AUX ÉLECTEURS D^ |:^*A1K
Veytaux, iw^mai 1870.
Mes chers compatriotes ,
Vous m'avez nommé .deux fois votre représentant, dans la Constituante et la Législative. Je suis resté fidèle au mandat que vous m'aviez donné. Vous savez que je ne vous ai jamais ni leurrés ni flattés. Je vous dois aujourd'hui de vous dire ma pensée; je le ferai avec d'autant plus de confiance que je veux vous solliciter, non poyr moi, mais pour vous.
Souvenez-vous des jours où je vous visitais.
(1) Lellro déjà publiée dans les Œuvres complètes, lomo XI. Elle fait partie de la campagne contre le Plébiscite ; voilà pourquoi nous l'insérons ici.
dans vos villages, avec Baadin. Vous avie? alpfs la Uberté entière de parler ou de vous taire. A çh^cui^e de nos paroles vous répondiez par vos acclamations; nos espérances étaient le3 vdtri^. Quelques Jours après, uQis et serrée autpuf 4e Turne, vous alliez y déposer nos noms. C'était là un grand acte ; jan\ais il n*en fut de plus ljbr§^
Qa'esHl arrivé depuis ce jour? Comm^fi) (put a-t-il été changé en vingt-quatre heures? Eshl^ UQ trejnble^ejit de terre qui a toujt ins^yi^li, promesses, ^^pérances, paroles, drpits, i^rm&nte?
f Q nous nofîimant vos r^résentoots^ étdilH^ votre volonté de nous envoyer dans une ^»[ibûche? ELtait-çe votre volonté, en nous serrant les mains, en votant pour nous, en nous clioisji^^iit pour mandataires, de nous désigner, 3iaudin, à la mort, et moi, à Texil?
Certes, vous auriez raison de vous indigner que cette question pût vous être faite ; ^i vous avez déjà répondu avec moi :
c Tout s*est fait malgré nous, cpntre nous. En frappant traitrousemeut nos mandataires, on nous a frappés nous-mêmes; Tembûche n'a pas été seulement pour nos représentants, elle a éié pour nous; et depuis cô moment, nous sommes dans la nuit,. Quand tout a été cojïsommé : enlèvement de TAssemblée, rapt de la volonté nationale, massacres, proscriptipns, quiu^ }^s évéo^m^pts ho*
340 l.ETTRKS POLITIQUES.
micides ont été accomplis, et qu'il ne restait plus rien à faire, quelqu'un a promené un bulletin dans nos campagnes. Écrasés par ce qui venait de se passer et qu'on ne nous laissait pas le temps de comprendre, ne voyant que pièges, menaces autour de nous, poussés vers l'urne en silence, terrifiés^ nous ne pouvions savoir ca que nous faisions. Mais soyez sûrs que jamais nous n'avons été homicides dans nos cœurs. Jamais nous n'avons été complices ni de la mort ni de l'exil de nos représentants. Si l'on a fait dire pareille chose au bulletin jeté dans l'urne, on vous a trompés, comme on nous a trompés nous-mêmes. Ne croyez pas que nous ayons voulu tuer ou proscrire nos amis. Cette pensée fait horreur. »
Voilà votre réponse, mes chers compatriotes ; elle m'est déjà venue de cent côtés; avant de la connaître, je la devinais. Non, on ne fera jamais de vous des homicides ou des prescripteurs, tout en prétendant que vous avez ratifié l'homicide et la proscription, ce qui est impossible. Mais voyez comment, nous entendant si bien sur ce point qui date de vingt ans, nous ne pouvons manquer de nous entendre sur la question d'aujourd'hui.
Écoutez-moi , je vous prie.
D'où est venue la confusion dont je viens de parler, qui vous a ôté ce qui est le premier bien ^le l'homme, la liberté du choix?
Cette confusion vient de ce que Ton a accompli, au Deux-Décembre, des actes monstrueux, auxquels vous n'auriez jamais consenti si vous aviez été consultés avant leur perpétration. Vous n*avez paru devant l'urne que lorsque tout était consommé, et que votre vote ne pouvait rien devant Tirrévocable. Car vous ne pouviez pas ressusciter les morts.
