PROPOSITION CASIMIR PERIER
vernement le plus funeste, le plus insupportable de tous.
Par cette Chambre haute, vous rentrez dans le système du juste milieu que vous avez renversé (m 1818. L'avez-vous renversé en 18i8 pour le refaire en 1874 ?
C'est la domination d'un très-petit nombre qu'il s'at^fit d'établir. C'est ce (\ue vous avez combattu pendant toute votre vie.
(Juelques-uns me disent : Cette Chambre haute; SI nous la votons aujourd'hui, nous la supprimerons plus tard.
Ne le croyez pas. Dans notre pays, les fléaux, une fois établis, durent et s'invélérent, surtout s'ils ont été consentis par ceux qui doivent les subir.
Souvenez-vous de cette maxime: Une République sans républicains. La Chambre haute est faite pour réaliser cette absurdité. On lui donnera le droit de dissoudre la Chambre basse, jusqu'à ce qu*on arrive à extirper tous les éléments républicains.
Nous sommes d'accord sur tous ces points, me dira-t-on, le projet est hostile à l'égalité, à la démocratie ; il ne laisse que le nom de République entouré d'institutions monarchiques, et pourtant il faut le voter.
Pourquoi? — Nous nous en délivrerons plustfiœd.
484 MANIFESTES ET DlSCOlTtS.
— J'ai déjà répondu à cela.
— Ce projet, pour nous est une tactique. Il nous est nécessaire pour obtenir un ministère centre gauche qui proposera des élections républicaines.
— Et moi je vous dis : Ne quittez pas la proie pourTombre. J'appelle la proie, vos-principes républicains, vos convictions formées. J'appelle l'ombre, le vain espoir d'avoir un ministère libéral. Prenez garde d'être dupe d'une illusion. Quand vous aurez amené votre pavillon, voté ce que vous ne voulez pas, mis sur vos épaules cette Chambre haute et l'oligarchie qui la suit, étesvous bien sûr que vos alliés ne deviendront pas vos maîtres? Je n'en voudrais pas répondre. Je vois bien ce que vous abandonnez, je ne vois pas ce qui vous est assuré.
Le système des deux assemblées, la démocratie sacrifiée à une petite oligarchie, le régime restauré de Louis-Philippe ; l'égiilité mise sous les pieds de quelques-uns, voilà ce que je vois; et pour compensation, un mot, la République entourée d'institutions antirépublicaines! Franchement cela ne suffît pas.
Dans celte confusion pi»esque universelle, où l'esprit public trou vera-l-il un refuge, si les républicain.'; voilent cux-mènies l'esprit républicain?
Conmient lutter contre le bonapartisme, celle
PHOPO>FTION CASIMFH PÉRIER. A»
forme menteuse de la démocratie, si Ton se refuse à lui opposer la démocratie vraie, telle qn&^ vous l'avez toujours représentée? "
Je m'arrête ici. Ces observations suffisent.
Vous n'avez jamais douté que de graves raisons peuvent seules me faire persévérer dans l'opinion que j'ai déjà exprimée ici à l'une de nos dernières réunions .
Un mot encore : le centre gauche déclare que si la proposition n'est pas admise, il demandera ce que vous avez toujours demandé et ce qui est la seule issue : la Dissolution. Cette raison s'ajoute à toutes celles que j'ai présentées, j'aurais pu ne pas en alléguer d'autres.
Je me résume dans ce mot : Persévérons.
Déclaration collective de MM. LOUIS BLANC, EDGAR QUINET, LEDRU-ROLLIN et PETRAT (o.
24 juillet 1874.
* Convaincus que le gouvernement de la République ne pouvait être organisé d'une manière stable el conforme à sa nature que par une assemblée républicaine investie à cet égard d'une mission spéciale par le suffrage universel, nous avions résolu de présenter sous forme de coutreprojet, le jour de la discussion, la demande de dissolution dont nous vous envoyons le texte. Nous y avons renoncé, par un motif que chacun comprendra, en apprenant, la veille du débat, que la dissolution devait être proposée par les gauches réunies, dans le cas où la motion Casimir Périer serait rejetée.
Mais nous désirons que les considérants du
(1) C'est à titre de document historique que nous plaçons ici cette Déclaration, œuvre collective des signataires.