‹ Le Livre de l'exilé, 1851-1870. Après l'exilChapitre 22 sur 91 · LES SIX SURPRISES · texte numérisé non relu

LES SIX SURPRISES

nation. Mais, au nom du ciel, quelle utopie plus impossible, quelle chimère plus incroyable, qu'une royaxilé qui, en un demi-siècle, ne peut montrer un roi?

Qu.'esl-ce qu'une loi de succession politique qui ne peut montrer un héritage effectivement recueilli? Je cherche pour votre monarchie un monarque. Je ne vois depuis un demi-siècle 6n Krance que des hommes, errants, infatués crua souvenir, qui paraissent, surnagent un moiweut, essayent en passant la couronne du gardeineul^ie, et sont à l'instant précipités, sans fils, sans liéritier, dansTexil et dans la mort.

Ah ! vous parlez de gouvernement pris à Fessai! Doctrine absurde autant que ridicule, qui est l'anéantissement même de l'esprit monarchique. Mais, sur ce terrain, quelle expérience plus terrible que celle qui a été faite six fois en un (letni-siècle, et toujours contre vous? Dans ce jeu contre la Providence, vous faites comme le joueur, qui, ayant tout perdu, argent, biens, joyaux, é])ée, baudrier, réduit à la nudité, s'acharne sur une dernière carte, et dit : Je veux jouer mon âme. Et, en effet, vous la jouez, votre il me, en mettant dans ce dernier enjeu des dooïrines qui sont le renversement de tout ce que vous désirez et voulez, des théories d'emprunt, usées avant de paraître, qui cent fois ont été re-

W-l REVISION.

poussées avec horreur par tous vos publicistes. Car, si nous, que vous accusez de vouloir tout renverser, nous faisions appel à des idées aussi folles que celles du gouvernement à Tessai, on pourrait du moins le comprendre en admettant le but que vous nous supposez. Mais que vous, qui prétendez défendre Tordre civil, vous proposiez d'abord de l'asseoir sur le vide, cela prouve une chose: c'est que poussés par la fatalité d'une cause irrévocablement perdue, vous ne faites plus de choix entre les principes dont vous vous servez pour le combat ; c'est que, dans une sorte de désespoir qui vous aveugle à votre insu, vous vous précipitez sur tout argument brisé, laissé sur le champ de bataille ; c'est que vous vous servez d'amies qui* éclatent contre vous.

Quoi ! se peut-il ? Vous invoquez l'expérience ! Eh! qui donc vous a condamnés? qui donc vous a ruinés? Il ne vous sufRt pas d'avoir été détruits tant de fois en moins d'un demi-siècle?

Dans chaque discours ofliciel, vous demandez par quel mystère es .pays, vous possédant, n'est pas au comble de ses vœux ; pourquoi la fièvre le trouble encore, pourquoi il se tourne et se retournO; sans pouvoir s'endormir au sein des félicités que vous lui avez faites ? Ces mystères ne sont pas difficiles à découvrir par ce qui précède.

LES SIX SUHPIUSES. 03

Ehl qui donc le réveille sitôt qu'il s'apaise? Toujours remettre en question ce qui a été résolu ! Toujours restaurer Timpossible?^ Relever ce que la force des choses a brisé ! Nier le soleil à midi ! A chaque réponse des événements se boucher les oreilles et recommencer l'expérience de la foudre !

Est-ce calmer les hommes, que de dire à la Providence, qui a parlé si souvent par la bouche des révolutions : « Ce n'est pas assez ! Quand tu as parlé, nous étions précisément occupés à la Bourse, à la chasse, aux courses de Chantilly, ou peut-être au sermon de l'abbé de Ravignan ; i^ous n'avons pas entendu ton tonnerre ; je te le jure, nous ne savons absolument rien de ce qui s'est passé. On prétend que tu as brisé, de nos jours, six ou sept fois les trônes qui ont essayé de paraître dans notre pays. Mais ce n'est peutêtre là qu'un faux bruit ; dans tous les cas, nous ^^nimes tellement occupés aux menus détails des ^^nfréries, qu'il ne nous est resté, en vérité, pas ^n moment pour nous informer de ce que tu fais ^^r la scène du monde.

« Ils vont, répétant partout que tu as renversé

Louis XVI sur Napoléon, Napoléon sur

Louis XVIII, Louis XVIII et Charles X sur Louis-

Philippe, Louis-Philippe dans le vide et le néant.