Or, que vous demande-t-on aujourd'hui? On vous demande de donner à perpétuité à votre maître le droit de recommencer de pareils actes irrévocables, de sa propre autorité, autant de fois que cela lui plaira, sauf à vous réclamer un Oui ou un Non, quand les choses seront accomplies et qu'il ne dépendra plus ni de vous, ni de personne, de faire qu'elles ne soient pas.
Que diriez-vous d'un homme qui, commençant par raser votre maison, couper votre foret par le pied, écorcher vos bœufs, saigner vos moutons, vous demanderait après la dévasiation achevée : € Répondez franchement; cela vous plaît-il, oui
ou non ? *
Vous penseriez qu'après vous avoir fraudés du meilleur de votre bien, il veut encore se jouer de vous ; votre indignation n'aurait pas de bornes.
C'est pourtant là, exactement, ce que le gouvernement du Deux-Décembre attend de vous.
Il y a, dans le monde, deux manières d'être :
OU Libres ou Esclaves. Voyez dans quelle catégorie vous voulez vous placer. Les peuples libres font eux-mêmes ou par leurs mandataires la Constitution qui les régit. Ils la discutent, ils la corrigent, ils la votent article par article; ils eri ont rinitiative, et c'est ainsi qu'elle est leur propre image.
Chez les peuples esclaves, la Constitution est faite par leur mailre; ils n*ont pas à Texaminer en détail, mais à la subir en masse. Ils ne délibèrent pas, ils ne corrigent pas. Les yeux fermés, ils acceptent. Ils disent comme Ponce Pilale : Ce qui est écrit est écrit. Ils n'y changent rien ; à tout, ils répondent : Oui; et cela devient leur
loi.
Tel est le plébiscite. Vous ne l'avez pas fait, ni vous, ni vos représentants* Vous ne pouvez, avec vos trente-huit millions de volontés, y changer une syllabe. C'est parole d'airain, inflexible, irrévocable.
Et il s'agit de vous lier, vous et vos fils, à cette fatalité dans laquelle vous n'êtes pour rien.
Mais pourquoi mettre vous-mêmes ce joug d'airain sur vos épaules, sans même examiner combien il pèse? Pourquoi reprendre le mot de Ponce Pilale et le clouer sur votre bulletin et sur le front de vos enfants? Non, ce qui est écrit ne sera pas écrit, si vous voulez*
ËffàCez-Ie, déchirez-le.
Mettez NON â la place.
De bonne foi, que gagneriez-vous à vous refaire les serfs d'un homme, d*une famille, qui n'aura â compter avec vous que lorsqu'il sera trop tard pour lui marchander votre argent et votre sang? Tout sera dépensé ; il ne vous restera qu'à vérifief et approuver votre ruine.
Un roi coûte gros, me disiez-vous dans vôd
heures de liberté. Que devez-vous donc dire d'un
empereur? Et quel Avantage est-ce pour vous de
faire de vos enfants de la chair à canon, quand
TOUS vous ôtez le droit de discuter si la guerre est
juste ou injuste, si elle est une nécessité ou un
€3aprice? Rappelez-vous le Mexique, où peut-être
^otre aîné est enterré. Voulez-vous que votre plus
jeune périsse sans raison et de la même inaniôre?
Jlépondez : Non.
Je vous ai vus autrefois dans les jours qui ont ^uivi la grande Révolution. Vous aviez encore les Piaillons du serf. Vous étiez nus, vous étiez affamés. La Révolution vous a vêtus, elle vous a nourris, elle vous a faits ce que vous êtes. Et les Igens qui ont intérêt â votre abaissement vous poussent à voter contre la Révolution sans la- C|uelle vous n'existeriez pas! — Répondez : Noné On veut vous brouiller "^ avec les villes, parce que les villes, où l'on peut causer plus aisément
nVi, LETTRKS POLITIQUES.
avec son voisin, voient de plus près le jeu. Voulezvous, comme au temps du servage, ne connaître que le hameau, n'écouler tjue le seigneur du lieu et le curé du château? Voulez- vous vivre séparés de la France? — Répondez : Non.
