MENTANA
12 novembre 1867.
Mon cher et grand Garibaldi,
Lorsque j'eus l'honneur de vous écrire au Varignano, j'ignorais le rapport télégraphique du général français, commandant les troupes papales et françaises à Montana. Quelle glorieuse confession pour vous la vérité a arrachée à vos adversaires !
Ils confessent que leur présence était urgente à Rome pour la sauver.
Ils reconnaissent ainsi, et le monde le saura, que, sans l'invasion étrangère, vous auriez donné Rome aux Italiens.
Et quelles terribles confessions au point de vue militaire! L'armée française el le Ponlife avaient tous les avantages : ceux du nombre et de l'organisation. Ils avaient une nombreuse artillerie (14 pièces), des armes de précision portées à la perfection, des fusils à aiguille, des fusils Chassepot. — Qu'aviez- vous à opposer à de telles forces?
Quatre mille jeunes gens sans instruction militail*e, arrivés rqcemment sur le champ de bataille, sans vivres, sans provisions, à peine armés de vieux fusils de rebut et presque brisés, sans
chaussures, et ayant les communications interrompues par le gouvernement italien.
A parler avec vérité, vous aviez sur les bras trois armées. Et avec cela, qu'avez-vous fait? Une chose sans exemple. Vous avez, pendant toute la journée du 23, opposé une ferme résistance aux troupes alliées. D'après leur propre confession, malgré l'écrasante supériorité de l'armement, ils n'ont pu vous rompre sur aucun point.
Les vôtres ont dormi sur le champ de bataille de Montana; ils n'ont nullement été inquiétés la nuit. Les troupes alliées n'ont pas même attaqué les avant-postes. De cette manière vous avez eu toute la nuit pour continuer, sans être molesté, avec le gros de votre petite armée, la retraite qu'ils avaient principalement cherché à empêcher.
Vos adversaires n'ont donc réussi en rien de ce qu'ils voulaient. L'arrière-garde que vous aviez laissée à Montana n'a été nullement forcée ; elle s'est maintenue jusqu'au lendemain dans sa position. Voyant alors que le combat avait perdu sa signification contre les trois armées, malgré cela elle n'a pas un instant perdu courage , mais a fait une capitulation régulière et honorable.
Voici, cher et grand général, ce que tout le monde dira en Europe de la journée de Montana.