‹ Le Livre de l'exilé, 1851-1870. Après l'exilChapitre 6 sur 91 · G LE LIVRH DE L'EXILE · texte numérisé non relu

G LE LIVRH DE L'EXILE

rexlrémité de leurs chaînes; après cela, ils étaient retombés dans leurs sépulcres.

Et la France, la reine^des morts, s'assit sur la terre et devint la gardienne des tombeaux. Ses ennemis disaient qu'après avoir trahi, comme Judas, tous ceux qui l'avaient suivie, elle avait péri, comme Judas, parle grand suicide.

Le plus vieux des esprits, le plus usé, le plus aveugle, Tesprit catholique, avait montré cent fois plus de calcul, de suite, de pénétration, d'activité, que le matérialisme dans sa forme la plus nouvelle'; et les temps firent voir que l'esprit seul peut vaincre l'esprit même ruiné. La matière tout entière conjurée s'y est montrée impuissante.

Entre la Papauté Romaine, et la Papauté Russe, toute pensée libre se vit étouffée sur le continent. Nous nous trouvâmes errants, cherchant un asile. La terre manquait sous nos pieds.

Notre pensée sortait de notre bouche et n'atteignait l'oreille ni le cœur de personne. Il s'était fait comme un vide en Europe. Le cri de la conscience mourait dans la poitrine. Il semblait

que l'on parlât dans un monde vide et sourd, où

manquait l'air moral.

Je me retournai et j'entendis derrière moi des peuples entiers qui disaient : César, ceux qui vont mourir te saluent !

Page 1