LE DEUX-DÉCEMBRE EN AMÉRIQUE
On attendra pour parler en maîlre que la nation entière soit désarmée et prisonnière et sa capitale occupée. Peut-on pousser plus loin la bienveiJlance?
La. facilité d'illusion est si grande dans Fauteur de cette entreprise, qu'il est allé jusqu'à penser qno le nom seul de Bonaparte courberait les hommes jusqu'à terre. A peine aurait-on besoin (le pa^raître ! Et l'on verrait au Mexique les anciens adorateurs du soleil, se prosterner devant le soleil couchant de la fortune napoléonienne.
Nouveaux Principes de 89.
Nous ne sommes encore qu'au début. Continuons. Il est bien entendu que la nation envahie sera trop heureuse de Têtre. Elle nous portera de Vera-Cruz à Mexico, sur les mains, en répétant le cri du cirque: ** Ceux qui vont mourir vous saluent! '' Le Vomito Negro se fera courtisan.
De là, nul soin, nulle prévoyance.
Les soldats de la France seront envoyés, non pour combattre, mais pour recueillir des couronnes de fleurs, d'aloés et de bananiers. D'ailleurs, nous nous associons à tout ce qu'il y a de réactions monacales et de parjures. Nous ramassons tout ce que nous pouvons rencontrer d'éléments rétrogrades, oppressifs, obscurantins, jésuitiques dans les deux mondes. Nous ramenons la vieille Autriche dans le berceau des Aztèques. Le jésuite Miranda nous précède ; Almonte nous suit.
NOUVEAUX PlUNGIPES DE 89. inT
11 nous aide des haines qui s'attachent à son nom. Il menace, pour nous, d'exil, de proscription, tout patriote qui défendra sa patrie. Il jouera pour nous le rôle que Talleyrand et Fouché ont joué en 1814 et 1815, dans l'invasion de la France par les Russes, les Autrichiens, les Anglais. Après avoir déclamé pendant un demisiècle contre ce que nous appelions la grande trahison de 1814, nous nous en faisons les plagiaires. Le Bonapartisme montre par là que lui aussi a eu sa comédie, non de dix-huit ans, mais d'un demi-siècle. Tout est bien quand il s'agit de sa cause. Violation d'un peuple étranger, destruction d'une démocratie, despotisme imposé, reniement de tout ce que nous avons juré, oppression d'un continent, c'est là ce que nous appelons maintenant nos nouveaux principes de 89. Sous cet étendard il n'est pas besoin de soldats. Nous n'en enverrons que quelques milliers.
Nous voilà à Mexico, de gré ou de force, qu'importe? Une nation libre est effacée de la terre. C'est déjà un point satisfaisant ; mais ce n'est là encore qu'un commencement. Ce peuple s'appartenait à lui-même. Il avait acheté cette liberté orageuse au prix de torrents de sang. Il s'agit de tout lui reprendre en un jour, de telle soric qu'il paraisse lui-même complice de son reniement et de son abdicalion. Pour cela, rien
de plus simple ; nous appliquons à cette difficulté un autre de nos nouveaux principes de 1789, à savoir qu'un peuple n*est vraiment libre que s'il est asservi à l'étranger ; son suffrage n'est volontaire et sincère que s'il vote sous les baïonnettes ennemies, teintes du sang des défenseurs de la patrie! Nous tiendrons l'urne de Mexico, et les Mexicains auront toute liberté, une fois qu'ils seront conquis ; moyennant pourtant qu'ils feront sortir de cette urne esclave une monarchie despotique à notre usage. Appelons-la d'abord autrichienne, pour intéresser à ce grand coup toute la vieille Europe. Autrichienne ou non, il est convenu que cette monarchie sera avant tout
bonapartiste. C'est là un rideau que nous tendons, pour amuser nos alliés ; mais le rideau tiré, il restera purement et simplement au pied des Andes un Deux-Décembre gigantesque qui menacera et convoitera tout un continent.
Napoléon en 1812 a manqué sa carrière; il n'a pu asservir le vieux monde. Il s'agit de réparer sa fortune en asservissant le Nouveau.
