‹ Le Livre de l'exilé, 1851-1870. Après l'exilChapitre 40 sur 91 · MA CONVERSION · texte numérisé non relu

MA CONVERSION

que la conscience est une infâme dont il faut purger le monde.

Voilà ma conversion subite, à laquelle vous avez contribué.

Si vous pensez qu'elle peut en produire d'autres semblables, publiez-la dans votre journal, quoique relaps. Faites ; j'y consens : je ne vous démentirai pas.

Votre tout dévoué,

EDGAR QUINET

(A y'EMANCIPATION DE TOULOUSE. )

SI

La tâche des Bonaparte.

Veylaux (Suisse), 21 mars 1870.

Pendant que la Cloche sonne à grandes volées le réveil de la France, j'écoute de loin; et voici la pensée qui me revient le plus souvent à l'esprit.

Une dynastie a certains traits que rien n'efftice; elle a, dans ses origines, certains actes qui ne peuvent en être détachés. Ils font corps avec elle. Tous les efforts des hommes sont vains pour lui ôter ce caractère : il est indélébile.

Voilà pourquoi on n'a jamais vu une dynastie se transformer. Les Stuarts sont restés les Stuarts ; les Boui bons sont restés les Bourbons. De même, quoi que l'on fasse, les Bonapartes restent et resteront les Bonapartes.

Or, quel est l'acte fondamental qui, en les marquant d'un caractère propre, est devenu leur fatalité ?

LA TACHE DES BONAPARTE. 3î3

Pour le premier Empire, c*esf le 18 Brumaire: pour le second, le 2 DécemJjre.

Voilà le principe qui est à la base de Tédiflce; voilà le germe qui est au pied de Tarbre.

Aussi, rien de plus vain que de répéter : € (Jublions le germe, et, si nous avons semé Tivraie, nous récolterons le blé. Oublions le Deux-Décembre, et il sera comme s'il n'avait jamais été. »

Non, cela échappe à votre puissance. Si vous avez semé le mensonge, vous avez beau fermer les yeux, il continue de germer en silence. Vous êtes condamné à vous abriter sous un plus grand mensonge.

Ressentiments surannés que tout cela, vous dit-on! ^rdoz seulement la mémoire et tout sera bien, le passé comme le présent.

Vraiment ? Que la France boive le Léthé, et elle sera libre. Que ne disent-ils aussi qu'il serait à propos qu'elle sortit de l'humanité pour mériter leur estime ! Car une nation qui oublierait le lendemain ce qui a été fait la veille, ne serait plus une nation. Dans cette suppression de la conscience et de la mémoire, il n'y aurait plus de place ni pour le droit, ni pour l'avenir.

Tout perdrait sa raison d'être, dans ce vide, même l'opposition.

Oublier ses injures personnelles, rien de

3f4 LEITRES POLITIQUES.

mieux. Mais oublier le mal fait aux autres, à ses proches, à ses frères, à ses amis, a sa nation, à Tespèce humaine! Cela n*est pas de Thomme, mais de la béte!

Se souvenir! voilà ce qui est de Thomme.

Hors de là, il n'y a ni politique, ni morale, ni peuple, ni individu. Il n'y a rien.

Persévérons donc ! Et que Ton puisse dire de nous à notre tour : c Ils ont été sans reproche dans la guerre et dans l'amitié. »

Votre bien dévoilé de tout cœur,

EDGAR QUINET

(A le Cloche. )

La Peur.

Genève, mi^i 1870.

Toutes les fois qu'un écrivain qui déplaît au gouvernement est emprisonné ou ruiné par un procès de presse, une partie des journaux qui se disent libéraux ne manquent jamais d*£gouter à la prison le sarcasme, la moquerie, l'invective.

Ce sont, dit-on, les mœurs nouvelles de la liberté.

Voyez combien je me trompais ! Je croyais que c'était l'habitude contractée dans l'extrême servitude.

Quand on a examiné toutes les causes qui nous attachent à l'ancienne chaîne, on voit que la plus puissante est la Peur. Car il en est de toutes sortes; il en est de jouées, il en est de

sincères, il en est qui sont un mélange de flclion et de vérité. Mais une France qui adorerait la Peur, serait-ce encore la France?

Le plus souvent, les sages nous disent : — De grâce, ne respirez pas ! ne pensez pas, ne faites, en aucune sorte, acte de vivant ! A ces conditions-là, nous accepterons peut-être de vivre libres, si la liberté nous offre le même silence, la même nuit, le même assoupissement que le despotisme.

Garantissez-nous que sur quarante millions d'hommes il n'y en aura pas un seul qui prononce une parole plus haute que la nôtre, ou moins basse; promettez-nous que nous aurons affaire à des ombres qui marcheront sans que nous entendions jamais le bruit de leurs pas.

Ajoutez que toutes auront la même ombre d'opinion que nous. Faites encore que nulle d'entre elles n'aura la fantaisie de posséder autre chose qu'un fantôme de drçit.

Établissez que toutes se contenteront de mots, vivront de syllabes, sans avoir jamais le mauvais goût de prétendre que les mots répondent à des réalités. Faites tout cela ; nous reviendrons alors à nos vieilles doctrines de liberté, sûrs qu'elles ne nous engagent à rien, et qu'elles sont le boa plaisir, sous un nom différent.

— Je vous entends, bonnes gens. Vous avez

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