On veut vous brouiller avec les ouvriers, parce qu'ils marchent en ayant, et que Ton veut vous faire retourner en arrière. Ce serait la dislocation de la nation française. Vous êtes frères, vous avez mêmes inléréls, même avenir. Ne laissez pas se brouiller la grande famille. — Répondez : Non.
Ne croyez pas aux épouvanlails que Ton dresse devant vous; les spectres rouges ont fait leur temps. Nos adversaires vous demanderont en vous montrant le fantôme qu'ils ont habillé : N'avezvous pas peur? — Répondez : Non.
Voici, mes chers compatriotes, la dernière raison que les plus avisés gardent pour vous arracher le vote du plébiscite. Ecoulez-moi encore, je ne serai pas long.
Ils vous disent : Dans celte Constitution composée de quarante-cinq articles, il en est un certain nombre, peut-être dix, peut-être quinze, qui ne sont point malfaisants, et sont même profitables.
Prenez donc le tout en bloc ; les bons feront passer les mauvais ; et ce sera un avantage pour vous. Croyez et prenez, ce sera pour votre bien.
A cette invitation, qui vous est faite sur tous les tons, avec douceur, avec emportement, voici ma réponse :
J'ai très-soif après une longue course, et quelqu'un me présente un Pierre à boire rempli jusqu'au bord.
Dans le fond, il y a de la ciguë, et elle est mélangée avec du vin de nos coteaux et de l'eau de nos sources.
Que ferai-je? Dirai-je follement : Le vin me fortifiera, l'eau me rafraîchira ; avalons le tout d'une gorgée et profitons de l'occasion. Non pas certes! je rejeterai le breuvage, tout mélangé qu'il est, je sauverai ma vie, et j'irai me désaltérer à la vraie source.
De même, mes chers concitoyens, je vous le dis, la main sur la conscience : N'acceptez pas cette Constitution. Rejetez loin do vous ce breuvage. Il y a, au fond de cette coupe, quelque chose qui fait périr les peuples. N'espérez pas que le poison sera corrigé par le miel. Qu'on le sache ou qu'on l'ignore, c'est la mort qui est au fond de ce vase. Rejdtez-le. Brisez-le.
Répondez : Non,
EDGAR QUINET
[Au Rappel.)
Villes et Campagnes.
Veytaux (Suisse), ifi mai 4870.
Que penser de celte journée? C'est une partie d'échecs où Tadversaire a perdu toutes ses grosses pièces, reine , fous, cavaliers, tours; il n'a sauvé que ses pions.
Encore une fois, Paris a dépassé notre espoir; il a fait un nouveau pas au delà du Paris du ^4 mai 18G9. Il ne s'agissait plus d'une question . de personnes. C'est la France qui était en jeu; et 184,946 bulletins, soutenus de plus de cent mille abstentions, ont dit NON à l'Empire.
Voilà la réponse. C'est celle de la civilisation par la bouche de la ville qui a pris toutes les grandes initiatives.
Puis, il s'est fait un moment de silence. Nous avons attendu la réponse des^ autres grandes
villes qui ont une part de la puissance et de Taulorité morale. Vont-elles contredire Paris ou le confirmer?
Cette heure d'attente ne fut pas sans anxiété.
Enfin, la réponse arrive, et ce môme Non prononcé par Paris est répété sur cent échos par Marseille, Lyon, Metz, Bordeaux, Dijon, Cherbourg, Arles, Grenoble, Toulon, Perpignan, Brest, Annonay, Limoges, Montpellier, Lunel, Nîmes, Vienne, Narbonne, Nantes, Hochefort, Saint- Quentin, Béziers, Villefranche, Annecy, Remiremont, Valence, Romans, Montélimar, Dieulefit, Firminy, Ricamarie, Lille, Roanne, Saint-Eliénne, Rouen, Tarascon, La Ciolat, Sainte-Marie- aux- Mines, Saulxure, Angers, Avignon, Besançon, Toulouse, Saumur, Cholet, Celte, Brives, Vierzon, Issoudun, Nangis, Tliiers, Lannion, Bar, Le Cateau, Périgueux, Alençon, Lunéville, Beaune , Aubusson , Montbéliard , Châlons , Mâcon . . .
