‹ Le Livre de l'exilé, 1851-1870. Après l'exilChapitre 29 sur 91 · LES RÉSULTAT · texte numérisé non relu

LES RÉSULTAT

persévérerez à élever cette . monstruosité d'nne monarchie austro-bonapartiste, qui tendra les fcras sur rAmérique du Sud et TAmérique du PJord pour les lier Tune à Tautre, dos à dos, au tronc de votre empire mexicain. Je dis seulejrnent que toutes les forces de la France s'useraient vainement dans cette chimère. Laisserez- ^'ous au Mexique un semblant républicain pour abriter la domination du Deux-Décembre? Peu importe! Les faits ont assez 'parlé, ils vous Font dit : Le Nouveau Monde ne veut pas être Décemtrisé ; il ne le sera jamais ! Vous n'ignorez pas non plus, que les Américains du Mexique, c5omme ceux du reste du continent, ont en exéoralion d'obéir à l'étranger.

C'est donc une guerre nationale, perpétuelle , incessante que vous déchaînez contre la France, guerre sans relâche, que nous avons appris à oonnaître en Espagne ; où tout est ennemi ; où le Cîourage, la discipline, la supériorité des armes, cleviennent impuissants contre le fanatisme, l'exécration, l'acharnement des hommes et des Cîhoses. Qui voudra être le roi Joseph de cette nouvelle guerre d'Espagne, à deux mille lieues de la mère-patrie et promener sa couronne errante é travers les guérillas de la Tierra-P'ria aux rivages empestés de Vera-Cruz ?

Il est bien évident que si l'armée régulière

1M'4 l/FAPKDITION DL' MKXIOUK.

mexicaine renonce aux batailles rangées, ce sera pour se disperser en embuscades. Et combien le pays favorisera une résistance nationale! Vous ne pouvez vous étendre sur le littoral comme en Algérie. Il faut dès le commencement de Toccupation pénétrer au loin dans l'intérieur, qui seul est habitable à des troupes européennes; mais dans cette longue ligne de Vera-Cruz à Orizaba, à Mexico, à Acapulco, sur combien de points les communications ne seront-elles pas perpétuellement menacées? Prétendez-vous tout occuper? Alors ce n'est pas trenle mille hommes qu'il faut envoyer, mais cent mille. Une base d'opération pestilentielle, où les soldats succombent à mesure qu'ils arrivent, une ligne si étendue qu'elle est impossible à garder; partout, en tète, en queue,, en flanc, une population indignée, pleine de ressentiments légitimes. Voilà le champ de bataille éternel que vous avez choisi pour des Français !

Et que sera-ce, si la nation mexicaine, ainsi provoquée, déchaînée par vos invasions, sent qu'elle est appuyée des vœux, des passions, des colères des deux Amériques? Que sera-ce, si, comme il est impossible d'en douter, le secours d*honimes ou d'argent lui vient ouvertement du Nord et du Sud de l'Amérique? Pour vous y opposer, vous

].FS RKSI'r.TATî^. 4sr.

ê'tes déjà obligé de vous étendre jusqu'à Tan>pico, tile la Mer- Vermeille à Venezuela ! Où vous arrête rez-vou s?

Déjà le congrès des Etats-Unis prête la main

H.XX gouvernement du Mexique. Et si l'Union sort

victorieuse de la guerre civile, croit-on qu'elle

verra avec indifférence ce monstre d'une monar-

cliie absolue se dresser sur la tête des deux Amé-

ques? Les millions d'hommes armés, aguerris,

instruits par la victoire, prétend-on qu'ils acceptent

• sans murmurer la servitude qu'ils n'ont jamais

connue?

iîncore une fois, prenez garde ! Attenter ouvertement à la liberté et à la démocratie des États- Un Î5s, cela est sérieux! A force d'égarements on peut, ramener d'anciens fléaux! La nature des ^îêmenls n'a pas changé ; comme il y a des Baylen d^ns le Sud, il y a au Nord, si vous avancez trop '^îri ^ des Bérésina et des Leipsick !

Ci* est donc la guerre avec un continent tout en-

^^^ ; ou plutôt c'est un chancre rongeur que vous ^'^•'^ohez au flanc de la France.

^ne pensée personnelle qui ne rend de compte

^ ^^î que ce soit bouleversera le monde à la légère,

^ilonent, par la seule loi de son bon plaisir, dans

^^ul intérêt de sa fantaisie et de l'asservisse- ^^l général! Et le globe se taira! Et chacun

sera tenu d'admirer ce qui fera rindignalion de l'espèce humaine, dès qu'elle aura recouvré l'intelligence avec la conscience!

Les affaires de l'humanité seront jouées sur un coup de dé ; une grande nation engagée et lancée comme une partie de chasse !

Napoléon, après Waterloo, rentré seul à la Malmaison, parlait de continuer l'aventure dans l'Amérique du Sud, à Caracas, en Californie, à l'Equateur, Est-ce cette politique désespérée qu'il s'agit déjà de reprendre en 1862?