^®s Républiques espagnoles. -— Une Monarchie
austro -bonapartiste.
Hl t comme la France s'est trouvée trop petite P^iir-de pareilles imaginations, vous sentez bien ^^^ si Ton va au Mexique, ce n'est pas pour se ''^^fcrmer dans cette bicoque. Nous ne nous "^^clviisons pas à de si mesquines proportions. Ce **^ ^^t pas en vain que Fourier et les visionnaires ^^vx^ ont enseigné que Mexico est la capitale na-
^^^^'^lle du monde. Fourier voulait y placer le ^^Sniat du genre humain. Pourquoi ne serions- ^^Vis pas ce Magnat nous-méme, sauf à avoir, s'il 1^ fîaut, un Vice-Magnat dans les circonstances ^^^ftrévues?
billevesées! dira-t-on. J'en rirais moi aussi, si
^^ ix 'était pour de telles billevesées que l'on fait
couler le sang des hommes.
i60 L'EXPEDITION DV MEXl^L'E.
D'ailleurs un ancien saint-simonien, aujourd'hui sénateur, nous fait déjà remarquer presque ofliciellement que Mexico touche par Acapulco au Japon et à la Chine. Quoi de plus facile que de mettre cette moitié de la sphère dans le creux de la fnain? Tendre une seule chaîne autour du globe, de Paris à Mexico, de Mexico au Japon, n'est-ce pas là aussi une idée napoléonienne !'
Cette conception peut être le chef-d'œuvre du gouvernement du Deux-Décembre. Le seul inconvénient que j'y découvre, c'est qu'il faudrait y engloutir la nation française.
Une fois établis sur le plateau du Mexique, nous avons à nos pieds, non les royaumes, mais les républiques de tout un monde. La tentation est trop grande pour que nous n'allions pas les détruire. Celles du Midi doivent tomber les premières. Déjà nous allons rompre avec la République de Venezuela.
C'est un ancien projet de la Restauration, dans ses plus mauvais jours, que d'asservir les Démocraties des Amériques espagnoles. Ce devait être là le complément de notre expédition contrerévolutionnaire de 1823 en Espagne, qui a tant contribué à brouiller à jamais la France et Louis XVIII. Ce projet, nous le reprenons pour notre compte. Seulement, à la place des monarchies bourboniennes, ce sont c|es monarchies
LES HKPUlJLigUE:^ ESPAGNOLE^. 161
Aonciparlisles qu il s'agit d'imposer à ces États turbulents dont le bruit nous empéclie do dormir. De Alexico nous rayonnerons sur ,Buenos-Ayres, ie Chili, le Pérou, l'Equateur, Venezuela, Montevicloo. Qu'opposera le spectre de Bolivar au nom de Bonaparte? Ce nom seul fera tomber les villes. Quand des royautés napoléoniennes se seront substituées à ces Républiques méridional os, la terre fera silence. Il sera beau alors de planter Tclendard du Deux-Décembre sur les Car'clillières. Il aura fait son tour du monde.
t>ia Pérou à TUruguay, les Républiques du Sud
iront rejoindre la République de 1848. Un
sou file napoléonien les dispersera, les effacera du
gloljo. Cette suppression de la vie politique, sur
la rndilié d'un continent, s'appellera le grand acte
de 1862. Voilà ce que pressentent les populations
d^ l'Améri(iuc du Sud. Voilà pourquoi notre ex-
pedition du Mexique les a réveillées en sursaut.
A^^nsiinct américain les a averties que le Mexi-
1^^ ne peut être occupé par une monarchie bona-
P^ï*liste, sans que tous les points du continent
ï^^ridionalne soient menacés. Elles voient l'arai-
o^^ôo clans son gîte ; naturellement elles s'opposent
iï co que le filet n'aille les envelopper. Déjà l'on
P^Hci de congrès de toutes les Améri(iues espa-
S'^ol^ç pour aviser à une résistance commune
contre l'étranger.
