‹ Le Livre de l'exilé, 1851-1870. Après l'exilChapitre 26 sur 91 · LES PRÉTEXTES · texte numérisé non relu

LES PRÉTEXTES

tel Spielberg transatlantique qu'il nous plaira lui choisir.

Voilà les premières raisons qu'on allègue pour chercher si loin une occasion d'opprimer.

Ces raisons je ne les discute pas. Je dis seulement qu'elles en cachent d'autres, dont personne ne parle. Ce sont ces motifs cachés qui sont les errais. Je vais chercher à les montrer.

En 1781, la France a mis le pied en Amérique; ce fut pour l'aider a s'affranchir ; — expédition qui Ouvrit l'époque nouvelle et rapporta la liberté cl€ins le vieux monde.

En 1862, la France débarque de nouveau, mais <-^otte fois il ne s'agit plus d'affranchir; il s'agit de ft^îre violence. Dans les deux cas, la question ^enferme les intérêts de tout un monde. Le Mexile n'est qu'un point, d'où l'on espère rayonner un hémisphère. En 1781, la petite expédia-ion de Lafayette et deRochambeau devait laisser ^^ pires elle tout un continent libre. En 1862, Texï^^dition du Mexique, si elle se développait, telle ^la'elle a été conçue, aurait pour résultat tout un ^^ontinent esclave, ou du moins asservi.

Entrez dans l'esprit bonapartiste, et ce que ^^ous appelez ** ses mystères politiques " se dissipera à vos yeux. C'est parce que vous ne l^énétrez jamais dans cet esprit, que tout vous ^Gste obscur dans ses projets et dans ses actes.

iZi L'EXPKDITION DU MKXTQl'I'.

Vous VOUS résignez à ne rien comprendre de ce qu'il veut, de ce qu'il fait, et vous vous remettez a l'avenir inconnu d'expliquer ce que vous désespérez de concevoir de votre vivant. Vous voyez le maître agir et vous ne vous demandez plus même pourquoi il agit dans ce sens, plutôt que dans tel autre.

Pourtant il n'exige pas de vous une si complète démission de vous-même! Il ne s'oppose pas à ce que vous le compreniez. Osez donc pénétrer un moment dans son système d'idées. Faites-vous pour quelques instants semblable à lui; cette énigme du Mexique se dénouera d'ellemême .

Xe Deux-Décembre en Amérique. ^ Plan de TEntreprise.

^->ri \ient de vous le répéter ces jours-ci : t Le

B^^fipartisme n'est pas simplement une opi-

niorv "politique ; c'est un culte, une adoration,

^^^ superstition. » Le principal de ces dogmes

•""^^pc^rstitieux, c'est qu'il doit réaliser la chimère

^ ^^ Sfand Empire Napoléonien. Et puisque l'Eu-

'^Po est assez malavisée pour ne pas se prêter

^^tte félicité, il est naturel, il est inévitable,

* ^ l'on se retourne vers l'Amérique. Là doivent

*- trouver ces va^es espaces et les peuples sou-

^^ qu'on désespère de s'annexer en Europe. On

J)arle plus de la frontière du Rhin, il faut

- ^ ^^ chercher un Rhin dans le Nouveau-Monde.

^ s ne saurez jamais avec quelle rapidité s'é-

'^î^lent les ambitions démf»surées de pouvoir, les

visions de domination dans un esprit rempli de ce que Ton a appelé les Idées napoléoniennes.

L'occasion du projet d'invasion du Mexique a été la guerre des États-Unis. Aux premières nouvelles d'un échec des Etats du Nord, le Gouvernement des Tuileries se persuada que c'était fait de la grande République américaine. Du moins, il crut qu'elle était trop occupée pour mettre obstacle à une entreprise bonapartiste. Il ne s'agissait que de choisir l'endroit où l'on porterait le grand coup à l'indépendance du Nouveau-Monde. Le Mexique parut l'endroit propice ; il se remettait à peine, sous un gouvernement régulier et libéral, de ses longues guerres civiles. Avant de laisser ses plaies se cicatriser, on viendrait le frapper inopinément ; et même il n'y aurait pas besoin d'une longue guerre. Car on ferait à Vera- Cruz ce que l'on a fait à Civita-Vecchia. L'exemple de l'expédition romaine profiterait ainsi à l'expédition du Mexique. On recommencerait en 1862 l'œuvre et les stratagèmes de 1849. On se présenterait en alliés. Le .drapeau tricolore, n'étaif-ce pas la liberté, l'indépendance !

Que l'on permette seulement à des amis d'envahir, de leurs idées généreuses, le territoire, de prendre les principales villes, de contenir les autres, de disperser ou de mitrailler les patriotes ! Le glaive bonapartiste peut-il jamais faire mal ?

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