‹ Le Livre de l'exilé, 1851-1870. Après l'exilChapitre 24 sur 91 · CONDITIONS DE LA MONAHCIIIE · texte numérisé non relu

CONDITIONS DE LA MONAHCIIIE

Jbriand et ses amis, les fondements d*une bonne monarchie. Bientôt, de la discussion jailliraient les lumières royales. D'ailleurs, ils parlaient, ils écrivaient si bien, qu'ils allaient soudain convertir le globe. Qu'on mît seulement leur savoir à X 'épreuve, chacun de nous se ferait leur disciple. Il n'en fut rien. Tout ce qu'on emprunta à la Ré- -'^rolution ne servit qu'à la Révolution. C'était bâtir, comme Scipion, des temples aux tempêtes. XDeux fois elles en sortirent, en 1830 et en 1848. TNi dans l'un ni dans l'autre cas, ces cruelles ne XTaontrèrent aucune reconnaissance pour la main i les avait nourries.

Instruit par cette expérience, je l'aurais toujours eus les yeux; et je saurais qu'il ne peut entrer, ^sans un péril de mort, aucun élément, aucune X^arcelle de la Révolution dans ma royauté. Plus cje tribune, plus d'Assemblée, plus de presse, ni ^en qui s'en approche. Ceci est élémentaire. -J'aurais besoin, d'abord, de retremper mon sceptre à son principe, dans une invasion. Je {)Ourrais l'appeler intervention amie, alliance, telle que celle que nous exerçons si bien à Rome ; le nom ne me fait rien, mais la chose m'est indispensable. Il me faut, à mon sacre, une armée de Cosaques; c'est la première condition. Je la considère comme tellement nécessaire, tellement inhérente au système, que, si vous ne m'accor-

lia HEVIblON.

dcz ce point, je suis forcé crabdiquor, vous lais^ sant en pleine anarchie, sans ajouter un mot.

Je ne ferais pas la faute de garder une armée nationale, pour en être abandonné, comme cela s'est vu deux fois. Mais, ayant les yeux fixés sur ce que font les Autrichiens en Lombardie, les Russes en Pologne, qui me paraissent avoir trouvé le seul système sérieux, efficace, de restaurer une autorité tombée sous Topinion nationale, je les prendrais, autant que je pourrais, pour modèles ; et je m'appliquerais comme eux à énerver, à extirper les forces matérielles aussi bien que morales, du pays où je voudrais enraciner ma restauration.

Une des choses qui me donneraient le plus à réfléchir serait d'empêcher qu'il ne se trouvât jamais un grand nombre d'hommes forts et capables de se soulever contre l'autorité de fait. Pour obvier à ce danger, je ne verrais rien de mieux que d'imiter les Autrichiens, qui transportent les Italiens en Hongrie, et les Russes, qui transportent les Polonais en Grimée. Assurément, le czar et l'empereur ne refuseraient pas que l'on versât et disséminât dans leurs cadres le plus grand nombre possible de Français, à mesure qu'ils atteindraient la virilité. Ou ces hommes ne reverraient jamais leur pays, ou ils

CONDITION?^ DE I.A MuNAHCIIIE. II.j

Jg roYcrraionI brisés par la vieillesse, quand ils ser-^iient devenus incapables de nuire.

i-'élat de siège, tel qu'il est exerce chez nous,

^t^Tis TAin, depuis deux ans, serait aussi pour

"^c>i une insliluiion à laquelle je n'aurais guère à

'^«^^p^r^ondrc, si ce n'est que je retendrais à tout le

toi*x*iioire do France. Peut-cire y joindraîs-je la

^^^^lonnade et le cavaletto, quoique, à vrai' dire,

^^ I> remière de ces choses me répugne, d'après

^ ^^^^Mii qui s'en fait parmi nous en des occasions

^^ï^iinellcs.

'^ * aimerais aussi à rétablir d'un trait de plume ^^ ^ ^erfs et les barons, le château de Barbe-Bleue, ^'^^'"tout les vieilles mœurs, celles de Louis XV ^^ O u maréchal de Richelieu; puis les courtisans, *^^ llalteurs, les traitants. Peu de choses, dit-on, raient pour cela.

Aiant à la religion, j'ai déjà dit ailleurs qu'il

^^^^ la faut telle que sous saint Louis; parcon-

^^^taent, au préalable, Révocation nouvelle de

* ^clît de Nantes, expulsion de tous judaïsants, li-

^^ï*lîns et proleslanls. J'ai besoin de percer d'un

^^^ r*ouge toute langue aiguisée qui blasphémera.

^^ reste, à son avènement, mon roi renou-

'^'Cïllora le serment officiel d'exterminer les hè-

rêiiq^gg^ eussent-ils voté l'expédition de Rome.

^^ sais que nous marchons dans cette voie:

114 HEVISION.

mais combien lentement et timidement ! Que gagnez-vous à vous convertir à demi? D'être l)ris pour socialistes par les journaux religieux ; ils vous le répètent chaque matin, et non sans quelque raison. Comment, en effet, vous tenir aucun compte d'un zèle aussi tiède? C'est peu de dénoncer, destituer ; il faut croire, mes frères, précisément comme nos aïeux, c'est-à-dirQ relever en un jour tout ce que nous avons renversé en trois siècles, et renverser tout ce que nous avons élevé.