Ainsi le danger, réel ou imaginaire, mais immédiat, fera ce que n'avait pu faire la prévoyance éloignée des patriotes. Notre inique agression unit ceux que sépare Timmensité des distances. Buenos-Ayres s'entend avec le Chili, l'Atlantique avec le Pacifique. Nous avons donfié à ces vastes continents l'occasion de craindre, de se défier, de haïr et d'armer en commun.
La Race latine.
Comment en serait-il autrement, quand amplifiant toujours ses projets, les enflant à plaisir, cherchant une prétendue force, qui n*est que faiblesse dans ses exagérations, Tesprit bonapartiste rattache à cette question du Mexique la question de toute une race, la race latine ! Quoi ! vous le déclarez vous-même, ou vous le faites déclarer par vos écrivains! Dans cette créance-Jecker, il s'agit de faire entrer une partie de la race humaine. C'est à titre de Latins que vous allez couvrir de votre invasion le peuple mexicain ! Et tout ce qui est Latin dans le monde doit s'attendre à une violation semblable de votre part ! Mais sur ce pied-là qui se croira en sûreté ? Qui peut jurer qu'il n'a pas une goutte de sang latin dans ses veines, si cela suffit pour qu'il soit passé au lil de l'épée? C'est donc comme membre de la famille que vous venez occuper le foyer, en chas-
Jft'i L'EXPÉDITION DL MEXIQUE.
ser les habitants et leur imposer la loi, ou l'absence de loi, qui vous plaira le mieux ! Mais celle parenté, jusqu'où^ voulez-vous la pousser? Quoi! tout peuple qui a de près ou de loin des mots osques, ou sabins, ou latins mêlés à sa langue, vous appartient comme à son chef! Il doit tomber sous vos coups et recevoir en martyr voire mitraille !
Vous vous en déclarez le mailre ! Vous changerez à votre gré son gouvernement, sa volonté! Vous vous direz les aînés de celte famille, el à titre de majorai vous réduirez les cadets à la portion servile.
Ordinairement les parents montrent leur affection en aidant de leurs conseils et de leur bourse les plus pauvres de la famille. Mais s'il s'agit de leurôter leur patrie, d'occuper leurs champs, d'y être les suzerains à leur place, de les rançonner, de les patronner à coups de fusil, qui ne tremblerait d'avoir un parenl de ce genre?
A celle heure, toute l'Amérique du Sud, bien averlie par les théoriciens de ce nouveau droit divin, sait qu'il s'agit d'elle-même dans l'invasion d'un seul point du territoire. Ce droit de parenté l'épouvanle ! elle le maudit ! Et comme nous menaçons à la fois toutes les Républiques espagnoles, il est naturel, immanquable que nous les ayons toutes contre nous.
Amérique du Nord. — La Monarchie bonapartiste
et les Etats-Unis.
Voilà ce qui regarde le Sud. C'est à tilre d'ami que Tespril bonaparlisle se propose de Técraser. Mais pour peser sur le Nord, ne pouvant invoquer ce même droit, nous invoquerons le droit contraire. C'est parce que les Élals-Unis ne sont pas de notre famille et de notre race, que nous ferons tout pour les abaisser ou les ruiner.
Ainsi, asservir les premiers, parce qu'ils sont parents et les seconds parce qu'ils ne le sont pas, c'est là le premier point de départ, dans la conception de l'entreprise mexicaine.
Ce devait être un grand coup de hache au cœur des deux An oriquos. 11 était fait pour les partager. Après quoi s'élèverait d'elle-même sur les ruines de ces démocraties une monarchie d'abord déguisée, bientôt monstrueuse, qui eût remplacé l'ancienne domination de la maison
d'Espagne et eût fait rentrer un monde dans le silence.
