LE PLÉBISCITE
Dnt toujours été les plus avides de ce droit tri- Dunitien, plébiscitaire, comme il vous plaira de 'appeler.
Auguste reçoit, avec les prémices de la serviude universelle, ce droit à perpétuité. Puis vient 'excellent, Thonnéte Caligula ; nul n'a montré plus le zèle pour les comices et les suffrages du peu- >le. Lui aussi pouvait dire : « Vous défiez-vous lonc de la sagesse du peuple ? »
C'est par là que commencent tous les césars mtiques. Ils s'octroyent ce droit d'appel, ou bien ils se le transmettent, par adoption, de l'un à Tauire, comme un poison de famille. Auguste le comaiunique à Tibère, Tibère à Drusus, d'autres à de meilleurs encore qui méritent toute confiance, à Commode, à Caracalla, à ce pauvre Géta.
Tous sont tribuns du peuple au même titre, dès le premier jour de leur avènement. C'est leur sacre, leur droit divin; et dès qu'ils l'ont reçu, ils sont tranquilles ; ils savent qu'il n'y a plus nfiéme de peuple. Ils l'aiment tant qu'ils le portent 9n eux. Le reste n'est qu'une ombre.
La formule est connue par laquelle se faisait l'appel du tribun au peuple :
€ Voulez-vous , ordonnez-vous que telle chose se fasse? »
Rien de plus simple sous la République, au
m) LETTKr':s politiques.
milieu des discussions du forum. Mais quand, au lieu du tribun, ce fut le prince, tout disparut; il ne resta que le prince.
Alors fut véritablement découvert l'instrument de mort pour étouffer l'espèce humaine ; elle ne put s'en relever. Chaque mot de la langue devint un mensonge; il ne se proféra plus une parole qui ne fût le contraire de la vérité. Le droit plébiscitaire était l'arme de la liberté ; on donna celte arme au maître; tout le monde resta nu et sans droit devant lui.
Il n'eut plus même besoin d'interroger des peuples qu'il avait étouffés. Il s'interrogea et se répandit lui-même; ce fut la forme accomplie du plébiscite césarien.
Voilà comment se firent les césars. Voilà l'engin qui a servi à fabriquer la servitude universelle. Rien n'a pu lui résister; il a détruit non pas seulement un peuple, mais un monde.
De tout ceci, faites l'application à vos propres affaires. Un simple article de loi, inséré dans la constitution si forte du monde romain, a produit l'effet d'une infiltration du poison du curare dans les veines de la société antique; elle en est morte; et c'est ce même article que, froidement et tranquillement, vous proposez de répandre dans les veines de la France !
LE PLEBISCITE. .%l
« Vous craignez donc le peuple? » nous dit-on.
Je crains le sophisme de Caligula, qui a déjà une fois anéanti le peuple par le césar. Je crains que la même cause ne produise le même effet; et je ne voudrais pas voir deux fois le césarisme masqué avilir T espèce humaine. De quoi s'agit-il? De retremper le césarisme dans s.on droit divin ; de refaire le tribun du peuple à perpétuité.
Mais ce tribun-là, sacro-saint, nous le connaissons de vieille date. Il s'appelle Tibère, Caligula, Commode, Caracalla. Sous des noms différents, il est toujours le môme. La liste est assez longue. Je ne veux pas l'augmenter en 1870.
Sur cela, beaucoup de gens disent : Laisseznous au moins faire l'expérience.
Mais quoi ! quelle expérience voulez-vous donc plus grande, plus terrible que celle de la plus puissante des sociétés, qui en est morte? N'estce pas assez de ce grand cadavre qui s'appelle le Bas-Empire ?
Ne jouez pas, je vous prie, avec de pareils poisons. Et que vous a fait cette malheureuse France pour la soumettre à pareille épreuve, in anin^k \ili, quand vqjlis savez, comme moi, que l'esclavage et la mort sont au bout ?
Ainsi, vous nous faites reculer au delà de tous
les peuples modernes. Nous voilà remontés avec vous, d'un seul bond, aux sources mêmes de la servitude.
Et quand vous nous avez ainsi séparés de toute la société humaine vivante, vous cherchez quel a été le premier anneau de la ^ie^vilude antique !
•Vous le ramassez dans la poussière des Thermes de Garacalla ; et vous le forgez de nouveau pour nous en lier les mains.
Ici les mots me manquent. D'ailleurs j*en ai dit assez pour qui veut entendre.
EDGAR OCINET.
( .4 m Rappel. )
La Guerre.
Vcytaux (Suisse), 18 juillet 1870.
La voilà donc cette guerre horrible entre les décembristes et TAllemagne. La France ne sait pas même de quoi il s'agit. Elle n'a pas été consultée. Pour les décembristes, c'est un besoin de couvrir leurs crimes ; ils veulent dépayser, égarer la nation. Ils savent que la guerre est le meilleur moyen d'abrutir la nation que l'on conduit à un slupide carnage. On leur demandait compte de leurs scélératesses , ils espèrent tout brouiller dans le sang. S'ils ont un succès, prolongement d'esclavage pour dix ans. Battus, ils espèrent que la nation s'identifiera à eux. Voilà leur calcul. Aussi quelle précipitation insensée! Ils pensent n'avoir rien à perdre dans la ruine publique.
Spectacle horrible ! une nation conduite à Tabaltoir par le plus vil des hommes !
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Les Prussiens ne veulent pas renverser l'homme du Deux-Décembre; il est pour eux le gardien de Tesclavage de la France. La guerre, dans ce cas, ne serait poussée à outrance, ni d'une part ni de l'autre. On débute comme dans les guerres du dix-huilième siècle. Mais ces calculs d'avenluriers peuvent être trompés.
