LA MISÈRE AUX CHAMPS
d'habileté. Savoir discerner Tindigence réelle de celle qui est feinte ou exagérée, s'intéresser à la misère respectable, sans cependant décourager l'effort toujours possible chez les êtres les plus pervertis, considérer enfin la charité, non comme une bienveillante condescendance de la fortune, mais comme le plus impérieux des devoirs qu'elle impose; tels sont, à notre avis, les principaux caractères de cette mission sacrée, que la femme est tout particulièrement désignée pour exercer.
Il ne faut pas seulement donner, il faut encore enseigner. Nos frères les pauvres sont souvent de grands enfants pendant toute leur vie, avec un défaut auquel les enfants échappent : la routine. Avec un peu d'attention, un peu de sollicitude, que de choses on peut leur apprendre ! — choses si simples qu'on ose à peine penser qu'elles sont ignorées, et qui le sont pourtant.
Nous mentionnerons particulièrement quelques questions très négligées des paysans et à propos desquelles certains conseils pourraient être donnés avec utilité.
On répète volontiers que la pauvreté n'est jamais si terrible aux champs qu'à la ville. S'il y a du vrai dans cette affirmation, on l'a certainement beaucoup exagérée.
Une nombreuse famille à la campagne a un grand avantage sur la même à la ville : dès le seuil elle a plus d'air, de soleil, d'espace. Dès le seuil, mais ce qu'est l'intérieur d'une chaumière très pauvre, il faut l'avoir vu pour s'en faire une idée, il faut avoir respiré l'atmosphère de la chambre unique où s'entassent souvent pêle-mêle tous ses habitants.
Chose étrange, les paysans, qui disposent d'un espace beaucoup plus étendu que les citadins, s'enferment comme ceux-ci dans le plus petit cercle possible, — question de feu assez souvent, c'est vrai, — mais quel besoin de mettre trois, quatre lits et plus dans la seule pièce adoptée pour y vivre les vingt-quatre heures du jour ?
Le paysan le plus pauvre, le journalier par exemple,
dispose d'au moins deux pièces, sinon trois ; il lui est possible d'en réserver une pour la nuit et une pour le jour. 11 faut donc tâcher de déraciner cette habitude populaire d'habiter la même pièce, père, mère et enfants à la fois. Sans parler d'une promiscuité toujours fâcheuse, la question d'hygiène n'a qu'à gagner à une plus large répartition d'air respirable.
Quelques conseils seront encore utilement donnés sur les améliorations à apporter à l'intérieur, sur Tutilîté de la lumière et de l'air.
La propi*eté élémentaire sera enseignée, en ce qui concerne la tenue des ustensiles de ménage, le nettoyage du carreau ou de la terre battue, la propreté des lits et de la literie et, si c'est possible, celle des habitants ; ces deux dernières conditions sont de toutes les plus difficiles à obtenir.
Voilà pour l'intérieur. Quant à l'extérieur, que de choses encore à critiquer. L'emplacement du fumier, que le paysan met volontiei*s à la place d'honneur et juste devant la porte d'entrée, ce qui oblige les visiteurs à marcher dans un liquide nauséabond avant d'arriver — dans quel état! — jusqu'à cette porte.
La question très spéciale des lieux d'aisances vient tout naturellement ici. On ignore bien souvent dans les chaumières ce que c'est. 11 n'y existe même pas toujours de fosse; inutile de dire dans quel état sont les chemins et les abords de l'habitation avec cette coutunïe vmment primitive, sans compter que le jardin perd de ce chef un engrais qui, convenablement traité^ fournirait un apport point négligeable de fumure. D'ailleurs, aucun des braves gens habitués à cet état de choses ne songe à s'en étonner, et c'est au nom de la salubrité et de la propreté qu'il convient de protester pour eux.
Habitations ou vrières. — L'idéal serait d'attirer l'attention du propriétaire terrien sur tous ces points défectueux,