Je comprends que lorsque les peuples à genoux rivalisent avec les rois de flatteries et de bassesses, lorsqu'on ne peut plus rien voir qu'à travers une vapeur d'encens, de pareilles visées traversent l'intelligence et qu'il est difficile d'y résister. Quel homme a pu, ayant tous les hommes sous ses pieds, se défendre de conceptions de ce genre, dont on ne sent le vide et la misère qu'après avoir touché l'abîme? Tous les pouvoirs absolus ont engendré des plans d'asservissement universel. Et celui-ci n'est pas plus mal combiné que tant d'autres, auxquels la fortune a souri un moment avant de les rejeter avec mépris. Sans doute il est toujours dangereux de diriger les affaires humaines et principalement la guerre comme une aventure. Mais cela ne laisse pas de plaire à un grand nombre d'hommes. Et ici le plan n'a été déconcerté dès l'origine que parce que l'on comptait sur une chose qui ne s'est pas réalisée : la destruction et l'écroulement immédiats des États-Unis. Faux cal<5ul que l'on aurait dû éviter, mais sur lequel on s'est abusé ; tant était grande l'impatience de voir tomber celte puissante démocratie des États-Unis qui est encore l'espérance de tous les amis de la liberté dans les deux mondes.
aies causes de l'entreprise. — Que la fausse Démocratie ne peut souffrir la Démocratie 'Vraie.
Ici nous touchons aux vraies bases de l'enlret>T*îse. Il vaut la peine de s'y arrêter. S'emparer ^Ivi Mexique, y retremper le Césarisme, l'imposer ^^vix républiques espagnoles, c'est la partie ambi- ^îoiisede l'entreprise.
Abaisser, ou extirper la Démocratie des États- ^^nis, en est la partie sérieuse, ou plutôt l'âme ^l la nécessité.
Car pour que les Idées napoléoniennes . se Réalisent, il est absolument indispensable que ^ette vaste République disparaisse de la terre, ou Qu'elle soit réduite à une faiblesse équivalente à la ruine complète! Tant qu'elle existe, tant ^^ÏU'elle rayonne, elle attire les yeux, elle entretient l'espoir de tout ce qui n'a pas renoncé à ^ivre libre! Elle raffermit les courages! Elle
UiS L'EXPÉDITION DU MEXIQUE
montre que des hommes peuvent s'npparlenir cl former une société réji^ulière, sans porter aucun joug. Elle est comme le manifeste permanent de la justice. Tant que son drapeau est debout, il n'est pas permis, il est honteux, il est sacrilège de désespérer du bon droit. Elle est tout le contraire du Césarisme. Elle en est la réfutation, la contradiclion vivante et absolue, la condamnation.
C'est donc bien là, à ne pas s'y tromper, la tête du genre humain qu'il faut trancher d'un seul coup.
Il est une autre nécessité d'extirper les Élats- Unis. Cette société forme une démocratie véritable. Qu'on la blâme, ou qu'on la loue, on ne peut lui contester ce point d'être une démocratie. Et par là, elle accuse, elle démasque, elle montre à nu nos simulacres byzantins. La vraie et libre démocratie empêche que l'on ne prenne au sérieux la fausse qui met sa gloire dans sa servilité.
La réalité sur de si grandes proportions, ne permet pas qu'on soit dupe du masque. On coniptire malgré soi l'une et rautr3, cl respcco humaine, en dépit de tout, fait la difierence.
Pour que le mensonge soit étabh, il faut que la vérité disparaisse. Pour que le mensonge d'une démocratie esclave puisse s'enraciner en Europe, il est nécessaire que la démocratie vraie soit
VRAir:^ cAUfip:s ni: lkntreimujîi:. k.h
aaoanlie on Amérique. Autrement, que servirait d'avoir étoafré la vie publique dans le vieux monde, si on la laissait subsister dans le nouveau?
Byzance et Washington ! I)eux mondes opposés, incompatibles; deux époques qui s'excluent! La lemc ne peut les contenir ensemble.
I^e Deux-Décembre . ne doit-il être qu'un succès toujours éphémère et toujours contesté? Toutes ses maximes vont se briser contre les principes de la grande confédération américaine. Nul repos, nulle sécurité pour le Césarisme, tant ^^^'ollc lui donne chaque jour un démenti superbe do l'autre côté de TOcéan. Qu'elle laisse donc la plrieo au grand empire muet, ébauché en 1811! Q^^oile disparaisse! Et avec elle périsse aussi le faniôme incommode de Washington. Il est un darig-çp pour Tordre ! Il est un scandale et une n^^rxc^ce pour l'édifice bonapartiste. Ce fantôme ^^^ provoquant. A ceux qui sont asservis, il ^*'^P polie qu'ils ne l'ont pas toujours été. Il rouvre ^^.^enir quand on croyait l'avoir fermé. Périsse ^ Souvenir ! Périsse l'avenir avec le monde de ^ ^Uklin, de Jefferson! Le grand rêve del'asser- ^^^ment universel sera alors consommé.