Le Droit. — Les Nationalités.

^I *^i montré que Tentreprise est déraisonnable.

l^^s fondements lui manquent. On ne peut en com-

bloi* les vides qu'en y jetant aveuglément les

I0ï*o^^s vives de la France. Je n'ai encore rien dit

^^^ droit.

T'ont le monde aujourd'hui s'accorde complai- ^^^^rnent à le proscrire de la question. Il est pourl^rit inévitable d'en faire mention, au moins en quelc jues mots.

L^ principale armure du Deux-Décembre, pour ^^Ux. qui veulent s'abuser, ça été la question des ^^^ionalités. Or, le Deux-Décembre, par cette ex- V^dition, jette sa cuirasse, achève de se découvrir. ^^ Se montre tel qu'il est. En foulant aux pieds le î^^c>it sur une aussi vaste échelle, il dit assez qu'il se croit en cette occasion dispensé de feindre. Les nationalités n'ont été pour lui qu'un ins-

188 I/KXPKniTION DU MEXIQUK.

Ipument de règne ; bonnes à relever, bonnes à écraser, selon qu'elles le servent ou le contrarient.

C'est là ce qu'il faut que sachent les deux mondes.

Si quelque chose de grand s'est accompli dans les deux Amériques, c'est la libération des races, l'indépendance des peuples à Tégard les uns des autres. On ne voyait point là un prince étranger régner sur une nation étrangère. Au prix de flots de sang, le Nord s'était affranchi de l'Angleterre et le Sud de l'Espagne.

Il n'y avait plus, comme en Europe, de populations attachées par la force à des gouvernements issus de la conquête. Point d'Irlande, de Pologne, de Hongrie, d'Italie, de Venise, de Servie, rivées par la violence à des conquérants et à des maîtres.

L'héritage cruel des longues dominations était un des fléaux de l'Europe; les peuples américains ' ne le connaissaient plus ; et c'est là assurément un des plus grands faits de la civilisation,^ vers laquelle l'Europe tend peu à peu, à force de sacrifices et de douleurs, sans avoir pu s'en approcher encore. La Pologne, l'Italie, la Hongrie, la Grèce, se sont déchiré les entrailles pour atteindre à cette indépendance, à jcette autonomie, où les nations américaines ont été portées par des

LK DKOIT. 180

circonstances plus favorables et des guerres plus heureuses.

Les maîtres anciens, les Espagnols et les Anglais, après une longue domination, ont euxmêmes reconnu Timpossibililé de faire peser de si loin un joug étranger; et la nécessité leur a enseigné qu'iis n'avaient rien de mieux à faire qu'à reconnaître et à saluer l'indépendance des continents qu'ils avaient si longtemps gouvernés comme des colonies. Depuis ce moment, les Amériques ont été libres du consentement des deux mondes.

Si jamais la volonté d'en haut a éclaté sur la lerrjB, c'a été dans cet acte d'affranchissement.

La F'rance aussi y avait mis glorieusement la main !

Que faut-il donc penser d'une entreprise qui va directement contre ce que le genre humain a accompli avec tant d'éclat et de grandeur? Après que l'Angleterre et l'Espagne se sont brisées Tune et l'autre dans un effort impie pour prolonger une domination condamnée par l'expérience, après qu'elles ont été instruites par l'événement à respecter les libertés conquises contre elles-mêmes, que faut -il penser de cette manie do refaire la servitude, là où elle a été détruite avec l'approbation des maîtres et des sujets? Et qu'est-ce que celle main autrichienne et bonapartiste qui doit rétablir par delà les mers le joug qui s'est rompu

lîK) L'EXPÉDITION DU MEXIQUE.

entre les mains des Espagnols- et des Anglais ? C'est défaire ce qu'avait fait la France, de plus noble et de plus magnanime. C'est marcher contre la civilisation, c'est vouloir obliger Dieu et les hommes à reculer.

J'admets que vous réussissiez à reconstituer au Mexique, à voire choix, une Pologne esclave, ou une Hongrie esclave, ou une Venise esclave. C'est donc ainsi que vous résolvez la question des nationalités? Là où elles existent indépendantes, les asservir à un maître étranger, c'est donc là ce que vous appelez les affranchir? Je n'en avais jamais douté; mais il est bon que les deux Mondes en fassent T expérience solennelle.

Je sais que le bruit a couru que si vous enchaîniez les Mexicains à l'Autriche, c'était pour les troquer contre Venise. Et il n'a pas manqué d'esprits crédules pour se fier à ce trafic. Ce serait, en effet, le comble de l'art d'asservir les hommes, si vous pouviez intéresser tous ceux qui sont esclaves à mettre en esclavage tous ceux qui sont libres. Vous promettriez de troquer les premiers contre les seconds; vous donneriez à l'Autriche Mexico contre Venise, la Suisse contre la Hongrie, à la Russieles États-Unis contre la Pologne, Tessin contre Tyrol, Genève et Vaud contre Vorarlberg.

Dans ce marché d'esclaves, les peuples se li-

Page 1