‹ Le Livre de l'exilé, 1851-1870. Après l'exilChapitre 39 sur 91 · A UN COMITÉ DES ÉLECTEURS DE PARIS · texte numérisé non relu

A UN COMITÉ DES ÉLECTEURS DE PARIS

mais à travers la frontière. Vous nous enverrez le souffle de la patrie, et nous le cri de la conscience persécutée.

Après avoir lutté chacun avec nos armes et sur le terrain que nous occupons, nous nous reverrons et nous embrasserons au jour de la victoire du droit.

i:nGAR QUINET.

A mes Électeurs.

Veylaux (Suisse), août 1869.

Les points d'où nous partirons, c'est qu'il est impossible de voler pour un candidat OjRîciel quelconque. C'est là une règle sans exception. Combattre tout candidat offlciel vrai ou déguisé, c'est le commencement de la sagesse ; il est inutile d'insister davantage là-dessus.

Si vous avez dans quelque circonscription l'espérance motivée de pouvoir renverser le candidat officiel, il faut sans doute se résigner à soutenir le candidat opposé, quand même il serait fort loin de vous et de vos opinions. Seulement, il faut s'assurer que cette opposition est franche et qu'elle n'est pas jouée.

Je siippoâe que Vous ayess k chance de r*enverser le^ candidats officiels. Mais je Tespêre peu* L'écrasement a été trop complet pour que Ton en sorte par un triomphe, et, dans ce cas, n'ayant pas l'espérance de l'emporter même par des capitulations, vous pouvez du moins vous donner l'avantage immense d'avoir des candidats qui représentent vos principes.

Quand même vous ne réussiriez pas à les faire nommer, vous auriez plus obtenu que par toutes les capitulations du monde ; vous auriez fait, par ces choix seuls, acte de caractère et de vie politique. Prenez des hommes qui signifient quelque chose ; Jà est toute la question.

Si je pouvais rendre grand service, je n'hésite- B*ais pas.. Mais.... je suis à ma place de combat

^t j'y reste

Il s'agit de présenter des candidats qui aient des ^•hances de faire sortir votre déparlement de la Routine et de l'ornière où il est tombé depuis dixsept ans. Ce premier point gagné et l'habitude ^ervile une fois brisée, tout deviendra facile.

Ce qu'il vous faut, ce sont des noms puissants, ^=^ppuyés de toute la France, capables par là de ir-e brèche dans ce mur de prison qui s'appelle ujourd'hui le Second Empire.

Après tout, le plus urgent est de reverser les ificiels. Sur cela» point de doute. Marchez donc

m LETTRES POLITIQUES.

comme vous faites, sans hésiter. Je suis heureux de vos efforts pour ramener la lumière.

Croyez bien, vous et vos amis, que je suis tout à vous.

Votre tout dévoué,

EDGAR OUINF-T-

La Situation.

Veylanx (fouisse), 19 octobre 1869.

Chers concitoyens,

Plusieurs personnes veulent bien me demander ce que je pense dans les circonstances où nous sommes. Je me fais un devoir de leur répondre, et je vous prie d'insérer dans le Siècle le peu de lignes qui suivent.

La déclaration de la gauche que je ne connaissais pas encore en les écrivant n'est pas son dernier mot. Dans tous les cas, elle laissa subsister le point de vue où je suis placé.

Recevez,, messieurs et chers concitoyens, l'expression de mes sentiments tout dévoués.

KDGAR QUINET.

'M LKTtRRi? POtJtlQrnri.

Veytoux (Suisse), 19 oclubrc HQQ,

Voilà une chose entendue : il n'y aura pas d^ manifestation dans^ la rue le 26 octobre. Tout 1^ monde est d*accord sur ce point; la police, sî elle tient à cette date , ne trouvera personne au piège.

Gela convenu, s'ensuit-il qu'il ne faut ni penser, ni parler, ni agir? S'ensuit-il, comme on le dit, que l'inertie est toute la science politique de nos jours, et que, les yeux fermés, il faut laisser faire aux dieux?

Je crois, au contraire, que cette abstention de la place publique oblige la gauche de faire un grand pas en avant. Si les bras n'agissent pas, c'est à la condition que les têtes agissent.

Comment cela se peut-il? En précisant la mission que l'opposition a aujourd'hui à remplir.

Cette mission est la plus grande qui puisse être donnée à des hommes. Il s'agit de dégager l'honneur de la France.

Depuis dix-huit ans, nous entendons répéter que la France a été complice du Deux-Décembre, qu'elle a voulu le coup d'État.

