‹ Le Livre de l'exilé, 1851-1870. Après l'exilChapitre 85 sur 91 · MENT AN A · texte numérisé non relu

MENT AN A

Elle sera considérée pour vous el vos héroïques compagnons d'armes comme Tune des plus glorieuses. On verra l'immense différence des forces, et, malgré cela, la victoire disputée jusqu'au dernier moment. ^

Une poignée d'hommes sans armes a tenu en échec, en rase campagne, des alliés qui avaient pour eux tous les avantages, et derrière eux deux ou trois puissances.

Que vos amis soient fiers d'une telle journée ; ils en ont le droit. Quanta moi, mon seul bonheur et mon seul orgueil est de me dire

Votre ami,

EDGAR QUINET

Sur la Peine de Mort.

Veytaux (Suisse), 6 février 1868.

Monsieur,

Vous me demandez ce que je pense des discours prononcés sur Téchafaud de Moudon après Texéculion du condamné. Je n'ai pas lu ces discours ; je les crois et les suppose excellents, mais il y a un point qui me frappe et qui domine tout le reste.

Je ne conçois pas la parole, sermon ou discours, sur la plate-forme de réchafaud,en face du cadavre décapité du supplicié.

Le silence seul peut répondre a Thorreur d'un pareil moment ; toute parole, mémo la meilleure, restera au-dessous d'un spectacle de ce jrenrc.

C'est à l'échafaud de parler et de s'expliquer lui-même; il doit porter sa leçon avec lui ; le sang versé parle assez haut.

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S'il en est autrement, si Téchafaud a Jbesoin d'êlre explicpié à la foule et commenté du haut de la plate-forme par le prêtre ou par le magistral, que faut-il en conclure ?

Une chose, et la voici : Téchafaud n'est plus compris de la foule, puisqu'il faut qu'on l'explique ; il n'est plus soutenu par l'esprit du temps, puisqu'il a besoin d'être soutenu par des discours.

C'est le signe certain, avant-coureur de sa disparition prochaine.

KDGAH QUINET.

XXjVIII

A la Société d'Histoire romande (1).

3 septembre 1868.

Depuis dix ans, je passe tous les jours au pied des tours de Chillon.

Je vois les locomotives des chemins de fer et les bateaux à vapeur jeter leurs bouffées de fumée à la face des vieilles murailles féodales. Je me dis : Voici l'esprit de l'avenir qui emporte les peuples vers des destinées nouvelles; il siffle, en passant, le spectre du moyen âge pétrifié derrière ces créneaux.

Aujourd'hui, votre Société savante, avide de lumière, se réunit ici près des souterrains où a été enchaîné l'esprit moderne dans la personne de Bonivard .

(1) La Société d'histoire de la Suisse française s'étant réunie le 3 septembre, dans le château de Chil1on« au banquet M. Edgar Quinet a prononcé le discours suivant.

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