L'ÉDUCATION AGRICOLE FÉMININE
dans tous les autres, un progrès énorme sur elle-même : c'est ainsi que le nombre des collèges mixtes de technologie et d'agriculture, de 12 qu'il était en 1890, s'est élevé à 48 en l'espace de neuf ans.
En résumé, on peut conclure de ce qui précède que, si tout n'a pas encore été fait dans la voie de la préparation spéciale de la femme à la vie agricole, l'idée est dans l'air et qu'elle progresse. D'autre part, la jeune fille est moins récalcitrante à l'idée de rester ou même de venir habiter la campagne, et il n'est pas rare de voir des femmes de la ville, et du meilleur monde, accepter de vivre entièrement sur une exploitation.
Le retour à la vie rurale s'organise déjà; elle effraie moins, on s'aperçoit qu'on l'a négligée et calomniée et on lui revient avec joie. Et quelle belle existence large, saine, on y mène en effet ! Quels plaisirs calmes et quel noble labeur la remplissent. Qu'on nous permette de linir sur ces mots d'une femme pratique autant que supérieure, qui s'est tout spécialement occupée de la question : « 11 semble, dit-elle, que la vie agricole épure ce qu'elle louche ; elle est la mère des goûts modérés. Par la diversité des occupations, elle prévient l'ennui ; elle met l'homme plus près des œuvres de Dieu. Elle glorifie davantage le travail, et, si elle y attache moins de fortune, elle y met souvent plus de bonheur.
La vie agricole est donc morale. Ennemie de l'égoïsme et des goûts frivoles, elle développe l'énergie et peut la porter jusqu'à la vaillance. Elle enseigne de la façon la plus pratique que le bonheur de chacun est fait du bonheur de tous » (1).
(1) IV* Congrès international d Agriculture, 1900. Rapport de M"* Bodin, directrice de rÉcole de Coëtlogon.
II. — DISPOSITIONS EXTÉRIEURES ET INTÉRIEURES DE LA MAISON D'HABITATION
Le domaine de la femme, c'est la maison; la fermière a donc son avis à donner sur la construction ou le choix de la maison de ferme.
Sol. — Tout d'abord le sol sur lequel elle est bâtie sera sec : rhumidité, toujours désagréable et malsaine, est surtout à redouter à la campagne. Les terrains calcaires ou sablonneux sont préférables comme favorisant l'écoulement des eaux. On pourra s'assurer, en tous cas, qu'il n'y a j>as d'eau stagnante à proximité. 11 est facile de reconnaître qu'un logement est humide; l'impression toute spéciale qu'on ressent en y pénétrant est assez caractéristique : le froid î( vous tombe sur les épaules », comme on dit. En outre, les tentures ou les murs sont couverts de larges taches blanchâtres, voire même de moisissures. 11 ne faut jamais accepter d'habiter dans une maison où l'humidité se manifeste ainsi. La liste est longue des maladies qui se développent ou s'aggravent dans ce milieu, qui leur est particulièrement projMce : maladies des yeux, des organes de la respiration, douleur», anémie, etc.
Voici un moyen de s'assurer si une maison est humide ou non. Il suffit d'y poser un vase plein de chaux vive telle qu'elle est au sortir du four, 500 grammes par exemple. Au bout de vingt-quatre heures on pèse la chaux et, si elle a subi une augmentation de 1 gramme seulement, la pièce est habitable ; si on trouve 5 ou 6 grammes ou plus d'augmentation, l'humidité y est excessive.
Les maisons neuves ne doivent être habitées que lorsque l'évaporation de l'eau et l'odeur des peintures ont disparu, c'est-à-dire quatre ou cinq mois après l'achèvement de la construction. On peut hâter ce moment en faisant de grands feux et des courants d'air.