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LE CRÉDIT

nellemeni avec le sucre comme cela devait avoir lieu. Quant aux produits spéciaux, tels que les cojaserves, le thé, il n'en faut pas parler. Le café lui-même, d'un usj^ge si courant, y est très cher. Il n'y a guère que l'alcool qui soit débité à un taux raisonnable — trop raisonnable, hélas!

11 n'y a pas lieu de s'étonner, après cela, quand on voit les petits boutiquiers de village faire rapidement fortune. Les propriétaires ruraux conviennent volontiers que le plus sûr placement, en même temps que le meilleur revenu, consiste à acheter des boutiques de village. 11 parait que cette spéculation rapporte, dans les pays riches, jusqu'à il et 12 p. 100.

Si les locataires consentent à cela et font encore fortune, ne faut-il pas en conclure, en bonne logique, que c'est le client qui en supporte les frais ? Le marchand, en procédant ainsi, dépasse son but, car lorsque le client à l'aise est fatigué d'acheter toutes les denrées deux fois trop cher, il se fournit soit à la \ille voisine, soit dans un grand centre par chemin de fer. Reste l'ouvrier qui, n'ayant pas d'argent d'avance, est bien obligé de se fournir sur place et paye, en somme, pour tout le monde.

Ces exigences sont véritablement inadmissibles et il serait de l'intérêt général de les faire diminuer, car c'est un des points importants de la vie économique à la campagne.

Le crédit. — Nous parlions tout à l'heure de crédit, disons en passant quelques mots des commerçants dont les agents parcourent les campagnes en vendant « à tempérament », c'est-à-dire avec paiement par traites échelonnées. Les uns débitent des produits alimentaires (de troisième ordre généralement), les autres tiennent le bibelot, les parures ou les bijoux, pour tenter les jeunes gens, voire même des meubles, de la literie ou de la toile, appât de la paysanne amie du solide, qui

52i LA VIE A LA CAMPAGNE.

rêve son armoire pleine ou ses filles pourvues d'une « coffrée » de linge.

Tous, vendeurs émérites, au langage fleuri, s'entendent à présenter habilement leur marchandise, à séduire Tacheteur naïf en le noyant sous un flux de paroles dont le refrain est : « vous paierez quand vous voudrez ».

Et quand Taflj^ire est conclue, le vendeur se frotte les mains, en se réjouissant du bon tour qui lui permet de réaliser un triple bénéfice : 1® en écoulant une marchandise douteuse ou d'un placement difficile ; 2° en la vendant plus cher qu'elle ne vaut réellement, bien entendu ; 3» en ne perdant rien dans le cas très fréquent de non achèvement du paiement total, puisque les sommes déjà versées lui restent acquises, en plus de sa marchandise, qui lui revient. Excellente opération, comme on voit, cependant, que la victime, tout d'abord enchantée, voit arriver avec terreur les traites avec une impitoyable régularité.

11 y a là un mal contre lequel il est bien malaisé de réagir : chez les ouvriers la difficulté d'acheter au comptant rend l'occasion bien attrayante, et, dans toutes les classes, on se laisse facilement tenter par un objet dont on n'a souvent pas un pressant besoin, sans se rendre bien compte qu'on le paye de celte manière beaucoup plus que sa valeur.

11 faudrait, dans la classe bourgeoise rurale tout au moins, refuser d'encourager ce genre de commerce et donner l'exemple, en s'imposànt la règle de ne jamais rien acheter sans avoir en main l'argent nécessaire au paiement.

On arriverait peut-être, par ce moyen, à faire disparaître la nuée de parasites qui s'abat périodiquement sur nos campagnes, s'engraissant surtout aux dépens du petit ouvrier.

La misère aux champs. — Nous voici arrivés à la question des rapports avec les pauvres; c'est de toutes la plus délicate, celle qui réclame le plus de tact et

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