‹ Le livre de la fermièreChapitre 152 sur 184 · RAPPORTS SOCIAUX · texte numérisé non relu

RAPPORTS SOCIAUX

sont d*un domaine trop personnel pour avoir besoin d'être classées et décrites, l'organisation sociale actuelle constitue un échange perpétuel dont il faut bien se préoccuper. . La solidarité et la dépendance mutuelle son4 plus grandes encore aux champs que dans les villes; en outre, le nombre restreint de la population y rend la vie commune : on y ha1)îte vraiment dans des « maisons de verre ». Il en résulte un entraînement assez compréhensible aux conversations oiseuses, voire aux commérages ou aux calomnies, une tendance aux discussions et aux brouilles. Le tact et la modération sont nécessaires à la fermière pour côtoyer tous ces écueils avec succès et ce n'est pas là la partie la plus facile de sa tâche. Entre son mari, ses enfants, ses domestiques et les relations forcées, amicales, commerciales ou charitables, il faut qu'elle évolue avec assez de souplesse et d'autorité pour concilier tous ses devoirs sans qu'aucun ait à en souffrir.

Pour les raisons que nous avons données plus haut, nous laissons les relations amicales de côté. Quant aux relations commerciales, elles se bornent souvent, au moins lorsqu'il y a un chef d'exploitation qui se charge des transactions importantes : vente, achat ou échange, aux rapports avec les marchands de la localité.

Ceux-ci se réduisent fréquemment à un petit nombre : trois ou quatre au plus. Parmi eux, le plus important, ou plutôt celui auquel on a le plus souvent affaire, est le locataire de la « boutique », Tunique magasin du village parfois, celui où on trouve tout, depuis le papier tue-mouches jusqu'à la lingerie, en passant par les harengs saurs. Qui n'en a connu quelques-unes et, en fermant les yeux, ne revoit l'aspect bizarre de la pièce basse et enfumée, les solives d'où pendent saucisses, balais et chapelets d'oignons, l'encombrement du comptoir noirci par des contacts sans nombre où, près de l'armoire au fromage, — raffinement excessif, — surgit la balance et repose le mètre.

Pittoresque, certes, la petite boutique du village, mais on y encourage trop le crédit, cette plaie des campagnes, qui dévore le paysan et contre laquelle il ne soitge guère à réagir. Le crédit est pourtant mauvais à tous les points de vue; mauvais en lui-même, puisqu'il oblige les marchands à vendre trop cher pour recouvrer Fintérêt de leur capital immobilisé, il est désastreux pour le débiteur qui, n'ayant pas la notion exacte de sa dette, achète sans compter, s'enlize de plus en plus et finit par perdre pied complètement.

Pourquoi ne pas tacher d'implanter à la campagne la même habitude qu'on a presque toujours en ville, c'est-àdire celle qui consiste à payer comptant ou tout au moins à très courtes échéances : quinze jours ou un mois par exemple? C'est si facile à réaliser, un peu fastidieux de détail peut-être, un peu compliqué comme comptes journaliers, mais quel repos d'esprit et quelle sécurité on éprouve à sentir sous ses pas la terre ferme! Quelle que soit la situation de fortune, on est riche alors qu^on ne doit rien ; on sait, en tous cas, exactement où l'on en est et si le. bilan se solde par un excédent ou par un déficit.

En réglant à mesure de l'achat, on aura encore l'avantage de pouvoir exiger des réductions sur les prix exoriïitants que les commerçants croient pouvoir demander à leurs clients. 11 est véritablement étonnant de constater la cherté de certaines denrées alimentaires à la campagne, et, bien souvent, celles de première nécessité n'échappent pas à cette règle. Dans les pays à cidre, par exemple, le vin — même depuis les dernière dégrèvements — est hors de prix.

11 me souvient, lors d'un séjour récent en Normandie, de n'avoir pas pu trouver de vin ordinaire au-dessous de 90 centimes la bouteille, lequel, très certainement, ne valait pas celui qui se paye couramment à Paris 40 ou 50 centimes.

Le chocolat, les biscuits, n'ont pas baissé pi'oportion-

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