■^însi l'expédition du Mexique devait être, dans Conception de son auteur, une mine chargée ^^ les pieds des États-Unis.
'^l devait suffire d'y meltre le feu pour ébranhr
la
par la base l'œuvre de Washington . On lui supposait des pieds d'argile. Sans doute elle s'écroulerait au premier choc. Du Mexique il serait aisé de tendre la main au Texas et aux Etats esclavagistes. Déjà on parlait à tout propos de les reconnaître; on encourageait par mille moyens leur rébellion. C'était aussi un de nos nouveaux principes de 89 : aider à l'esclavage, l'appuyer de nos vœux, de nos paroles, de nos encouragements, de nos armes contre les États qui voulaient le restreindre ou l'abolir. Nous avons commencé par le rétablir dans nos colonies sous le nom '* d'immigration." Dans cette guerre, entre l'esclavage et l'émancipation, le choix ne pouvait être douteux un moment pour l'esprit bonapartiste. Voilà pourquoi les échecs du parti de l'esclavage ont été toujours dissimulés, diminués à plaisir, et ceux du parti de l'émancipation grossis et amplifiés sans mesure. Toute défaite du droit est un triomphe.
Au moindre mouvement des armées des Éta\s libres, on les déclarait perdus. Avec quelle joie avait été accueillie la nouvelle de la défaite de BuU-Run ! Et colle de Mac Clellan, on la fête aujourd'hui. C'est qu'on avait besoin de lamine des États-Unis, pour donner une raison d'être à l'expédition du Mexique. On l'avait embarquée sur
VRAIES CAUSE? DE L'ENTREPRISE. i71
la foi de cette destruction prochaine. On espérait y assister en arrivant.
Ovi l'expédition n'a aucun sens, ou Fauteur, lîi*3.xit profit de la guerre intestine de TAmérique di-i INîord, a cru trouver les États esclavagistes en ploîne victoire, dès le printemps.
^c^lon lui, Talliance avec des Etats à esclaves do^^^iit se faire naturellement et promptement d*olle-même. Pour garantir leur monstrueux P^'îricipe, sans doute, il leur faudrait un protecleiai:*^ ou plutôt un maître.
^J'xie fois séparés delà société deWashington, il
leiax* deviendrait impossible de rester en Républi-
^^® . La démocratie pcrirail chez eux; la forme de
î^^vxxrernement serait changée. A l'esclavage civil,
"^ «jouteraient l'esclavage politique. A mesure
^'^ o. \igmenterait la difficulté de soutenir contre la
^^'^'"ilîsation et l'humanité cette gageure de l'escla-
"^^S^ à outrance, les Etats sécessionnistes invo-
^^^t^aient une main de fer. Le Deux-Décembre
P^^tfBà Mexico sur le trône de Montézuma serait
^*^^xitiers celte main. Dans tous ces incidents, la
^'*^'ï^de Autocratie à deux faces, autrichienne et
^^^parlistc, aurait plus d'une chance de rayon-
** de Mexico jusque sur les bords du Missis-
*est là ce qu'a vu le Président des États-Unis,
iTJ L'EXPÉDITION DL' MEXIQUE.
