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CONSERVATION DES VÊTEMENTS

Les vêtements de laine sont les plus difficiles à conserver, à cause des teignes qui s'attaquent de préférence à ce tissu. Pour les en préserver, plusieurs moyens sont préconisés. 11 faut, en tous cas, garder les autres objets à l'abri du jour et enfermés dans des caisses. Le procédé le plus simple consiste à les envelopper dans du papier imprimé, le plus hermétiquement qu'il se peut. Cela suffit très souvent pour conserver les vêtements intacts pendant une saison.

On peut aussi imbiber des feuilles de papier d'essence de térébenthine et les poser sur les effets.

Le camphre, le poivre en grain concassé, les vieilles pipes passent pour éloiener les mites ; mentionnons enfin la poudre de pyrèthre et la naphtaline, parmi les remèdes les plus efficaces. Cette dernière substance, tirée du pétrole^ possède une odeur extrêmement pénétrante, qui met en déroute ces petits ennemis. Son inconvénient réside précisément dans cette odeur, qui est fort désagréable, mais qui s'évapore assez rapidement à Fair.

C'est une erreur très répandue que celle qui consiste à sortir les vêtements pendant le temps de garde et aies exposer à l'air et au soleil sous prétexte d'en faire sortir les insectes. C'est là, au contraire, le plus sûr moyen de les faire pénétrer dans les étofîes, surtout si l'opération a lieu par un temps ensoleillé.

Entretien des vêtements, — C'est dans l'entretien des vêtements que la vigilance de la mère de famille doit être incessante. Un point fait à temps en épargne vingt, et une réparation habilement exécutée peut éviter l'achat d'une pièce d'habillement neuve.

Les reprises, dont nous avons parlé, sont fréquemment à employer dans les vêtements de Ipine ; la pose des pièces aussi est souvent nécessaire.

De bons brossages doivent être donnés de temps à autre, pour enlever la boue, la poussière et les taches superficielles.

M™e 0. BussARD. — Le livre de la fermière. 20

Nettoyage des tapis. — Nous ayons déjà parié, à pix>posi du balayage, d'un simple moyen dont l'emploi redonne de la couleur aux tapis, à savoir le balayage avec des feuilles de thé.

Pour garantir les tapisseries des mites, on fait bouillir de la gomme arabique avec de la coloquinte et de Teau pendant une demi-heure ; on tend les tapisseries et on les enduit, à l'envers, de la mixture avec un pinceau.

Nettoyage et conservation des chaussures, — Le nettoyage des chaussures est trop connu pour que nous nous étendions à ce propos.

Les brosses doivent être au nombre de trois pour le moins. La brosse à décrotter, qui sera dure (on se sert pour cela le plus souvent d'une brosse usée)^ la brosse à cirage, petite et ronde avec un manche, et la brosse à faire reluire, qui est à poils plus longs et plus doux.

Les chaussures jaunes s'entretiennent très bien avec de l'encaustique ordinaire.

Lorsque les chaussures ont été fortement mouillées, comme cela arrive fréquemment à la campagne, il faut bien se gai*der de les mettre sécher à la chaleur et particulièren>ent devant un grand feu, ce qui fait durcir le cuir. On obtiendra un bien meilleur résultat en les remplissant complètement d'avoine en grains ou de papier froissé.

Le pétrole assouplit le cuir des souliers durci par l'humidité.

Lorsqu'on laisse des chaussures quelque temps sans les porter, il faut les ranger quand elles sont sèches, dans un endroit où il n'y a pas à craindre l'humidité, en les enveloppant séparément dans du papier.

f^a planche destinée aux chaussures que l'on met quotidiennement doit toujours être située dans une pièce sèche.

YII. — ADMINISTRATION DOMESTIQUE

Engagement et choix des domestiques, — La question des domestiques est une des grosses difficultés ménagères à la campagne et à la ville. Ici comme là, les embarras et les inconvénients toujoure croissants du recrutement et de la conservation des serviteurs en font un des soucis cuisants de Texistence. Dans les temps sociaux où nous vivons, d'ailleurs, le principe de la domesticité n'est plus de saison, et n'est accepté, par employeur et employé, qu'avec une arrière-pensée de malaise et de mécontentement. Il est de plus en plus évident, en effet, que la fonction ira rejoindre le nom dans un avenir prochain, et que le domestique deviendra un ouvrier comme un autre, avec l'obligation de certaines heures de travail contre un salaire fixe, et la liberté complète une fois ce temps écoulé. Mais, quelle que soit l'évolution que demain nous réserve, il nous faut penser à aujourd'hui, qui n'a pas encore réalisé ce programme.

