ALLAITEMENT
le saisira bientôt et on le mettra aussitôt au sein.
Il peut encore exister un vice de conformation qui prévienne la succion, auquel cas le médecin fera le nécessaire pour supprimer la difficulté.
Le besoin de sommeil peut aussi être la cause du refus du bébé de téter, aussi faut-il éviter de le réveiller pour le faire boire de force. Mais les difficultés proviennent, le plus souvent, de la nourrice : le bout du sein, ou mamelon, est mal conformé, trop court, ou même rentré dans le sein par suite de Tengorgemenl produit par l'afflux de lait; le moyen classique est de faire venir un nourrisson robuste et de le mettre au sein de l'accouchée ; il forme le mamelon par sa succion plus puissante et fait monter le lait; il n'y a plus qu'à le remplacer par le nouveau-né, qui continuera. S'il se fatigue bientôt et refuse de persister, on pourra le mettre au sein de la nourrice pour lui apprendre à téter, il fera venir du lait sans effort, ce qui l'encouragera à recommencer.
On n'a pas toujours sous la main la nourrice et le nourrisson nécessaires à l'expérience, auquel cas il faut recourir à d'autres moyens.
On peut essayer de poser une espèce de ventouse, en appliquant au sommet du sein le goulot d'une bouteille préalablement remplie d'eau très chaude, puis vidée ; la vapeur, en se condensant, laisse un vide qui attire le mamelon au dehors. On aide encore au succès de cette manœuvre en manipulant doucement, une fois la bouteille retirée, le mamelon entre les doigts, pour lui conserver sa forme avant de l'introduire dans la bouche de l'enfant. Inutile de répéter que les mains qui touchent aux seins doivent être soigneusement lavées à la brosse et méticuleusement propres ; d'ailleurs nous reviendrons plus loin sur ce sujet spécial.
L'enfant sera mis très régulièrement au sein toutes les deux heures le jour et deux ou trois fois la nuit, dans les premiers mois. On peut l'y laisser environ dix minutes,
mais il est impossible d'établir une règle à ce sujet. On donnera alternativement un seul sein par tétée jusqu'au troisième mois, où on pourra alors donner les deux. Certains bébés prennent ce qui leur est nécessaire en quatre minutes, tandis que d'autres restent quinze et vingt minutes au sein ; on voit vite quel est le genre de tempérament de l'enfant et, s'il est nerveux, vif, glouton, on fera bien de ne pas dépasser six à dix minutes; au contraire, s'il est lymphatique, lent et paisible, on sera obligé de lui laisser plus de temps, c'est-à-dire quinze et même vingt minutes, pour absorber la même quantité de lait. Dépasser ce temps est certainement inutile et très probablement nuisible ; on fait courir plus de dangers aux enfants en leur donnant trop que trop peu. Pauvres petites outres qui ne demandent qu'à s'emplir; pauvres petits estomacs tout neufs, auxquels on impose une distension et une digestion disproportionnées avec leur capacité et leur force ; pauvres petits organes qui ne peuvent digérer, assimiler l'énorme quantité d'aliments qu'on leur impose. La croyance populaire a été jusqu'à créer un dicton : « Enfant rejetant, enfant devenant », voulant dire par là que l'enfant, pour avoir assez de lait, doit absorber, puis rejeter le surplus. Peut-on s'étonner, dès lors, de la fréquence des gastrites, des entérites et de toutes les fâcheuses maladies de l'estomac ou de l'intestin ? Beaucoup de praticiens assurent qu'elles datent bien souvent de l'enfance.
Il y a là une grave erreur à combattre. En réalité, un enfant bien portant ne doit pas plus rejeter qu'une grande personne bien portante. On doit plutôt le laisser un peu « sur son appétit », comme on dit, que de lui faire absorber une quantité inutile de lait, fût-elle minime.
Le meilleur moyen de constater si le bébé augmente régulièrement est de le peser sinon chaque jour, au moins toutes les semaines, et d'établir la moyenne par jour; cette moyenne seule est importante.