‹ Le Livre de l'exilé, 1851-1870. Après l'exilChapitre 9 sur 91 · JE NE SUIS POUR RIEN DANS CE QU'ILS FONT · texte numérisé non relu

JE NE SUIS POUR RIEN DANS CE QU'ILS FONT

inflniment plus de force morale contre un peuple que ceux qui ont été frappés par un seul homme. D'un côté, le fier langage de Thucydide ou de Dante, de l'autre, les Tristes d*Ovide sous Auguste, de M"* de Staël sous Bonaparte.

Peut-être aussi que l'injustice exercée au nom d'un seul, vous irrite, tandis que celle qui s'exerce au nom de tous fait pitié. On peut sentir de la colère contre un despote, on ne sent que de la commisération pour une foule aveuglée. Quel plaisir trouverais-je à fouetter de verges rOcéan? Le temps de ce plaisir de Xerxès est passé.

Béni soit TExil!

Béni soit Texil ! Qui m'eût enseigné ses bienfaits, si je ne les eusse éprouvés?

En me mettant on dehors des lois de protection qui sont faites pour tous, il m'apprend à chercher mon appui là où^Thomme ne peut m'atteindre.

En me traitant comme la feuille détachée que le vent chasse devant lui, sans qu'aucune terre ensemencée veuille la recevoir, il m'apprend à m'enraciner dans le sol qu'aucune tempête n'assiège.

En me refusant l'abri, le toit, le foyer, il m'apprend à bâtir ailleurs la maison do mon àme.

On nous a mis au ban de l' espèce humaine. J'accepte de grand cœur; et certes, si je ne consultais que mon goût particulier, je ne pourrais faire un vœu pour ([ue cet état de choses vînt à changer.

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