‹ Le Livre de l'exilé, 1851-1870. Après l'exilChapitre 69 sur 91 · DISCOURS A L'UNION REPUBLICAINE · texte numérisé non relu

DISCOURS A L'UNION REPUBLICAINE

Voilà pourquoi on Ta présenté aux classes dirigeantes comme un futur sauveur dans toutes les occasions. Ce sera la République sans Republicains , qui est encore le Credo politique de tant d'hommes. qui nous entourent. Déjouer cette conspiration nouvelle, voilà la tache qui s'offre a nous aujourd'hui.

Les étranges amis que nous avons à cette heure seront nos ennemis acharnés , dés que nous les aurons aidés à revenir au pouvoir.

La République existe.

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Ce qui a plongé la France clans le chaos, c'est l'obstination de l'AssQmblée nationale à refuser de voir ce qui est. Elle nie l'évidence. Sortons de celte absurdité ; elle engendre des monstruosités. La République existe ! Elle est écrite dans les lois; elle est la réalilô par excellence. Je demande que les considérants do la proposition que Ton a l'intention de faire , commencent par ces mots : Lu Répahluiw^ existe. Si la majorité refuse de voir ce qui est, elle se déclare aveugle, elle se perd dans l'absurde. Pour nous, nous aurons constaté ce qui est indubitable, non pas seulement une opinion, mais un fait : l'existence de la République. Nous sortirons des sophismes. Nous prendrons pour point de départ V évidence. C'est ainsi que se fondent les i^ouvernemenls et les institutions durables. Laissons à nos ennemis les joies de la démence ; nous avons celles de la raison.

La République sans Républicains.

:i novembre 187o.

Une tache délicate à remplir, consisterait à observer s'il est encore dans les intentions des libéraux d'extirper les Radicaux, Est-ce pour cela surtout qu'ils présentent les lois constitutionnelles? Sont-ils décidés à ne les modifier en rien? Veulent-ils continuer à réaliser le plan : la République sans Républicains ? Il est vraiment indispensable de s'assurer de leurs secrètes intentions à cet égard. Car, s'ils persévéraient à vouloir extirper ce qu'ils appellent les Radicaux, ce serait vouloir exclure presque toute la nation ; et, dans ce cas , je pense que personne d'entre nous ne pourrait donner la main à pareille entreprise.

Nous venons d'assister à un admirable réveil de l'opinion des masses ; il ne faudrait pas laisser le mouvement national se convertir en une nou-

LA RÉPUBLIQUE SANS HÉPUBLICAINS. 47b

velle intrigue, dont nous deviendrions nous-mêmes les dupes et les instruments.

Veut-on encore une fois faire disparaître la nation, pour ne laisser qu'une coterie? Est-ce là ce ([ui est au fond des projets du Libéralisme? Je demande que nous fassions tout ce qui est possible pour nous en assurer.

Les Pièges.

DISCOURS A L'uAION REPUBLICAINE 'l NOVKMBHK l87.*i

Ne faisons pas la faute que commettent tous les autres partis. N'oublions pas, comme eux, le pays , car il est avec vous , derrière vous. En l'oubliant, vous vous ruineriez vous-mêmes. Selon lui , c'est vous qui portez le drapeau de la République. C'est vous qui avez fait les élections (je l'ai vu de mes yeux). C'est vous qui êtes allés chercher les paysans à la charrue, pour leur ouvrir les yeux. C'est vous qui venez de les émanciper.

Voilà certes une grande situation , et comment pouvez- vous la conserver? A une seule condition, c'est que vous conserverez l'estime du pays. Or, que vous demande-t-on ? De vous déconsidérer , de vous perdre vous-mêmes , en portant au pinacle (à la vice-présidence de l'Assemblée), qui? L'un des chefs de la conspiration décembriste!

On VOUS pi'opose cle prcMidre par la main les décembrisles pour les relever et leur rendre le pouvoir. Combien sont-ils? Vingt et un. Et c'est à ces vingt et un conspirateurs que les Républicains appelés Radicaux soumettraient leur conscience dans un des actes les plus importants de la vie parlementaire? Non, cela ne sera pas. Gela n'est pas possible. Et les termes mêmes dont on s'est servi pour soutenir cette proposition (en la qualifiant d'immorale, et pis encore), suffisent pour montrer qu elle ne peut affronter Texamon. Le parti républicain a, avant tout, son honneur à garder. Y renoncer, c'est périr.

Ainsi, vous saurez vous défendre des pièges bonapartistes. Mais il y a d'autres embûches qui peuvent vous être tendues par vos alliés d'aujourd'liui. Ltes-vous sûrs des libéraux? Leur maxime, c'est la République sans les Républicains, c'est-à-dire sans vous, sans les masses de la nation. Quelqu'un peut-il dire que les hommes dont je parle aient renoncé à cette absurdité? Hier, ils se vantaient de vous expulser, vous et la nation presque entière, de la vie publique. La République sans les Républicains, c'était là le fond de leurs discours , c'était la règle uniforme de tous les libéraux. Ont ils changé de maxime? Ont-ils renoncé à faire de la République et de la nation une coterie ? Voilà ce (ju'il faut savoir à tout prix,

MH niSCOKRS A I.'UNION REPUBLICAINE.

si nous ne voulons pas marcher à l'aveugle. Jusqu'où suivrons-nous nos alliés , s'ils veulent surtout se servir de nous, pour nous perdre d'abord dans l'estime publique, et plus tard par les lois qu'ils feront contre nous et la France républicaine? Sachons si nos alliés s'obstinent à nous extirper. J'invite nos amis à ne rien négliger pour s'assurer de ce point et pour éclairer l'embûche. Que Ton nous dise si l'on nous tend la main pour nous entraîner à notre perte.