Voilà, comme dit Platon, ce que m'inspire la Muse royale. Si vous m'accordez .ce que je réclame, ma monarchie qst armée; Dieu fera le reste. Je crois fermement que mon utopie n'a de chances que si les institutions que je demande me sont concédées sans délai. Car il me les faut toutes, seulement pour essayer de vivre. Refusezm'en une, et ce trône, si savamment rétabli, est déjà renversé ; une nouvelle révolution plus terrible que toutes les autres vous menace. Et croyez que je parle sérieusement. Est-ce ma faute à moi si j'ai l'air de sourire en exposant les conditions réelles de la vie pour ce qui ne peut l)lus être ? Fallait-il prendre la massue poiir frapl)cr des fantômes qui se savent fantômes? Ce n'est pas mon avis.

CONDITIONS DE L.\ MONAHCHIE. 115

Quandj'ai fait ainsi mon plan do Restauration,

noix pour un jour, mais pour une vie de peuple,

qiiand je l'ai appuyé sur rexpérience et la force

des choses, sur le principe de Tinstitution, sur

la 3oîence de M. de Bonald et de M. de Maistre,

ot cjuand je cherche autour de moi par qui mo

faîr^ assister dans un si grand dessein, je voir.

avoo terreur que je suis seiU ou à peu près; cl

JG nnis par découvrir que, s'il n'y a- plus do roii-

®^ ï*"'rance, il y a encore moins de royalistes.

^Q qui est toujours fréquent dans les temps

"^Oîciiles, je rencontre des hommes qui veulent

^rào ohose, et qui n*en veulent pas les conditions

^^^^ispensables. Tel m'accorde une de mes iiisti-

étions, tel m'en accorde une autre; mais d'ac-

^l>t^r le système dans sa rigueur, qui seul lait

^ *orce, c'est à quoi nul ne veut consentir. Ils me

^^<^£inent sur les plus simples, les plus neccs-

de mes exicfences. Qui défend encore, si vc.

^^t moi, le droit divin? Ils veulent garder une

^^l>i:*e de liberté, de nationalité, sans savoir ([\io

^^^*^ ombre seule est la mort du svstème. Bien-

*» Vous le verrez, on me contestera, sans dout< ,

^ silence obligé, la ruine imposée, tout enliu,

^^^a.nger même, peut-être. Et à la place, que

^^ttent-ils? une chose révolutionnaire s'il en fut,'

^^^ Constituante, qui doit faire sortir directemeni

1ir> IlEVISION.

ou indirectemenl de je ne sais quelle combinaison de boules, où ma raison se perd, rhéréditc du pouvoir monarchique !

0 libéraux endurcis, révolutionnaires envieillis, qui vous croyez royalistes, bàtirez-vous toujours sur les orages? Laisserez-vous toujours percer en vous le vieil homme sous le conveiii? Sachez donc que la perpéluito exclut le vole, et réciproquement le vote exclut la perpétuité. Si je vous accorde, quant à présent, une éternité d'un jour, qui peut m'empécher de vous la reprendre demain? Comment respecterai- je l'hérédité poHtiquc? Née d'un caprice, qui m'empêchera de la défaire par un autre? Créant des monstres incapables de vivre, vous mêlez le bon plaisir et le contrat social; vous confondez M. de Donald avec Jean-Jacques. Ah! qu'il en coûte de renoncer au péché dans lequel on est né! Votre endurcissement dans la liberté vous lie malgré vous ; il vous empêche de vous associer à mes projets. Dès lors, je sqis contraint moi-même de renoncer à mon château en Espagne, auquel je commençais à m'altacher; et je passe, avec regret, à une autre utopie.

Le Bonapartisme.

Cherchant son utopie, un doclrinaire vous disait: € Il vous faut un Monk ou un Washington; € et, comme je ne vois pas encore parmi vous € le planteur américain, j'attends avec certitude € le restaurateur de la royauté anglaise. » En cela, il se trompait.

La pente des republiques catholiques telles que la vôtre est de devenir d'abord une république princière, et, do république princiôro, une principauté absolue. Rassurez-vous donc pleinement; vous ne courez aucun risque d'avoir un Washington, mais bien plutôt quelque dictateur, d'abord à temps, puis à vie, puis à toujours,^ peut-être, que sais-je, quelque docteur Francia, s'il en est d'une maison connue, et qui vous inspire confiance. Voilà votre pente, à quoi il faut

remédier; et cela est si vrai, que la révision, incapable de produire la monarohic, comme je viens de le démontrer, n'a, au su de tout le monde, d'autre but que d'ouvrir la porte de Tarticle 45 au lîoiinpartisme.

nu'csl-ce donc que le Bonapartisme? l'Empire; ol qu'est-ce que l'Empire? Avant de répondre, jo (lois un remercîment sincère à la Société du Dix-Décembre; elle nous a rendu, et à moi en l)articulier, le sens de l'histoire. Avant que cette {glorieuse société ne se fut montrée, nous étions sous le jouf^^ des souvenirs mélancoliques de Sainte- Hélène. Vous savez si les souvenirs rapportés de l'île nous avaient touché l'âme. De fait, nous avions clianiijé l'histoire en légende. Qui de nous, à travers les branches du saule pleureur de Saint-Hélène, ne s'était fait son empereur à sa guise? Nos chansons, nos livres, n'étaient pleins que de lui. Vous le connaissez par le Mcmorial : un fermier d'Amérique qui maniait la charrue et lisait YHôIoïsey très-sensîble, on iio peut plus facile aux larmes, ennemi du fracas de la guerre et des armes, au point qu'il ne pouvait seulement souffrir que le petit Las Cases •tirât, à Longwood, sur un passereau, ce qui nous est certifié par le père; ami du silence, partisan de la république des fourmis, qu'il ré- Liontait pourtant quelquefois dans son jardin ;

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