Chacune de ces villes redit à son tour : Non.
Mais qu'est-ce que ce chœur des grandes villes du pays, si ce n*est la voix de la France?
Quiconque a possédé ces villes a toujours possédé la nation. Et qui les a eues pour adversaires a eu toujours la nation contre soi.
Comment pourrait-il en être autrement, puisque c'est dans leurs murailles qu'est renfermée la ci-
vîlisation française? Jointes à Paris, leur voix est irrésistible.
II est donc certain que, si les mots de civilisation, de culture, de nation, ont un sens, le plateau de la balance qui contient les grandes villes finit toujours par l'emporter. L'opinion qui a pour elle les grandes villes a nécessairement pour elle la victoire et le lendemain.
Pour moi, quand je vois cette vaste ceinture des villes qui ont si vaillamment gardé leur esprit et qui n'ont pu être troublées par aucun des bruits de complots, de conspirations publiés autour d'elles, quand je les trouve si nombreuses, si unanimes, si invincibles dans leur lutte à outrance, je suis pleinement rassuré. Je leur confie, en toute sécurité, mes espérances et mon drapeau.
Ne disons donc pas que nous avons été vaincus; ne parlons pas de défaite, quand nous avons pour nous les remparts qui n'ont jamais été forcés.
Il arrive aujourd'hui ce qui est toujours arrivé, car c'est le mode de progression de la civilisation française : les villes font un grand pas en avant, et elles ne reculent jamais. Les campagnes ont peine a suivre ; elles semblent même immobiles ; mais elles ne peuvent échapper à l'action, au rayonnement des villes, et elles s'affranchissent à leur exemple.
Les villes ont pris les devants dans toutes les stations du peuple français ; elles ont frayé toutes les voies, et là où elles ont une fois posé le pied, elles ont entraîné l'avenir.
Si nous avions attendu l'initiative des campagnes, nous serions encore aujourd'hui dans les mains de Louis XV ou de Louis XVI.
Ne vous laissez donc troubler par aucune apparence. Nos guides naturels, les vaillantes villes de France, Paris en tête, ouvrent la route ; elles font tète de colonne pour assiéger l'avenir.
Suivons-les. Ainsi ont marché nos pères. Ainsi marcheront nos fils.
Tout ce que l'événement prouve pour les campagnes, c'est que dans les conditions où elles sont placées depuis dix-huit ans, la vie publique ne peut s'y produire. On a beau entasser les chiffres et les zéros. Cela enfle un total.
Mais que représentent ces zéros, si ce n'est le néant de la vie politique, impossible sous tant d'entraves.
Si les choses duraient ainsi, les villes marchant toujours et les campagnes restant immobiles et pétrifiées, le progrès politique passerait au-dessus de leurs tètes sans qu'elles s'en aperçussent.
Elles rentreraient dans le servage politique
pour n'être plus que des instrumenta ou desouti^ de servitude.
C'est ainsi que se sont formées les castes in férieures qui se sont trouvées à la fin incapable, de suivre le mouvement d'une nation.
Jusqu*à nos temps, les campagnes n'ont jamais eu l'initiative d'un . seul progrès. Elles se sont toujours appuyées sur les viUes. Changer celaFpar un coup de main, tout asseoir sur le vote rural ,«- ^ c'est appuyer le monde sur la tortue et la tortue^^ sur le vide.