Cela est-il vrai? Ces événements, nous le répé-

OG iu:visioN.

divers parlis entendus, elle a choisi pour lui, J? assis et levé, les institutions japonaises, aurait peut-être pu se décider pour la fornr^ des rois mages, qui présente beaucoup d'av^ tages ; mais, l'heure pressant, et quelques me^ bres s'étant absentés pour souper, les institution du Japon ont passé à la majorité de deux voi:: Le peuple, ravi de ce résultat, sort de Tanarchic il prend aussitôt le teint jaune cuivré, et se me à chanter japonais. Un gouvernement sérieux s trouve ainsi fondé ; la société se rassied sur s vraie base.

C'est ici que Ton voit à quel point ceux qi s'appellent conservateurs, troublés par la volont de lutter contre la force des choses, sont envahi de l'esprit de destruction: au moment où ils par lent de restaurer l'ordre social, ils détruisenl bouleversent à plaisir toutes les notions qui l'or fondé.

Il est des choses .qu'une assemblée peut faire il en est d'autres qui lui sont impossibles. Je dé nie absolument à une assemblée quelconque, fût elle de révision, le droit et le pouvoir de faire de créer de rien un nouvel ordre politique 01 social. Je lui dénie absolument la capacité d choisir entre une République ou une monarchie De tels changements, de telles innovations dan les affaires humaines, si elles sont autre chosi

HEPUULIQt'E OU MONAHCIIIE. 07

qu*un jeu, ont une autre base qu'une discussion de tribune. Elles éclatent clans le monde avec la puissance de la nécessité ; elles s'enracinent avec l'autorité d'un événement.

Pour passer d'un ordre de choses à un autre, sachez qu'il faut un autre levier qu'une boule do plus ou de moins dans l'urne ! Quelle risible manière de concevoir les sociétés humaines! S'ima- &îner que le berceau de ces grands corps flotte ^ leurs origines sur le sable mouvant d'une discussion qui les promène et les bat en tous sens ! C>ù vit-on jamais une forme nouvelle degouvernc- '^otit surgir ainsi d'un scrutin ! Ah ! que le germe ^^^ ce qu'on appelle les constitutions du peuple ^^t enfoui bien autrement profond dans la na- ^•-it^odcs choses! Ces constitutions sont gravées ^*^ns les événements longtemps avant d*étre pro- ^^^Tnées par les scrutins.

I^our tirer une République des entrailles d'une '^Oxiarchie, il faut non pas un vote, mais une ré- ^"ol^lion; de même, pour ramener une Républi- ^^Cî à une monarchie, il faut une journée; appo- *^^^la comme vous voudrez, 18 brumaire, ou *^^lrée des alliés.

Est-ce la Convention qui a fait la République? ^* est le 10 août, en rejetant la royauté et la ren- ^^Xît impossible ; de même, de nos jours, la Rc-

98 HEVlï^lON.

publique était faite quand est venue la ConstituantQ.

Ce qui a créé la forme du gouvernement de 1848, c'est un événement. C'est la puissance mystérieuse qui a éclaté au 24 Février. La République est née, comme toutes les formes politiques, d'une explosion, d'un coup de tonnerre, d'un acte de la nécessité souveraine devant laquelle les hommes se sont abaissés au moins un moment.

L'Assemblée constituante, comnie l'eût fait à sa place toute autre réunion d'hommes, a compris ainsi ses limites. Elle a reconnu que rorigine, la source des grands changements qui s'opèrent dans le principe de la constitution et dans le tempérament d'un peuple, ne sont pas affaire d'amendement ni de ballottage. Qu'a-t-eUe fait? Tout ce qu'elle pouvait faire. Elle n'a pas choisi, elle n'a pas délibéré, elle n'a pas envoyé ses huissiers compter, supputer les voix, sauf à redresser le calcul le lendemain et remplacer au MoniteuPy dans un erratum, République par monarchie. Non! ce fut là son seul instant do grandeur: elle a acclamé ce qui était dans les choses.