Le recrutement des domestiques est actuellement, dans certaines régions, devenu si aléatoire qu'il compromet dans une grande mesure les intérêts de l'agriculture, auxquels il est si étroitement lié.

C'est maintenant un lieu commun que de parler de l'exode des champs vers la ville, mais c'est pourtant bien là qu'est la source du mal. Les jeunes gens des deux sexes, éblouis par les chiffres qu'ils ont entendu citer aux camarades émigrés qui ont réussi, veulent tous avoir leur part du festin, et partent pour la ville cxHiome ouvriers ou comme domestiques. Combien arrivent à l'avenir doré? Ceux-là le savent qui s'occupent des œuvres d'assistance pai* le travail, de relèvement, et qui voient passer sous leurs yeux les tristes épaves que la viDe rejette sur le rivage. Heureux encore ceux auxquels leur bonne étoile donne les moyens de retourner à la

terre, qui peut toujours les employer (Colonies agricoles), mais ce ne sont pas les plus nombreux.

On ne saurait trop répéter aux jeunes gens qui rêvent la vie et les profits de la cité que ce sont là des mirages dont il faut se défier, que les gains plus forts à la ville, sont balancés par de plus fortes dépenses (surtout en ce qui concerne les ouvriers proprement dits) et des tentations formidables, que les risques de toutes sortes y sont plus grands et le chômage plus redoutable qu'aux champs, où le sol, qui a toujours besoin d'être cultivé, nourrit, malgré tout, son homme.

Mais revenons au choix des domestiques à la campagne.

Chaque pays a ses usages particuliers pour l'embauchage et les termes du contrat de louage. Dans certaines régions, on « loue » pour l'année complète ou pour trois ou six mois. Dans les villes, et parfois à la campagne, la durée de l'engagement est d'un mois.

On appelle arrhes ou denier à Dieu une somme d'argent (généralement 5 francs) que le maître donne en concluant le contrat, somme qui doit être rendue parle domestique s'il manque à sa parole, et perdue par le maître si c'est lui qui manque à la sienne.

Le congé se signifie, de part et d'autre, par une notification faite à l'avance huit, dix ou quinze jours selon les usages. Cependant les deux parties peuvent se quitter immédiatement, en abandonnant le prix des jours qu'il reste à faire. Quant aux engagements pris pour l'année, ils ne peuvent être rompus, avant la fin des douze mois révolus, sans le versement d'une indemnité fixée, suivant les coutumes locales, soit au douzième, soit au cinquième ou au tiers des gages restante courir. Un des rares cas dans lesquels le domestique peut quitter son service sans dédommager son maître est celui où le recrutement militaire l'oblige à se rendre sous les drapeaux.

Le contrat de louage impose des devoirs aux deux parties :

Celui du domestique consiste à remplir le service pour lequel il a été engagé, exactement, régulièrement et fidèlement. Quant au maître, il doit payer les gages aux époques convenues, qui varient localement, soit à la fin du mois, soit à la fin de Tannée. Il est encore tenu de pourvoir à la subsistance de son domestique et de bien le traiter.

Toutes ces conditions sont reconnues par la loi, qui les sanctionne par de fréquents jugements.

Le domestique a le droit d'exiger le paiement de ses gages, même si le maître lui laisse un legs en mourant (art. 1023 du Code civil). Le domestique doit réclamer, dans tous les cas, ses gages dans un délai de six mois s'il a été engagé au mois, et d'un an s'il a été engagé à l'année (art. 2271 et 2272 du Code civil) sous peine de prescription, c'est-à-dire de perte de sa créance. La loi accorde encore aux domestiques un droit de créancier sur les meubles et immeubles de leurs maîtres (art. 2101) en cas de décès ou de faillite de ceux-ci, droit restreint au paiement des gages de l'année échue et de l'année courante.

Disons enfin un mot de la question importante des certificats. Un article d'une loi assez récente (2 juillet 1890) dit que « toute personne qui engage ses services peut, à l'expiration du contrat, exiger de celui à qui elle les a loués, sous peine de dommages-intérétSy un certificat contenant exclusivement la date de son entrée, celle de sa sortie et l'espèce de travail auquel elle a été employée ». On ajoute cependant presque toujours à ces indications des détails sur la conduite et les qualités du domestique, mais les renseignements diffamatoires ou simplement mauvais étant impossibles à donner, comme on l'a vu plus haut, on comprend facilement, et il est tacitement entendu, que les certificats ne portant que les indications strictement nécessaires ne sont pas de bons certificats. Dans l'exécution du travail, les maîtres sont responsables

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envei^ les tiers du dommage qui peut être causé à ceuxci par leurs domestiques, même si ces derniers ont agi de leur propre mouvement. Ils sont responsables aussi du dommage causé par Tun d'eux à un autre, toujours dans l'exécution du travail. Mais ils ne répondent pas, à moins de négligence ou d'imprudence de leur part, des accidents arrivés à leurs domestiques dans l'exécution du travail.

