TENUE DES COMPTES DU MÉNAGE
« Nous rappellerons que la ferme de Roville comprenait 190 hectares tant en terres arables qu'en prairies, une distillerie de pommes de ten'e, une fabrique d'instruments aratoires ; que Texploitalion nourrissait 20 à 25 bœufs d'engrais, 6 à 42 vaches, 25 à 50 porcs, 5 chevaux, 9 bœufs de trait et un troupeau de 300 tètes de moutons. Or, la tenue de la comptabilité de cette exploitation importante demandait moitié du travail d'un homme par jour : les diverses écrituresdes livres auxiliaires n'occupaient guère plusd'une demi-heure, les écritures du journal, les reports au Grand Livre, etc., demandaient quatre à cinq heures. L'employé comptable utilisait le reste de sa journée à faire toutes les distributions, recettes et délivrances de grains et de fourrages, à soigner les grains^ etc.
« Dans la petite et la moyenne culture, ajoute Fauteur, quand les écritures des livres auxiliaires ne demandent que quelques minutes chaque jour, cefles du Journal et du Grand Livre deux ou trois heures par mois, l'intervention d'un employé spécial est tout à fait inutile. D'ailleurs, le cultivateur qui voudra prendre la peine de tenir son livre trouvera dans ce travail une grande satisfaction, des enseignements qui feront son profit et qui se termineront, en fin d'année, par des bénéfices sensibles. »
On peut estimer que c'est sortir la fermière de son rôle que de vouloir hii imposer le surcroît de travail qu'exigent les écritures de l'exploitation. Quoi qu'il en soit, c'est à elle qu'incombe le soin de la tenue des comptes du ménage et des exploitations accessoires^ dont elle s'occupe (basse-cour, jardin, porcherie, laiterie, etc.). M. de Sauvage conseille à ce propos d'ouvrir « dans toute ferme bien administrée un compte de ménage dont le total, à fin d'exercice, poi-mette de savoir ce qu'a coûté la nourriture et Tentretien par personne, par an et par jour, des gens qui vivent à la ferme. La fermière bien ordonnée et soucieuse de l'avenir des siens, doit noter sur un carnet spécial toutes lesjournées de nourriture qu'elfe
fournit. Si la fermière nourrit cinq employés, plus un berger, un porcher, un vacher, une servante, elle devra noter tous les soire dix journées, en comptant la sienne. Elle notera en outre, avec le plus grand soin, les journées exceptionnelles de nourriture fournies,au château ou à la ferme, pour les taupiers, raliers, maçons, ouvriers, filles de journées, domestiques et rabatteurs, etc. Elle n'omettra pas non plus l'annotation du pain donné aux chiens de berger, de vacherie, du château, etc. On ouvre, sur les livres auxiliaires de travail et de main-d'œuvre, une division au compte « Ménage », toutes les fois que des hommes ou des animaux ont fait, pour compte du ménage, des transports de mobilier, chauffage, eau, vivres, linge de lessive, pi't)visions. Les frais occasionnés par le potager doivent être également portés, en partie ou en totalité, au compte « Ménage ».
Le L'vre des comptes du ménage doit être écrit jour par jour ; il y figure des sommes si minimes qu'on est porté à les oublier en peu de temps. On se trouvera donc bien de réserver un certain moment pour le faire; le soir est généralement préféré, parce qu'alors la mémoire est toute fraîche des événements de la journée. On pourra faire à la suite toutes les écritures, ce qui économise plus de temps que de s'y remettre à plusieurs reprises.
On inscrira les recettes du mois sur une page réservée à cet usage. La balance se fera à la fin du mois, ou plus souvent, si on le désire, en comptant d'abord l'argent qui reste en réafité ; si la balance est juste, cette même somme doit égaler la différence de la soustraction opérée entre Receltes et Dépenses. Un bon moyen pour vérifier quotidiennement l'exactitude des comptes consiste à additionner chaque jour le total de ce jour avec la somme dépensée depuis le premier jour du mois ; il est facile aloi^ de faire instantanément la vérification.
Le livre de ménage est un peu plus compliqué à tenir à la campagne qu'à la ville, à cause de la place spéciale