Certes, il eût fait beau voir un de nos collègues se lever et dire, approchant comme dans Cinna : c Mes chers amis, nous allons peser et ballotter

RÉPUBLIQUE OU MONARCHIE. 9d

2 Tétat démocratique et l'état monarchl(iue.

^ Chacun fera son choix; le mien est pour

^ Chilpéric. Voici mon suffrage. » On se fût

^x)ntenté d'en rire. Mais rien de tel ne fut dit, et

rxiul ne le pensa. Les royalistes, s'il y en avait,

savaient que les vrais rois, comme tous les pou-

^^oirs durables, se font par acclamation sur le

^pavois. Us ne se glissent pas, roulés et anony-

jmes, dans l'urne d'un huissier.

Esl-il croyable que ce soit nous, républicains, ^qui soyons obligés de leur rappeler ce qu'ils nous ont enseigné depuis mille ans sur l'origine et la iffondation des pouvoirs publics ?

Vous demandez la révision, parce que, dites- '^rous, c'est la rétractation du 24 Février; ici, "^ous approchez du vrai.

Oui, pour détruire la République, il vous faut détruire sa base, qui est, non pas une boule, un liasard de suffrage, mais une journée de la Pro-' >ridence. Voulez-vous effacer la République? Hfifacez-en la cause, je veux dire ce jour maudit C[ui n'aurait pas dû naître, où le soleil s'est voilé, où la Providence a sommeillé, où la terre a échappé ^ar hasard aux volontés d'en haut. Vous avez «u un instinct heureux, lorsque, vous acharnant contre cette date, vous l'avez couverte de malédictions et d'injures. Malheureusement, les in'jures passent, la date demeure ; c'est elle qu'il

faudrait retrancher du ccrcio de Tannée ; carf tant que ce jour subsiste, il entraîne avec lui son lendemain ; tant que le fait demeure, il a ses conséquences ; tant que Tarbre est debout, il porte son fruit, et ce fruit c'est la République.

Vous voulez couper Tarbre par le pied? d'accord; mais comment vous y prenez-vous?

Certains que Tinjure, la calomnie, n'ont pas réussi, vous arrivez à trouver un autre remède. Vous pensez qu'une chambre de révision, dûment avertie et chapitrée, pourra faire ce qui vous est impossible : faire rentrer la terre dans sa vieille orbite.

Et moi je vous répète : Une assemblée peut changer ce qu'a fait une assemblée ; mais, quelque nom que vous lui donniez, constituante, législative, révisionnaire, elle est incapable d'anéantir un fait, d'effacer une journée. Que lui servira de se mettre en colère contre les choses? « Cela leur est fort égal i, disait déjà Marc-Aurèle.

Une chambre constituante, si introuvable qu'elle soit, n'est rien, si elle n'est précédée d'un événement dont elle exprime les conséquences. La Chambre de 1815, révisionnaire s'il en fût, dans la totalité^ puisqu'elle nous a fait passer en un clin d'œil de l'empire à la royauté, était une fort belle chose. Mais elle avait été précédée d'une chose qui ne l'était pas moins : de Tinvasion de

nKPL'BLIQl'K OU MONARCIIIK. 101

ouze cent mille alliés. Celte assemblée n'eut

'autre peine que de résumer, dans ses lois, ce

ornent de félicité. La Chambre des députés de

830, voilà aussi une assemblée vraiment révi-

ionnaire dans la totalité^ puisque, du lundi au

ardi, elle nous a donné la formule orléaniste au

eu de la formule légitimiste. N'oubliez pas,

:ependant, que ce changement n'a pas été seule-

ent de sa part un caprice subit; les choses y

valent eu quelque part ; la veille, un petit évé-

ement s'était passé, il est vrai, fort peu connu ;

Révolution de juillet.

Ici nous revenons au point de départ. Comment fftlcer le principe du mal? Comment anéantir le 4 Février? Ce qu'a fait une révolution ne se éfait pas par un amendement. Voulez- vous donc

e le 24 Février disparaisse et que nous cessions

e dater de celte heure, montrez-nous, non des

iscours, mais un acte. Choisissez à loisir dans

out le calendrier voire jour et votre heure. Qu'à

moment donné toute cette terre de France, aisant amende honorable, se pavoise du drapeau jlanc; que la moindre chaumière ait son orilamme ; qu'une grande voix partie des entrailles u sol s'écrie, parla bouche de trente-quatre illions de flagellants : « Mes frères! j'ai péché! •^ je demande merci à Suvvarow ! miséricorde à ^ Blûcher! pardon à Wellington, et à tous nos