Proposition Casimir Périer.

IT) juin 187-'i.

Où nous conduisent les auteurs du projet qui nous est soumis au nom du centre gauche ? Voilà ce que je veux examiner en peu de mots.

Ce projet ne peut se passer du centre droit. C'est donc une nouvelle édition de la conjonction des centres. Vous savez ce qu'elle a produit jusqu'ici, une série de mécomptes. Ce que nous avons vu jusqu'à ce moment, se reverra aujourd'hui, selon toute vraisemblance. Le projet sera rejeté par ceux sur lesquels on s'obsline à compter, malgré les expériences passées.

Mais ce projet lui-même, quel est-il? Je vois bien ce mot de gouvernement de la République. Cela est vrai. Mais, chaque jour, je lis des lois promulguées par le Président de la République. Il est bien évident que s'il y a un président de la République, il y a aussi un gouvernement de la

République. Le projet n'ajoute donc rien à l'état présent des choses .

J'arrive à Tidée fondamentale. Le gouvernement de la République se compose de deux Assemblées.

Nous savons dans quelle catégorie doit se renfermer la première, celle qu'on appelle le Sénat. Suivant le mode de composition qui a été proposé, les préfets de Tempire, les généraux de l'empire, les députés de Tempire, les évêques, les cardinaux, en feront certainement la majorité.

Vous aurez donc, dans rhypolhése la plus favorable, une Chambre haute royaliste, impérialiste, et une Chambre basse, républicaine. Ainsi la Répubhque et l'empire seront aux prises légalement, dans le fond même de la constitution. Cela peut-il se concevoir? Et ces deux Assemblées, Tune monarchique, l'autre républicaine, voilà ce que quelques-uns appellent le salut de la France.

On avait, dans la première forme du projet, inséré un article sur la révision, comme si ce qu'il y avait de plus pressé pour sortir du provisoire était d'annoncer un provisoire nouveau. Encore, dans la première forme, la révision ne pouvait être prononcée sans les garanties établies par la constitution de 1848. Mai» ces garanties on les a effacées, et c'est la révision toute nue que l'on offre au centre droit, pour qu'il puisse, à son gré,

PHOPOSITIUN CASIMIR PKH1EI{. 181

faire et défaire la liépublique. Et tout cela, dit-on, est établi pour sortir du provisoire. Mais le provisoire c'est précisément ce qui nous est proposé. Ce que Ton prétend fonder on le détruit. On veut assurer la République, et on la met à la discrétion de ceux qui n'en veulent pas.

Combinaisons chimériques, d'où rien ne peut sortir, que faiblesse et impuissance. Nous avons assez lonccteinps marché sur les sables mouvants; il faut enfin nous attacher à une idée solide; et il n'y en a pas d'autres que celle de la Dissolution.

En suivant cotte idée, nous avons la nation derrière nous. Toule autre t-ombinaison lui échappe.

Je ne dis rien du pouvoir constituant, qu'il s'agit de reconnaître à l'Assemblée, avec la pres- (|ue certitude d'être vaincu, même sur ce terrain. Abandonner notre position pour en prendre une aiilre où la défaite est presque certaine, est-ce S'^ige? est-ce habile? C/esl tout perdre à la fois.

Pour ceux ([ui, commo îiioi, n'ont cessé, dans les circonstances actuelles, de combattre l'idée de deux Assemblées fnites pour se déchirer l'une l'autre, vous comprendre/ facilement qu'ils ne puissent, dans ce vole d'un projet ([ni renverse toutes leurs idées, aller au delà de l'abstention ; c'est là une nécessité que vous nr» leur imposerez pas.

Proposition Casimir Périer.

ly juillet 1874.

Il avait été convenu, je crois, que Ton demanderait la révision sur l'article 1" ; chacun aurait eu ainsi la liberté de voter ce qui concerne la République et de rejeter la Chambre haute. Je souhaite, pour ma part, que ce projet ne soit pas abandonné .

Car le grand obstacle à l'unanimité que nous désirons tous, c'est précisément la Chambre hhute .

La Chambre haute, quel que soit le nom qu'on lui donne, voilà ce qui me frappe dans la proposition Casimir Périer.

Ce bloc enfariné ne me dit rien de bon.

Mais cette Chambre haute, que peut-elle être? Au point de vue politique, elle ne peut être qu'un instrument d'oppression.

Au point de vue social, c'est Tiniquité; une étroite oligarchie financière, c'est-à-dire le gou*

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