsmlant la tête.
Souvenez-vous que pour vous faire renier ce qixo vous aviez juré, il n'a fallu que vous le com- Tnander.
Vous avez renié au chant du coq, devant PoncQ Pîlate, devant le soldat, et surtout devant la ser- >?anle ; et- vous n'en avez même ressenti aucune dovdeur.
On vous a commandé de donner votre suffrage
à oelui qui vous foulait aux pieds, et vous l'avez
ï^it;de proscrire par là tous vos amis, et vous
V^vez fait ; de renverser le travail de tous ceux
^>iî ont concouru, même avant votre naissance, à
^olre affranchissement, et vous l'avez fait ; de
conspuer tous ceux qui avaient juré pour vous,
devant les autres peuples, de vous liguer avec les
ennemis éternels de toute liberté, de toute dignité,
et vous l'avez fait !
Quand votre cœur sera près de s'enfler, rappelez-vous toutes ces choses, et d'autres que je n'ajoute pas. Alors vous^serez humbles, comme il est nécessaire que vous le soyez, pour ne pas retomber. Vous accepterez la victoire comme un don que vous vous efforcerez de mériter. Vous
VOUS étonnerez d'être libres et vons craindrez de cesser de l'être.
Le souvenir de vos reniements n'ira pas jusqu'à vous avilir le cœur et à vous décourager pour l'avenir ; mais vous prendrez en dégoût les vaines déclamations ; vous sentirez que rien n'est plus factice que votre souveraineté, en pensant que vous l'avez vendue pour un plat de lentilles. Vous aurez une juste horreur des mots gonflés dont vous vous êtes si longtemps rassasiés ; et vous ferez plus de cas de la plus petite action honnête et simple, que de toutes les paroles magnifiques qui vous ont amusés et enchaînés.
Malgré ses reniements, saint Pierre a pu se racheter ; et vous aussi, vous travaillerez à vous racheter des vôtres. Vous ne déclamerez plus.
Une grande nation.
Je me suis approché de la frontiêpe, et j'ai prêté Tôreille ; et toute une nation rassemblée de l'autre côté, ne faisait pas plus de bruit qu'un fleuve tari dans son lit, ou qu'un désert sur lequel a passé un vent de mort.
Et je m'écriai : La terre a-t-elle englouti Sodôme? Sont-ils tous morts, ceux que j'ai connus si pleins de vie? Ou ont-ils oublié ? Un souffle mêlé de bitume a-t-il étouffé leurs esprits ? Ceux qui m'ont aimé, sont-ils glacés comme les autres? Répondez !
Et en arrêtant les yeux sur ce qui semblait d'abord le lit d'une mer désertée par les flots, je finis par voir une multitude innombi*able d'hommes accroupis sur la terre ; et je ne savais pas s'ils étaient vivants ou morts, tant le silence pesait sur leurs lèvres.
Et je leur demandai : Êtes-vous encore du
nombre des vivants, vous qui paraissez glacés du froid éternel? Ou bien êtes- vous les restes d'un peuple qui a perdu son nom ?
Ils ricanaient avec un bruit semblable à celui des feuilles sèches sous les pas d*un voyageur. Et c'est à cela seulement que je sentis qu'ils vivaient.
Alors je leur demandai : N'y a-t-il plus de justice? Plus de ciel? Plus d'avenir? Plus d'amour? Plus d'espérance ?
Et sans me regarder, car ils avaient le cou roidi par l'esclavage, je les entendis qui disaient les uns aux autres:
Quel est cet étranger? Et quelle langue parle t-il? Nous ne comprenons pas un seul des mots dont il se sert.
Je repris et je dis en tendant les bras vers eux : Ne reconnaissez- vous pas celui qui est né de la même terre que vous? Aujourd'hui, encore, la douceur qui me reste, c'est d'entendre à mon oreille cette langue qui est la vôtre. Voilà pourquoi je ne me suis pas éloigné davantage, cherchant toujours à recueillir quelque son de la langue qui m'a bercé. L'année ne s'est pas encore écoulée. Sont-ce des siècles qui me séparent de vous ? Les choses ont-elles changé de nom? Je vous ai vus sourire quand, naguère, je vous parlais de Liberté.