€ bons alliés, d*avoir chassé par trois fois ceux € qu*ils m'avaient imposés. Cela est mal, très- € mal, d*avoir si indignement méconnu le bien € qu'ils me voulaient faire. Enfin ! j'ai péché, je c le confesse; voici mes mains, liez-les moi. >

Et il ne suffirait pas que ce sage discours fût tenu au fond du cœur par le peuple de France, n faudrait, cette fois, des preuves efficaces, visibles à tous les yeux, d'un repentir sincère ; tels que, au dehors, de bons gages donnés â la sainte invasion : la Lorraine et l'Alsace, bien entendu, remises d'abord, sans conteste, à leurs vrais propriétaires; au dedans, le lis honoré à chaque boutonnière, l'aigle et le coq proscrits ensemble dans le moindre village; nombre de bourgeois qui, ôtant les palissades de leurs biens nationaux, iraient sur les grandes routes en quête du maître légitime pour lui rendre sa terre ; force ouvriers qui, d'emblée, referaient les jurandes; force paysans qui rétabliraient gabelle, corvées et mainmortes; tous les faubourgs de Paris qui, dès la première heure, rebâtiraient la Bastille ; et cela, de bon gré, d'inspiration, sans attendre les nouvelles. Quand cette journée aura lui, nous reconnaîtrons à ce signe que le passé est redevenu le présent.

Rien de plus simple alors que la conduite à

RÉPUBLIQUE OU MONARCHIE. m

suivre. Dès le lendemain de ce grand jour, vous convoquez voire assemblée de révision ; elle arrive, elle constate, ou plutôt elle acclame les faits 4^ue je viens de rapporter. Les verdcts de 1815 '•essuscitent, le poing fermé, et couvrent la place ^^ la Concorde. La Providence se prononce; dix- ^^pt acclamations répondent Monarchie aux dix- ^^pt acclamations républicaines de notre Cons- •^^ tuante. Les faits parlent à la place des orateurs; I^Gnsonne ne discute, tout le monde consent ; une * oi*m\ile fait place à une formule ; la question de ^oiavernement est résolue et nous voilà au port, <^lans le défmitif.

Gela revient à dire que demander la révision "^^Sale pour avoir la monarchie blanche ou bleue, ^ Gst s'amuser d'une absurdité, ou provoquer ^^^nt toute discussion préalable, une révolution ^^ faits.

I^our arriver à votre dénoûment, retenez bien ^^î : Que vous avez eu d'abord votre journée, ^^ iDieu sait quel ruisseau de sang aura coulé. ^st là le point convenu entre nous, et le premier atin^au de notre raisonnement. Sinon, non. Pour ^^^ Aros arguments cessent d'être risibles, il faut ^ï^ ils soient tachés du sang d'une révolution nou- ^'^Ue; jusque-là je serais dupe de prendre au ^^tieux des semblants d'idées cent fois mises en

poussière par ceux qui s*en servent aujourd'hui. Le seul moyen, sur ce terrain, de n'être pas burlesque, c'est d'être criminel.

Car, de s'imaginer qu'eu pleine légalité^ sans qu'une porte ait été ouverte ou fermée, ni une vitre cassée, sans qu'un seul commissaire ail verbalisé, il 'surgisse une assemblée pour nous dire : « Vous êtes bleus, ou rouges, je vous fais ' « blancs, ou noirs; vous êtes République, je vous c fais monarchie; » c'est assurément la plus froide, la moins divertissante, la plus sotte extravagance qui puisse entrer dans la tête des hommes.

Peu de gens, il est vrai, nous proposeront rien de semblable. Puisque nous sommes républicains, nous voilà obligés d'être impartiaux entre la République et la royauté ; à d'autres il appartient de faire pencher le plateau. Pour cela, nous convoquerons, à notre place, une autre assemblée, laquelle aura plein pouvoir de faire d'un rond un carré ; et, déjà, notre conscience nous empêche de limiter son autorité sur ce point. Que seraitce, bon Dieu, si nous la gênions en rien, d'avance, dans le choix de l'impossible?

Quoi ! cette Chambre ne sera enfermée dans aucune muraille ! elle ne sera réglée par aucun événement ! Dieu lui-même est soumis à des lois ; pour elle, c'est la loi des choses qui lui sera sou-

RÉPUBLIQUE OU MONAHCIIIE. * 103

mise. Elle pourra se placer comme elle voudra, en clodiws ou on dehors des faits, c'est-à-dire en dedans ou en dehors du sens commun !