Où se fera l'attaque? Le but prochain doit être de séparer de la Prusse l'Allemagne du Sud. Si l'on débouche vers le Haut-Rhin, on refoule le Sud de l'Allemagne sur la Prusse. Fausse manœuvre.
Pour séparer de la Prusse son aile gauche, il faudrait déboucher par le Mein. Mais on ne peut y songer.
Reste donc un point, entre Strasbourg et Bâle, et l'on n'aura séparé que la plus faible portion de l'Allemagne du Sud. Résultat très-médiocre.
De plus, une armée française qui déboucherait de Kehl aurait sur ses derrières les Prussiens de la Bavière rhénane à Saarbruck, sur la Saar.
Je suppose un succès. Vous verrez aussitôt le second empire bâcler une paix de Villafranca, pour le prix des Français morts sur le champ de bataille ; vous verrez la conquête d'un peu de fumée. On répétera que le second empire ne vit que de gloire , n'est fait que pour la gloire ; et la France, qu'on aura abêtie entre la crainte et respérance, se vautrerait aux pieds du triomphateur.
LA GUKHHK. :)'m
Pas une seule garantie solide contre l' Allemagne. Il ne peut être question de la prise et de la conquête de la rive gauche du Rhin; pas une seule conquête véritable, mais de l'apparence, de la jactance, de la servitude. Le système décembriste sera raffermi. Voilà quelle serait la conquête. Ce sont les coquillages que Caligula rapportera encore unj3 fois de sa campagne sur 'l'Océan . Amis de la liberté, celte guerre se fait contre nous !
Au fond de tout cela, une chose incroyable : c'est l'inertie, la stupeur des hommes; ils n'ont plus la force, non pas de s'indigner, mais même de s'étonner. On les pousse à la boucherie, ils le savent, ils s'y traînent, aveuglés, abêtis, silencieux, sans pensée, sang souvenirs, déjà changés en cadavres. Qui a fait ce miracle? Vingt ans d'esclavage.
Hier, ils répétaient encore : L Empire, c'est la paix. Aujourd'hui, on les pousse par masses aune guerre dont ils ne veulent pas, qu'ils ne comprennent pas, et ils n'ont pas le cœur même de s'interroger. Ils sont assoupis ; et de quel sommeil empoisonné! Est-ce la mort qui le réveillera?
i9 juillet. — Le Times commence ainsi un long article : « Le plus grand crime national que nous ayons eu la douleur de constater depuis l'établis-
sèment du second Empire vient d'être consommé. La guerre est déclarée, une guerre injuste, mais préméditée. »
Le plus grand crime l Cet homme, chargé de crimes depuis vingt ans, sentait que la conscience publique s'éveillait, que le moment approchait où elle lui en demanderait compte. Il croit qu'il lavera ces années d'infamie dans l'extermination. Tous ceux qui ont été ses complices ou qui le sont devenus voyaient aussi arriver pour eux l'heure où la lumière se ferait sur tant de scélératesses ; ils se sont mis aussitôt a crier : Guerre! guerre !
La terre a-t-elle jamais rien vu de plus hideux que ce chef des criminels et sa bande, jouant au patriotisme !
Ils invoquent la Convention ! Tous ces infâmes s'enveloppent, disent-ils, dans le drapeau. Leur susceptibilité nationale ne peut souffrir la moindre atteinte.
La conscience publique leur a répondu enfin par le mot que nous seuls répétions dans Texil : € Crime ! » Le plus grand des crimes. Voilà l'écho à leurs hurlements.
Au reste, dans leurs journaux, nous lisons que cette guerre est dirigée contre nous, qui nous obstinons dans la justice ; voilà ce qu'ils avouent. Ne l'oublions pas.
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Jeudi 21 juillet. — Quand les armées sont en présence, quand la terre est peut-être déjà rougie de sang, que peut la parole d'un homme avide de justice? Elle est couverte parle fracas de la guerre. Qui voudrait Tentendre ? L'attente, le silence, l'angoisse, voilà tout ce qui lui reste. '
Il ne peut qu'une chose: élever ^on esprit audessus de la bataille, tenir son cœur en paix avec lui-même, redire à tous les échos que ces hommes qui sont précipités les uns contre les autres par l'effet d'une seule volonté ou d'une fantaisie personnelle, étaient amis hier, qu'ils sont destinés à le redevenir demain.
Que ne puis-je empêcher de se haïr ceux qui "vont s'entre-tuer aujourd'hui !
La vraie barbarie est cette haine de race à race, <ie peuple à peuple, qui s'engendre dans le carnage. Car ellp survit aux morts et elle empoisonne î'avenir.
C'est la vapeur qui s'élève des champs de bataille; elle glace jusqu'aux générations futures.
Ne laissons pas, comme cela est toujours arrivé en de pareilles occasions, toute notion de droit, toute lueur de liberté s'éteindre dans le sang.
Les hommes se lasseront de s'égorger au profit de quelques-uns ou d'un seul. Le soir venu, ils auront soif, non pas • seulement d'eau, mais de vérités, de sympathies pour guérir leurs blessures.
im LET'l'HES POLITIQUES.
Veillons sur ces vérités immortelles. C'est, après tout, l'arsenal invincible où chaque nation ira retremper ses armes. Humanisons la guerre,
Nous ne retournerons pas à la barbarie si nous savons nous défendre de haïr autre chose que la servitude. La journée sera â celui qui ne jettera pas ses meilleures armes, sa liberté, sa conscience, son esprit d'humanité, aux pieds d'un maître.
Aujourd'hui, les hommes qui ont foi dans le progrès humain par la justice sont dispersés. Peut-être le jour viendra où l'on se rappellera que quelques-uns n'ont jamais désespéré des armes de la liberté et de la raison.
jy\ANIFESTES ET DISCOUI\S