Lincoln, lorsqu'il a proposé d'unir leur cause à celle du gouvernement mexicain, par un prél de cinquanle-cinq millions de francs à Juarez. Les Elats-Unis se sont sentis d'avance atteints dans notre expédition masquée. Ils ont deviné ce qu'elle cache si peu. Le même intérêt qui a excité contre elle les Amériques espagnoles ne pouvait manquer d'éclater dans les Amériques anglosaxonnes. Avant même que le plan eût été achevé, l'auteur avait réuni contre' son entreprise, c'est dire contre nous, le Sud et le Nord de tout un monde ! Telle est la conception qui jette une partie de notre armée au delà de l'Atlantique dans une situation intolérable, sur des rivages pestilentiels. Conception où l'on retrouve toutes les embûches que le pouvoir absolu se tend à lui-môme, plans gonflés et vides, copie d'un passé servile. Illusions, fumées perpétuelles, que doivent payer de leur vie des milliers d'hommes ; jeu coupable où s'amuse l'arbitraire et où se dépensent le sang et l'or de la France.
Il est question de refaire la monarchie taciturne, absolue, ténébreuse de Philippe II ; mais dans cette imitation esclavagiste, la France jouera le rôle de l'Espagne ; les Tuileries prendront la place del'Escurial. Tel est le plan; voyons l'exécution.
Exécution du Plan . — Première Illusion.
Si de pareils desseins s'étaient montrés d'abord dans leur ensemble, TEurope, malgré sa complicité habituelle, eût pu difficilement les approuver. La première condition était de les cacher au monde. Voilà pourquoi ces projets secrets ont été d'abord masqués derrière l'Angleterre et l'Espagne. L'idée bonaparlisto a voulu être flanquée de ces deux alliés. C'est avec la flotte anglaise et la flotte espagnole quo l'on a approché des côtes américaines. Remarquez bien que dans cette première partie de l'exéculion il n'est bruit que d'une alliance à trois.
Ce concert de l'Angleterre et de l'Espagne sert à rassurer le monde contre toute arrière-pensée. On part ensemble, on aborde ensemble. Les flottes jclfcnt l'ancre. Mais alors, que se passe-t-il? Les deux alliés refusent de prendre part à l'entreprise. L'Angleterre et l'Espagno la désavouent!
Elles se retirent avec précipitation! Elles refusent
de couvrir les projets qui se révèlent.
On a beau mettre en avant cette idée incroyable de monarchie autrichienne. Le piège est trop grossier. Il n'a trompé personne.
Derrière ce fantôme, l'Angleterre et TEspagne voient froidement la réalité, c'est-à-dire le projet de domination absolue sur le Nouveau-Monde au profit d'un Philippe II bonapartiste.
Et comme nul intérêt ne les pousse à réaliser les rêves d'un nouvel Escurial, elles en discernent d'abord le faux et le néant. Ce qui pour un esprit courtisan paraît une grande conception, ne leur parait à elles qu'une grande aventure ; funeste, si elle n'était impossible. D*un côté, le chef de l'armée espagnole rembarque ses troupes, de l'autre la ilotle anglaise s'éloigne. Les deux gouvernements approuvent leurs agents.
Ainsi, première illusion :
On voulait se couvrir de TAngleterre et de l'Espagne dans l'embûche tendue au Nouveau- Monde. L'Angleterre et l'Espagne ont rejeté le rôle de complices. Elles ont démasqué rembûche.
Le piège est resté, mais c'est celui qui l'avait tendu, qui y est tombé !
Si du moins il y était tombé seul, et s'il ne s'agissait pas de la France !
Seconde Illusion.
Après cette première illusion, une seconde plus dangereuse allait bientôt disparaître à son tour. Le plan entier reposait sur celte idée : que les peuples d'Amérique, et en particulier le peuple mexicain, s'inclineraient sans défense devant la renommée du Deux-Decembre, qu'ils racclamcraient du rivage et T enracineraient eux-mêmes dans leur territoire aussitôt que l'occasion en serait donnée.
L'Amérique, déjà décembrisée, n'attendait que le moment de rejeter ses libertés, ses institutions, pour proclamer à son tour sa servitude.
Du jour au lendemain, des nations entières passeraient de la liberté à Tobéissance aveugle. Comment croire, comment imaginer que des populations pauvres, dispersées, incultes, refusent le
17(î L'EXPEDITION DU MEXIQUE.
joug que portent avec complaisance les peuples souverains, qui se disent les plus civilisés? Que Ion débarque seulement. Le preslige du joug agira à dix-huit cents lieues de distance.