Le juge de paix est l'arbitre des contestations entre maîtres et domestiques.

La situation des domestiques diffère beaucoup à la ville de ce qu'elle est à la campagne. Chez les fermiers et chez les métayei's, le domestique est en effet sur le pied de quasi-égalité avec son employeur, les repas étant pris en commun, de même que les veillées, etc.. Chez les gros propriétaires, la différence s'accentue; la coutume persiste cependant, dans certaines régions, que le repas des domestiques soit servi par la fermière, fùtelle aussi peu fermière que possible et fort riche.

11 est difficile de donner une moyenne des gages, qui varient autant avec le genre de travail qu'avec la capacité particulière de chaque individu.

Le domestique le mieux payé est le maitre-laboureur, après lequel vient le maître valet ou contremaître, comme on dit dans certaines fermes, ensuite tous les valets de ferme, les bergers, enfin les jeunes garçons employés à la garde des moutons, des porcs, à la traite des vaches, etc.

Quant aux femmes, la hiérarchie est moins mai^qnée chez elles. Leur nombre est d'ailleurs beaucoup inférieur à celui des hommes dans l'exploitation rurale — temps de la moisson et des travaux importants mis à part, bien entendu. Leurs gages mensuels varient de 10 à 25 francs selon les provinces, selon l'âge aussi et les capacités de chacune.

Il est d'usage, avant que de prendre un domestique, de se renseigner auprès des gens qu'il a déjà servis, ou de

ses parents s'il sort de chez lui. Les principales qualités à demander sont la probité, la propreté, la bonne volwité, Tordre et la moralité.

: Outre les devoirs que la loi .impose aux maîtres, il en est d'autres qui ne sont pas moins impérieux, bien que plus facultatifs. C'est ainsi qu'il faut avoir soin du bienêtre d€S domestiques et qu'il ne faut pas leur assigner comme chambres des locaux inhabitables, dont on ne voudrait pour rien au monde pour soi ou pour ses enfants. Nous l'avons déjà dit, toutes les chambres destinées à l'habitation, et surtout au sommeil^ doivent avoir un cubage minimum que nous avons donné. Elles doivent posséder une ouverture admettant l'air du dehors, fenêtre plutôt que tabatière. Le mobilier, s'il est sommaire, sera suffisant, avec une armoire et un placard pour éviter le désordre des vêtements. Les lits seront convenables et pourvus de la literie nécessaire, sans oublier un surplus de couvertures pour l'hiver ; enfin, il faut veiller au changement du linge : draps de lits, taies et serviettes de toilette, auquel les domestiques ne songent pas assez. Les habitudes de propreté ont besoin d'être exigées ; on sera obligé d'enseigner l'usage de la brosse à dents, d'insister pour le lavage de la tête, de même que pour l'emploi abondant et fréquent de l'eau, froide ou chaude.

Le maître doit encore s'intéresser à ses employés, à leurs joies et à Ifeurs peines, les soigner ou les faire soigner s'ils sont malades et veiller sur leur santé. 11 est bon pour eux aussi qu'il les conseille sur le placement de leurs économies, en les détournant, — nous parlons pour les habitants des campagnes, — de cette idée héréditaire que le seul bon placement consiste dans l'achat d'un lopin de terre, fût-il grand comme la main et dût-on le laisser en friche. U faut plutôt leur enseigner le chemin de la Caisse d'épargne.

U serait aussi à désirer que les maîtres aidassent leurs domestiques à s'instruii^, au besoin en leur prêtant

des livres ou des journaux, en leur facilitant Faccès des cours du soir, etc. On leur retirerait, en agissant ainsi, le goût du cabaret, refuge des désœuvrés, et des divertissements stupides ou malsains.

A la cuisine, la nourriture doit être saine et abondante ; on peut la varier de bien des manières ; la viande y figurera souvent, lorsi^u'on tuei^ un porc par exemple. On peut encore donner aux domestiques quelques lapins, élevés à peu de frais dans le clapier, une volaille un peu ferme, au pot, enfinles morceaux de viande de boucherie qui, moins estimés que les autres, n'en sont pas moins sains et nutritifs. Les ragoûts accompagnés de légumes et le porc salé, avec lequel on fait l'excellente soupe de la campagne, seront les mets qui reviendront le plus souvent, avec les poissons salés, fumés ou marines, tous les légumes, secs et verts, de saison assaisonnés à riiuile, à la graisse, au beurre ou à la crème, enfin les œufs et les fromages de fabrication ménagère.

