LOUIS BLANC, LEDRU-ROLLIN
Aux Membres de la Ligue de la Paix et de la Liberté.
Septembre 1874.
.Messieurs,
, Je ne puis me rendre à Tinvitation que vous avez bien voulu m'adresser. Je dois me réduire à vous envoyer l'expression de mes vœux et de mes sympathies.
Jamais notre Europe n'a eu plus faim et soif d'une parole de droiture, de raison, de vérité; car on^ ne peut nier que l'appétit de la servitude ne plonge un certain nombre d'hommes dans une sorte de démence, où disparaissent toutes les nolions les plus simples qui jusqu'ici avaient régi les sociétés humaines.
Prononcez-les, ces paroles de raison auxquelles les peuples aspirent. Aidez-nous à ne pas tomber dans la pire des barbaries, la barbarie hypocrite et subtile.
On a voulu espérer que l'ère des révolutions est close. Je commence à craindre que ce ne soit là une fausse espérance. La liberté seule pouvait fermer l'ère des révolutions. Prenons garde que la réaction ne la rouvre !
EDGAR QUI NET
Aux Électeurs de la Seine.
Da2nèpe«-de-Luchon, 90 septembre 1874.
Mes chers concilovens,
L* élection de Maine-et-Loire est un événement mémorable, décisif, que je ne puis m'empécher de saluer avec vous, non comme une promesse, mais comme une certitude d'avenir.
Il y a cinquante ans, quand nous affirmions publiquement la République, combien étions-nous? On aurait pu facilement nous compter.
Chaque année la France est venue à nous. El qu ont pu contre nous, les interdictions, les proscriptions, les exils? Ils n'ont servi qu'à augmenter notre nombre. Nous avons c^randi par une progression continue. Maintenant nous aussi, nous pouvons dire à noire tour : Nous remplissQUs vos villes, vos places publiques, vos villages, vos campagnes.
AUX ELECTKIUS DK l.A SEINE. VJfî
Oui pourrait arrêter une semblable progression? La Republique marche, elle s'avance avec la force tranquille, irrésistible de la conscience de tout un peuple ; et pour que la démonstration soit plus claire, elle nous vient d'un ancien foyer de la* guerre de Vendée.
Ouand la Vendée acclame la Uépubli({ue, qui donc Tempéchera d'avancer? Qui la reniera?
J'ai vu son premier réveil incertain, il y a un demi-siècle; je vois aujourd'hui sa victoire assurée. Pourquoi tant d'hommes, mes compagnons, qui ont travaillé à la préparer, sont-ils morts avant d'avoir eu leur récompense?
Nous avons pour nous les faits et la raison publique. Voilà notre force. Laissons à nos ennemis les sophismes et les impuissantes ' colères. Leurs alliances déraisonnables montrent leur désespoir. Ils ont le vertige, parce qu'ils se sentent tomber.
Pour nous, il ne nous est pas permis de douter, quand les choses parlent si haut. La République vit, la République vivra. La victoire définitive es^t une certitude non pas seulement politique, mais malhématique.
EDGAR (JUINET, Iloiiré*eritant de la Soij;o.
A OARIBALDI.
Versailles. 12 janvier 1875.
Cher grand Garibaldi,
Avant de vous remercier, j'ai voulu vous lire et vous relire . Je viens de passer à travers toutes les émotions de vos M/7/e, et ce qui domine tout, c'est le sentiment d'une merveille.
Oui, votre expédition est le miracle de Tâme, de rhéroïsme. Je ne connais rien dans le pas^ qui fasse tant d'honneur à la nature humaine. Quelques jeunes gens, mal armés, sans équipages, sans artillerie, sans ressources d'aucun genre, mais à leur tête urî grand homme, détruisent une armée puissante et conquièrent deux royaumes. Cela ne s'était pas vu depuis l'antiquité. C'est la victoire de l'esprit sur la matière, d'un grand cœur sur tous les calculs de la force réglée, disciplinée^ savante, injuste.
A GARIBâLDU 4S5
Voilà pourquoi la parole me manque pour dire ce que je sens. J'admire, je bénis, je célèbre en mon cœur, et je me tais.
Dans votre récit, je vous cherchais à chaque pas. Par une modestie sublime, unique jusqu'à ce jour, le chef de Texpédilion, celui qui en est l'âme, semble vouloir se dérober aux yeux. Il exalte les Mille et il ne dit rien de lui. Il fait tout, il est partout, et il est le seul dont il ne parle pas.
C'est là, cher grand homme, ce qui distingue votre récit de tous les récits militaires faits par les chefs d'expédition. Tous, depuis Xénophon, se mettent en lumière dans leurs histoires ; ils se donnent le premier rang. Vous êtes le premier jusqu'ici des commandants d'armée qui ait oubhe le chef pour ne glorifier que l'armée.
Mais la postérité saura vous découvrir parmi les Mille; elle vous fera la part que vous ne vous êtes pas faite. Vous ne vous déroberez pas à la reconnaissance des peuples.
Pour toujours, votre
KDGAR QUINET.
Aux Républicains,
li février iblo.
Le bonapartisme est battu. Nous iic reverrons pas les assassinats et les proscriptions du Deux- Décembre. Quand le crime a perdu son audace, il a tout perdu.
Il ne vit, il ne s'accroît que par Timpunilé. Montrez-lui dans Tavenir le châtiment possible, sa force de contagion dispar.ut.
Qui donc voudrait s'associer au crime pour le crime, quand il a perdu la chance?
Ce Ilot hideux recule : c'est à la vérité à s'avancer, à reprendre ce qui lui était enlevé.
La vérité, c'est la démocratie ; elle a pu croire sage de se faire petite, en face d'une monstruosité qu'il était impossible de mesurer et qui trompait par son vide môme.
Le jour s'est fiiit; revenons à la lumière.
Serait-il sage de renoncer aux conditions cor-