‹ Le Livre de l'exilé, 1851-1870. Après l'exilChapitre 60 sur 91 · DELIT D'OFFENSE CONTRE L'ASSEMBLEE · texte numérisé non relu

DELIT D'OFFENSE CONTRE L'ASSEMBLEE

sairement que le parti républicain ne peut parler sans que le parti opposé ne se sente atteint au vif. Plus nous sommes éloignés les uns des autres, plus on devient ombrageux. Des principes si ennemis, si incompatibles passent facilement pour une offense. On ne peut se figurer qu'il n*y ait pas une intention formelle d'injurier, chez ceux qui pensent et parlent autrement que la majorité.

Plus cette pente est naturelle à se croire lésé par la liberté républicaine, plus la justice voudrait que la majorité se tint en garde contre une disposition de ce genre, qui, je le répète, vient de Thostilité, de l'antipathie absolue de la République et de la monarchie . L'équité voudrait que Ton augmentât les garanties qui protègent la liberté, et ce sont ces garanties que l'on vous propose d'anéantir.

S'il y a quelque chose de raisonnable au monde, c'est qu'une Assemblée puisse, elle seule, décider si elle se sent, oui ou non, offensée par un discours ou par un écrit ; et c'est cette garantie élémentaire, source de toutes les garanties, qu'il s'agit de détruire.

Demander la dissolution de l'Assemblée est, en

soi, une proposition très-légale. Déjà beaucoup de

nos adversaires la considèrent comme une offense.

<3ui décidera si l'Assemblée se sent blessée? Il

faudrait, pour en juger, toutes les lumières du

grand jour, la discussion, l'intervention de la conscience publique.

Au lieu de cela, ce seront vingt-cinq membres qui, à huis clos, sans contrôle, sans le frein que la publicité met quelquefois aux passions les plus vives, .ce sont vingt-cinq membres, ou plutôt c'est un conseil des Dix, qui décidera qu'il faut poursuivre sans consulter l'Assemblée.

Jamais proposition n'a été faite plus hostile à la liberté, plus contraire à l'équité. Jamais n'a été nié plus ouvertement le droit d'examen et de discussion, qu'on pouvait croire assuré après que la nation française a affirmé tant de fois, et par tant de Révolutions, sa volonté de sauver la liberté et la justice.

Prorogation des pouvoirs du Maréchal

de Mac-Mahon.

7 novembre 1873.

Dans la précipitation qui nous emporte, là réflexion nous manque. Je suis obligé de réduirç mes objections à quelques points principaux. Je saisis au passage quelques^-unes des impossibilités que le projet soulève.

On veut, dit-on» un pouvoir fort et stable. Mais il n*y a qu*une condition pour les pouvoirs de ce genre. C'est d*ôtre d*accord avec l'opinion publique.

Si, au contraire, on déclare la guerre à l'opinion générale, on a beau armer le pouvoir contre les vœux, les désirs, les volontés de la nation, il reste faible et chancelant. Il est assis sur le sable ; «i comme sa faiblesse se montre en toutes choses,

on augmenle indéfiniment ses prérogatives. On l'exagère, jusqu'à ce qu'il devienne une énormité qui se détruit elle-même. Voilà l'histoire de tous les pouvoirs que nous avons vus naître et crouler par l'excès même des prérogatives qu'ils s'étaient attribuées ou dont ils avaient été investis.

Quelle est la nature du pouvoir exécutif que l'on vous propose d'établir pour dix ans? Est-ce une République ? Non, car ce pouvoir dictatorial que l'on vous demande pour dix ans, c'est la forme de gouvernement par laquelle on détruit la République et toutes les institutions libres.

C'est ainsi qu'a été anéantie la liberté après le 18 brumaire. On n'a pas tardé à donner le pouvoir exécutif au premier consul pour une durée de dix ans. Le général Bonaparte avait fasciné les yeux de ses contemporains. Ils lui ont accordé ces dix ans qui vous sont réclamés aujourd'hui. Ce fut la ruine de la République et l'inauguration du despotisme. La vie publique disparut devant la volonté d'un seul. Qu'en pense aujourd'hui la France? La France ne veut pas recommencer aujourd'hui le jeu dans lequel elle a péri trois fois.

Dix ans de pouvoir dictatorial ! Où donc est le droit de suspendre ainsi la vie politique de la France, en la mettant à la merci d'une seule volonté? Ce droit n'existe nulle part^ il n'appar-

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