‹ Le Livre de l'exilé, 1851-1870. Après l'exilChapitre 48 sur 91 · DU REPRÉSENTANT DE PARIS · texte numérisé non relu

DU REPRÉSENTANT DE PARIS

Une des causes de rinsurrection de Paris (2).

Versailles, juin 1871.

Quelle est, de toutes les formes de gouvernement qui ont existé sur la terre, celle que vous préférez et voulez établir le mois prochain : République, Monarchie, Césarisme, Patriciat, Patriarchat ? Cette question répugne à la raison.

C'est demander aux Français : Vous plaît-il

(1) Pour les Discours et Manifestes déjà publiés, voyei la République, conditions de la régénération de la France. — i Yol. 1872. Dentu, éditeur.

<t) Pages inédites •

372 MAMFESTKS ET DISCOURS.

d*étre des hommes de Tantiquilé ou du moyen àgè, ou de Tépoque de la seconde Dynastie égyptienne? Choisissez, décidez. Tous les siècles sont rassemblés devant vous. Ecrivez sur votre bulletin, à quel siècle il vous plaît d'appartenir. Vous disposez du cours des âges. Fixez vousmêmes Tépoque du monde dans laquelle il vous convient de vous établir. Est-ce Tlnde? Est-ce l'Egypte? Est-ce le temps du grand roi d'Asie? Sont-ce les Olympiades? Toutes les dates de rhistoire universelle vous sont ouvertes. Dites un mot seulement par un vote ; les siècles vous obéiront. Donnez votre suffrage à celui qui vous plaira ; vous le verrez renaître à votre appel. Vous allez vous trouver par la magie de ce vote replacés, dans l'échelle des temps, au moment que vous aurez choisi pour votre bon plaisir.

Ne voyez-vous pas qu'une question ainsi posée, répugnant à la raison, ne peut provoquer qu'une réponse aveugle ? Rien de plus périlleux que de déchaîner des problèmes absurdes dans l'esprit d'un peuple. C'est ainsi que l'on provoque la démence.

Pour moi, je ne puis douter que la seule annonce de ce problème insensé n'ait contribué à ôter aux esprits leur équilibre et à susciter la déraison de la Commune de Paris. Car le vertige appelle le vertige. Quand les hommes de Tinsur-

rectîon ont vu s'ouvrir devant eux cet abîme i'incerlitude, de scepticisme légal, que le terrain dsible de la République disparaissait pour faire place au gouffre des questions réservées; quand Is ont vu que chacun pouvait faire son choix entre ;outes les combinaisons du passé ou de l'avenir, ïue le présent s'évanouissait dans un Pyrrhonisme 3nivers«l, ne senlant plus sous leurs pas aucune base, mais le vide absolu, n'est-il pas clair qu'ils étaient sur le chemin où le vertige est au bord iu précipice ?

D'abord une idée fausse; elle tombe sur des esprits passionnés, troublés, incertains. Elle y devient promptement idée fixe, égarement; par une progression foudroyante, Tcgarement se prend

pour la raison. De là, il n'y a plus qu'un pas aux froides horreurs qui épouvantent le monde et glacent l'espérance.

Pour vaincre une insurreelion, il faut la comprendre. Et l'insurrection de la Commune n'a été possible que parce qu'une grande masse de la population est restée inerte.

La cause de cette apalhie, c'est que la population ia plus sensée ne savait plus à quoi se rattacher, depuis que le système des questions réservées, ne laissait plus rien d'assuré dans les conquêtes politiques et morales que l'on crcyait avoir faites .

Sl\ MANIFESTES ET DISCOLBS.

Tout était remis en question. La Royauté pouvait sortir d'un nouveau coup de dé, tout aussi bien que la République.

Pourquoi donc se passionner, s'armer pour une cause qui n'était plus qu'une ombre, un doute, un point d'interrogation? Là est le motif véritable de l'inertie, de l'indifférence apparente de Paris. Au lieu de chercher ces motifs, il est bien plus aisé de tout envelopper sous l'accusation de lâcheté ! Pauvre Paris ! quel mot viens-je de prononcer? Est-ce à cela 'que devaient aboutir les cinq mois de ton siège, cinq mois d'héroïsme? Rs répondent pour toi.

Mais peut-on parler le langage de la raison, quand la passion seule est encore toute^puissante?

Les délits de presse (1).

Versailles, juillet 1871.

J'apporte à cette tribune non pas un discours, mais une protestation contre la loi proposée.

J'ai vu les hommes les plus considérables de notre temps, depuis Chateaubriand, Béranger, jusqu'à Carrel, Lamennais, traînés pour une phrase échappée de leur plume sur la sellette des voleurs et des assassins. Ce jour-là, je me suis promis de dénoncer à mon pays, quand je le pourrais, tout ce qu'il y a d'impie dans cette promiscuité.

Ce jour-là est arrivé, et, en même temps, je sens l'impuissance des paroles, quand il s'agit de résolutions arrêtées .

Votre commission elle-même aurait désiré que la plupart des < Délits de Presse » eût disparu de nos Codes. Mais ce n'est là qu'un vœu stérile,

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(1) Pages inédites*

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