DU RENOUVELLEMENT PARTIEL
Si ce '^point fixe ne peut se rencontrer dans l'Assemblée actuelle, au milieu de nos orages, la raison veut qu'on le cherche dans la nation. C'est là une de ces occasions où Ton est nécessairement ramené à interroger l'esprit public par des élections nouvelles.
Mais comment peut se faire cet appel? Plusieurs personnes répondent : par un renouvellement partiel de l'Assemblée. Deux raisons, selon moi, combattent contre ce moyen. Premièrement, il a été rejeté pendant trente ans par tous les esprits libéraux de France, depuis Benjamin Constant jusqu'à Royer-CoUard, et c'est un grand dommage pour les esprits libéraux de changer d'opir nion, quand ils s'approchent du pouvoir. A cette raison, j'ajoute celle-ci, qui me frappe plus que toutes les autres : Par le renouvellement partiel, on tire au sort deux cent cinquante députés, je 'suppose, qui, de ce moment, ne font plus partie de l'Assemblée.
Qu'est-ce que cela,* si ce n'est faire intervenir le hasard, par grandes proportions, dans les destinées d'un Etat? Une législation est raisonnable, à proportion qu'elle donne moins de place au hasard. Ne faisons pas du présent et de l'avenir de la France un jeu de roulette, un Rouge-el-noir. La raison publique a proscrit de pareils jeux dans la vie individuelle et privée ; ce n'est pas
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pour les introduire dans la vie publique et nationale.
Si le renouvellement partiel rencontre de pareilles objections, il ne reste que le renou* vellement intégral par des élections générales. En des moments si difficiles, c'est à Tesprit de la France qu'il convient de remettre la solution des problèmes qui pèsent sur nous. La seule objection que Ton fasse, c'est que Ton a besoin de repos, et que des élections sont une cause de trouble. Je réponds à cela que des élections générales ont eu lieu quand les Prussiens occupaient le tiers de la France. Le calme n*a été troublé nulle part. U ne le sera pas davantage aujourd'hui. Et qui peut dire que la France aime mieux vivre dans une incertitude de chaque moment, plutôt que d'affirmer sa volonté par une élection générale?
Ne confondons pas avec le trouble ou le désordre ce qui est l'exercice régulier du droit de sulTrage. Là est le remède à nos maux. Ne confondons pas le remède avec le mal.
Dans tous les États libres, une issue a été laissée aux difficultés lorsqu'elles paraissent inextricables. Consultez la nation! L'interroger, non par un plébiscite aveugle, mais par des élections nouvelles, là est la solution de nos énigmes, là est la raison et la lumière, parce