On sait ce que sont devenues ces visions. Il est quelquefois dangereux de trop mépriser les hommes. On reçoit alors des lefons de ceux qui semblent le moins en état d'en donner.
Le peuple mexicain, que Ton croyait pouvoir fouler aux pieds, ce pauvre ver de terre, s'est soulevé contre tant de mépris ; il a éprouvé quelque chose de Tindignation du peuple espagnol, lorsque, en 1809, une politique de la même famille déchaîna les Espagnes contre nous ; et aujourd'hui, en 1862, nous voilà menacés dune guerre d'Espagne à deux mille lieues de la France! Prenez garde! Il y a aussi en Amérique des Baylen ! .
Je n'ai point à raconter ici comment éclatèrent, dés les premiers pas, les vices de Tentreprise. La population soulevée, les villes désertes à notre approche, Vera-Cruz rempli de nos cadavres, les communications coupées, la résistance d'Orizaba, la retraite obligée des nôtres, l'inquiétude, les faux bruits sur ce groupe d'hommes jetés au hasard dans un autre continent, au milieu des hostilités de toute une nation que l'on a forcée d'être ennemie. Que pouvait le courage le plus intré-
rrh:C.:pM)K ILLUSION. n7
pi de des noires contre la situation impossible où les avaient placés la légèreté, Villusion, le vertige (l'iane politique sans contrôle et sans frein?
Se barricader dans les villages, repousser les atta<-jues, donner le temps d'arriver aux renfoT*ls que rimprévoyance retenait encore en KiaT*ope, voilà ce qui était possible. Ils l'ont fait av^ec le sang-froid, Tabnégation héroïque qu'auciane position désespérée ne leur ôtera jamais ! Et Je no parle pas de ceux qui, sans avoir eu la joîe de combattre, ont été tués obscurément par 1^ climat 'sur ce littoral meurtrier, où les ai rétait le Soulèvement des populations indigènes. Étaitce lô ce qu'avait promis Tauteur de Tentrcpï"îse? Elle ne pouvait avoir de sens que par 1 Gnnpressement de la foule à passer sous le joug, l'^t où était cet empressement servile? En face, 1 *^ï*rnée nationale, des guérillas qui se forment et nous harcèlent de tous côtés, une indignation una- ^^^ïïio, nos approvisionnements déjà rendus diflRc»les^ nos convois coupés et pillés, sont-ce là ^^ prodiges que devfiit accomplir en se mon '"^^^m le prestige du Deux-Décembre? «On a été " ^^nipé! > s'écrie le général franoais dans sa pro- ^'^^^niation.
^ la bonne heure! C.e mot est celui delà situa- ^*^'^ même.
-^luisqui a fait rcncur? (jui a jeté, non pas
un homme, mais une nation dans cette nouvelle expédition de Strasbourg et de Boulogne? Je viens de le dire. C'est celui qui depuis onze ans paraît seul à la place de trente-huit millions de Français !
Comme Timportanl est de dissimuler ses fautes, au lieu de les avouer on les aggravera. Pour masquer Terreur du chef, on la poussera jusqu'au bout. On n'avait envoyé que cinq mille hommes, on en enverra trente mille, cinquante mille s il le faut, jusqu'à ce que le peuple mexicain soit noyé sous le nombre, et que l'échec d'amour-propre de l'auteur soit racheté par des milliers de vies !
Car c'est là le fond du pouvoir absolu : il n'a jamais tort ; il peut au besoin dépenser des flots de sang humain. Pourquoi compterait-il? S'il perd sur une carie, il jouera sur l'autre; mais jamais il ne se retirera d'une erreur qu'après l'avoir épuisée. Le peuple mexicain ne veut pas de nous, rien de plus notoire. Donc, il faut l'envahir. Nous nous sommes trompés. Donc, il faut nous tromper encore, nous enfoncer plus avant dans l'illusion, dans le faux, dans l'injustice.
Sous les gouvernements absolus, couvrir l'aveuglement du prince, s'est toujours appelé: Sauver F honneur du dvnpeau! Encore un des traits de l'esprit bonapartiste. 11 n'a jamais su