Pour avoir un bon domestique, il vaut mieux le choisir jeune et inexpérimenté et le former soi-même à son service spécial, que de le prendre déjà perverti et gâté par la fréquentation d'autres domestiques — ceux de grande maison, par exemple. — Il va sans dire que ce cas peut souffrir bien des exceptions, mais on a presque toujours plus à se louer d'avoir dressé soi-même un domestique n'ayant pas d'idées préconçues ni surtout les précédents des services antérieurs, surtout si l'on a affaire à des natures assez intelligentes pour se mettre vite au courant de la besogne.

En ce domaine, nous dirons — dussions-nous éti^e taxée d'exagération — que les bons maîtres font les bons serviteurs et que, de la manière dont on traite ceux-ci dépend, en grande partie, leur conduite. La confiance appelle la confiance, comme la vérité amène la vérité, de même qu'un appel aux meilleurs sentiments reste rarement sans résultat. Ce n'est pas pour quelques coquins

et quelques coquines qui dupent d'excellents et peu clairvoyants patrons, quii faut englober toute une classe dansune injuste méfiance. D'ailleurs, douceur et bonté ne veulent pas forcément dire faiblesse, et il faut ici beaucoup de fermeté et parfois d'énergie, surtout si le personnel est nombreux et réclame alors une véritable discipline. Donner le pli et asseoir du premier coup la légitime autorité, tout est là ; quant aux cris, aux gronderies perpétuelles, aux menaces, à quoi servent-ils, sinon à se donner le pénible sentiment de s'être abaissé inutilement, puisque la seule sanction, le renvoi, n'a pas été appliquée?

Il faut être inflexible sur l'exactitude, si l'on veut être obéi. Mais c'est ici surtout que l'exemple est nécessaire. Si la maîtresse de maison n'est pas levée la première, comment pourra-t-elle contrôler si servantes et domestiques sont debout à l'heure réglementaire ?

Chaque besogne différente sera établie, autant que possible, sur un horaire fixe, de même que les travaux spéciaux à chaque jour de la semaine auront un roulement régulier.

Le lever, le coucher et les repas devront donc être aussi exacts que faire se pourra : c'est là le secret des ménagères bien ordonnées dont la besogne, écrasante en apparence, n'est qu'une longue suite de petits efforts accomplis en temps opportun.

Il va sans dire que celte méthode ne peut pas être appliquée inflexiblement et sans tenir compte des circonstances particulières. La question d'humanité peut intervenir, par exemple pour décharger une jeune servante d'une tâche trop dure pour elle ce jour-là ; ou bien le temps, la température peuvent rendre nécessaire de retarder ou d'avancer quelques travaux de plein air, etc. ; la routine ne doit pas plus exister, dans une maison bien conduite, que le désordre, et ce serait mal comprendre son intérêt et l'intérêt général, plus

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important encore, que d'avoir la prétention d'établir, ici comme ailleurs, une règle qui ne souflfriniit jamais d'exception.

Une simple remarque encore sur un point de détail qui a son importance : nous voulons parler de la politesse ; c'est encore là, et surtout là peut-être, un cas de réciprocité. Un domestique traité, dès Vabw^d, poliment, comme il convient, n'aura pas même l'idée de parler autrement à son maître. Ce sont les mauvais traitements ou la trop grande familiarité qui produisent ces déplorables scènes où les écarts de langage triomphent.

Un excellent moyen pour intéresser les domestiques au succès de l'exploitation consiste à leur accorder une prime sur les diverses transactions qui s'y font. C'est ainsi qu'on peut assigner une certaine somme, sur le lait, le beurre ou le fromage vendus, à la fdle de ferme qui s'en occupe, quelques centimes à la fille de basse-cour par tête de volaille vendue. Les domestiques hommes auront un tant pour cent par tête de bétail, les bergers par agneau, les vakts par hectolitre de céréales, etc.

Tenue des comptes du ménage et de la ferme, — Nous arrivons à une des parties de l'économie domestique qui intéressent le plus la maîtresse de maison et qui la concerne directement.

C'est, en effet, la femme qui doit tenir les comptes des dépenses intérieures, puisque c'est elle qui dirige tout particulièrement ce domaine et qui est, par cela même, mieux renseignée sur ce sujet que n'importe qui.

Si le fermier a déjà trop d'occupation pour faire encore les écritures, c'est la fermière qui arrêtera les livres des ouvriers, des exploitations agricoles, et enfin le Grand Livre s'il en existe un.

On s'exagère souvent la somme de travail et le temps exigés pour la tenue détaillée des comptes d'une exploitation : voici ce que dit à ce propos un spécialiste dans le Livi^ de la Ferme :

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