Est-ce à dire que la France nous a choisis traîtreusement pour ses représentants afin de nous faire tomber dans l'embûche de décembre? A»t-

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elle voulu élire les amis de la liberté, afin de les avoir sous sa main pour les frapper nuitamment tous ensemble du même coup? Cette question est une injure.

Mais, dit-on, il a plu à la France de légitimer le crime. Comme si une nation pouvait à son gré faire du mal le bien, de l'injuste le juste et de la nuit le jour.

Sortons, je vous prie, de ces sophismes où s'éteint le génie de notre pays. Rétablissons la vérité, si nous voulons retrouver la France telle que nous l'avons connue!

Or, c'est là précisément la fonction que Toppotion a à remplir. 11 ne s'agit pas seulement pour elle de batailler sur une date. Il s'agit de faire rentrer la France dans la juslice, la politique dans la morale universelle. Il s'agit de replacer cette nation sur la base de la conscience; il s'agit de rendre à Tespèce humaine les notions de droit qui ont été extirpées ; il s'agit de préparer l'acte formel d'accusation et de condamnation que sanctionnera l'avenir.

En se donnant cette base, on se sentira invineible. Nous n'entendrons plus* demander à quel jour les griefs remontent, si c'est au 26 octobre ou €iu lendemain. Le grief est de chaque jour, de ohaque moment.

Les amis de l'opposition ne seront plus consler-

nés par des concessions de langage qui, voulant être habiles, sont désastreuses.

La gauche aura la seule chose qui lui mancpie, une direction, une boussole ; ce sera celle de la conscience humaine universelle.

En même temps tomberont ces subtilités où Ton s'embarrasse à plaisir : que ceux qui ont refusé le serment ont perdu le droit de crilique, et que ceux qui Tont^ prêté sont tenus d'élres aveugles.

Une parole de vérité, voilà ce (jue demandent trente-huit millions d'hommes ; c'est à la gauche de la dire; c'est à elle de dégager la France de sa prétendue complicité criminelle avec le Deux- Décembre. Voilà pourquoi la gauche a été nommée.

Il lui appartient, non pas de faire cesser tous nos maux en un jour, mais au moins d'éclairer la lutte.

Qu'elle la dise, cette parole sincère.

Le pouvoir personnel veut être responsable.

Fort bien. Qu'il le soit donc, suivant son bon plaisir, et que l'opposition le prenne au mot. Ce sera le commencement du véritable acte sauveur.

EDGAR QULNETà '

[Au SÎECIiE. )

Ha Conyersion.

Veylûux (Suisse), 26 décembre 1869.

Vous ne voulez donc pas croire à TEmpire libéral, mon cher concitoyen ? En vérité, j'en suis affligé; vous êtes trop difficile. Pourtant, vous n'êtes encore qu'à votre seizième procès de presse. Songez-y, seize procès pour vous seul, c'est bien peu.

Vous avouez être de Toulouse. Si cela est, vou^ méritez évidemment d'avoir les os rompus, à l'exemple de votre compatriote Calas, que je soupçonne d'avoir été votre ancêtre. Au lieu d'être roué, vous n'êtes que ruiné. Remertiez le pnrlement.

Vovez donc aussi toutes les libertés dont vous avez joui et que personne, grâce à Dieu, ne peut vous enlever. Je vais en faire l'énumération, puisque vous ne semblez pas les apprécier.

Liberté pour le juge d'instruction de vous mander, s'il lui plait, à sa barre.

Liberté pour le ministère public de fulminer contre vous dans son réquisiloire.

Liberté pour les juges de vous condamner.

Liberté pour le fisc d'encoffrer vos amendes.

Liberté pour le geôlier de vous emprisonner.

Voilà cinq libertés pour chaque procès. Multipliez-les par seize, vous avez un total de quatrevingts libertés fondamentales, nécessaires, qui appartiennent, non pas seulement à un particulier, mais à la masse entière des citoyens français.

En bonne conscience, que voulez- vous de plus?

Comment, mon cher concitoyen, n'étes-vous pas touché de toutes ces libertés qui nous subjuguent? Vous avez le cœur trop dur. Pour moi, instruit par votre propre histoire, je me rends à l'évidence.

Je reconnais enfin les vérités que j'ai méconnues trop longtemps, à savoir que deux et deux font cinq; que le jour, c'est la nuit; que la vérité, c'est le mensonge; que le cachot, c*est le foyer domestique; que le deux -décembre est une sainte action ; . que la défense des lois est le crime des crimes ; que le césarisme est la liberté;

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