Oh ! rheureuse assemblée ! Qui ne voudrait en ôlre membre? Elle aura le don des miracles, et ne pliera sous aucune des verges de la nécessité! X-es contes de fées n'auront rien vu de semblable. II>'abord, elle fera de nous ce qu'elle voudra! Falaise à Dieu qu'il lui convienne décréter d'abord 4^110 nous serons tous gens d'esprit et d'honneur! X ^o reste suit sans peine. Certes, il lui coûtera cîu d'ajouter, je pense, la raison, la modération, our chacun de nous. Adopté. Dans cette voie, île serait mal conseillée de ne pas reviser du -^ème coup notre constitulion physique. Je supose qu'elle nous donnera à tous six pieds de aut, pour le moins. Quand nous volâmes ce oint, nous étions au complet. Je suis encore 'avis qu'elle nous fasse tous beaux de visage omme Alcibiade, en interdisant, toutefois, de rasseyer et loucher comme lui. Bien ! Voilà le id proscrit, sans difficulté, par assis et levé, raiment, elle manquerait à son mandat, et trahirait sa mission, si, après avoir revisé la couleur enos yeux, elle ne décrétait aussi, pour nous, xane verle jeunesse, et, au besoin, l'immortalité Xerrestre.

Allons ! voilà qui est fait. Sages, beaux, près-

que immortels, je vois que nous sommes déjà à peu près demi-dieux, grâce à cette bonne assemblée. Que faut-il davantage? Du reste, je m'en rapporte à elle.

11 ne suffit pas d'être glorieux. Tout est bon d'une nation, hormis d'être ridicule. Quand on s'appelle soi-même le premier peuple du monde, il y a déjà quelque déplaisir à se réveiller dernier laquais de monseigneur Antonelli. Du moins la place est bonne, bien nourrie d'indulgences, bien payée de reliques, copieusement abreuvée d'avanies. Pour Tamour de Dieu, sachons y demeurer. Ne descendons pas au-dessous, s'il vous plaît.

Conditions de la Monarchie.

^^Pposons que Tabsurdité soit la raison même ®' qu'une assemblée de révision puisse choisir à ^^'^gré, indépendamment des faits, entre toutes ^^'^tes de systèmes contraires. Voyons, dans ce ^^> les conditions de ces systèmes.

^i je voulais la monarchie, j*en voudrais cer-

^^ement les conditions, car je croirais cette

^'^^titution nécessaire ; et sans me soucier beau-

^^p des obstacles, ni des inconvénients, je me

^'^^Dccuperais, avant tout, de la rétablir et de la

^dre durable. *

ï^a première chose que je ferais pour cela, se- ^^il d'examiner entre les deux formes de royauté ^i se présentent à moi, laquelle je pourrais ar- ^^T et défendre le mieux contre la révolution. ^^ ne tarderais pas à voir que de ces deux sys-

108 nKVISION.

lèmes, un soûl présente quelque possibilité de défense.. La royauté constitutionnelle portant en soi la révolution, c est-à-dire Tenncmi, je la rejetterais du premier coup, et mon choix serait ainsi commandé pour la royauté légitime. Je m'y enfermerais comme en une citadelle.

Cela posé et mis hors de doute, je me demanderais sincèrement : Qu'est-ce que la monarchie légitime pour la France de mon temps? La main sur la conscience, je répondrais : La monarchie, c'est l'invasion.

Car il me serait évident que la nation toute seule n'a pas produit, en 1814 et 1815, le système de la restauration et du droit divin, mais que la force de l'étranger en a été la cause principale. Dès lors, je m'attacherais avec piété à la religion de la force. L'invasion se trouvant être mon point de départ, je retremperais, autant que je le pourrais, mon système dans son berceau sacré.

Je commencerais à comprendre ce que les événements mettent de plus en plus en lumière, à savoir que les ennemis avaient imposé chez nous les deux dynasties des Bourbons comme les stigmates de la conquête ; ils s'en étaient fait un moyen de perpétuer chez nous leur victoire. A ce point de vue, les fautes delà Restauration m'apparaîtraient ; je les reconnaîtrais ingénument

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