A travers la poussière de ce Plébiscite, que voyons-nous? Une chose qui éclaire toutes les obscurités ; et ce fait est celui-ci : Une grande barrière a été élevée depuis vingt ans entre les villes et les campagnes. Les idées des unes ne circulent plus dans le^ autres; les centres de la vie sont isolés; les capitales sont bloquées; elles ne peuvent plus répandre autour d'elles leur action civilisatrice; leurs murs sont des prisons, eUes vivent renfermées en elles-mêmes, sans contact avec les paysans, comme dans un moyen âge byzantin. Telle est la forme nouvelle de la société française depuis le Deux-Décembre.
Et cette barrière qui a été élevée par Tempire autoritaire vient d'être portée au comble par l'empire libéral. Jamais la sécession n'a paru plus profonde. On dirait deux peuples qui, parlant la
même langue, y attacheraient des idées tout apposées* Ce qui s'appelle liberté à la ville veut dire servitude à la campagne. Un pas de plus dans cette voie où tout a été brouillé, elc*est la dispersion de la France.
Mais c*est ce mal extrême, rendu visible enfin, qui nous sauvera.
Il n'est plus possible qu'une intelligence droite consente à s'aveugler sur les causes politiques de ce divorce des villes et des campagnes, qui serait la mort s'il devait durer.
L'opposition ne nous parlera plus du régime institué au Deux-Décembre comme d'une transaction démocratique.
On se rappellera la transaction libérale plébiscitaire du 8 mai 1870, et ce souvenir nous rendra la lumière.
S'il est vrai qu'une plus grande peur corrige d'une plus petite , nous l'éprouverons à notre tour, en mesurant le danger que court la société française, parle travail persévérant de séparation des villes et des campagnes.
Tout homme sincère comprendra que les autres périls palissent devant celui-là.
Nous ne verrons plus une société trembler et <léserter à la seule nouvelle qu'un petit spectre rouge a été retrouvé, je ne sais où, dans une réunion du soir. Au lieu de rentrer sous terre à
cette nouvelle, nous apprendrons à vivre avec nos^ spectres, comme l'Angleterre sait vivre, sans renoncer à la liberté, avec ses chartistes, TAmérique des Etats-Unis avec ses démocrates et ses sécessionnistes.
EDGAR QUINET
(Au Rappel.)
Rendons à César ce qui est à César^
Mai 1«7U.
Remercions le plclnsciie. Il vient de montrer à l'opposition où est le terrain qu'elle ne doit jamais quitter. Il vient de faire éclater pour la centième fois ce qui a loujours été évident pour nous : Tincompatibilité absolue de l'empire libéral et de la liberté. Il ramène la vérité, la réalilé aux yeux.de lous. Grâce à lui, la lumière s'est faite en pleine nuit.
Si quelques esprits gardaient une illusion, c'est qu'ils s'étnient accoutumés à répéter que le césarisme ou l'empire est un gouvernement de démocratie. Or, il n'est rien au monde de plus ftuix. Le césarisme est la dép:radation de la démocra-
3ô4 LETTRES POLITIQUES.
tie ; il n'en fut jamais le représentant ou le gouvernement.
Ni le peuple, ni la plèbe n'a fait aucun césar. Prenez-les, l'un après l'autre. Vous n'en verrez pas un seul qui soit né de la démocratie.
Qui dit empire dit gouvernement militaire. Cela est si vrai que le nom même d'imperator est un titre soldatesque qui ne pouvait être donné que par les soldats.
Le peuple ou la plèbe à Rome n'eut jamais rien à voir dans cette élection du sabre.
Voilà pourquoi la nation n'eut jamais une seule fois l'idée d'intervenir dans ces révolutions de caserne dont se compose l'histoire des empereurs. Cela ne regarde que l'armée. Les soldats acclament le soldat qui leur promet la meilleure part. Le bourgeois et le prolétaire voient passer de leur seuil l'élu des épées; et, prudemment, ils s'inclinent.
Telle est leur participation au césarisme. De quel droit auraient -ils donné un titre qui n'appartenait qu'à l'armée?
Dans tout cela, il n'est vestige ni d'aristocratie, ni de démocratie, ni de plébéien, ni de prolétaire.
Besogne de prétoriens, — comme au 18 Brumaire et au 2 Décembre.
Si, plus tard, un reste de peuple est invité, dans