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CHAPITRE V

(Amen, Alléluia, Dominus vobiscum, Fax tecum, Kyrie eleison, Deo gratias.)

On peut classer soûs ce titre un certain nombre de formules qui ne sont ni des antiennes, ni des répons, ni des oraisons, et qui dans leur brièveté expriment un souhait ou sont une affirmation de la foi. On les appellerait aujourd'hui des oraisons jaculatoires. Plusieurs sont empruntées à l'Ancien Testament ou au Nouveau, comme Amen, Alléluia, Fax vobis, Dominus vobiscum. Les chrétiens des premiers âges aimaient ces formules dont ils se servaient comme d'un salut, d'un signe de ralliement ou de reconnaissance, presque comme d'un mot de passe. Leurusage s'est perdu parmi les chrétiens d'aujourd'hui, ou du moins est devenu fort rare ; les moines et les religieux qui, en qualité de disciples parfaits du Christ, veillent à ne perdre aucune des traditions évangéliques, ont gardé quelquesunes de ces formules, par exemple le Deo gratias, dont ils se servent même en dehors de la liturgie. Mais c'est dans la liturgie que la plupart de ces invocations se sont le mieux conservées ; elles s'y retrouvent comme des reliques de la prière la plus antique, et attestent, par leur présence dansles liturgies de tous les pays chrétiens, l'unité de prière et de culte à l'origine ; elles sont comme ces matériaux antiques

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encastrés dans un édifice moderne. A ce point de vue, leur étude a une réelle importance.

i.Amen. — L'Amen est un mot hébreu très anciennement employé chez les Juifs. Lorsque les lévites, sur l'ordre de Moïse, prononcent les malédictions contre l'idolâtre, le voleur, l'adultère, à toutes les malédictions, le peuple répond : Amen (1). C'est une affirmation: il en est ainsi, ou : en vérité. C'est aussi en ce sens que le Christ l'emploie souvent en ses discours, et les apôtres gardèrent cet usage qu'ils transmirent à l'Église. Saint Jean dans l'Apocalypse, saint Paul dans ses épîtres s'en servent comme conclusions de formules déprécatoires :

« Grâce soit à vous et paix par Celui qui est et qui était et qui viendra... et par Jésus-Christ qui nous a aimés et a fait de nous son royaume et ses prêtres pour Dieu son Père ; à Lui la gloire et l'empire dans les siècles des siècles. Amen. » Et encore :

« La grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ soit avec vous tous. Amen. »

Saint Paul l'emploie fréquemment à la fin de ses épîtres : « La grâce soit avec toi. Amen. Que la grâce de Dieu soit avec vous tous. Amen. Que la -grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ soit avec votre esprit. Amen (2). »

Il nous dit, du reste, formellement qu'amen est employé comme une sorte de réponse à une bénédiction ou à une oraison : a Si vous bénissez en esprit, comment celui qui explique pourra-t-il dire amen, après ta bénédiction, si tu ne sais pas toi-même

(1) Deut. xxvT, 15 seq.

(2) Apoc. I, 5, 6. — li)., XXII, 21. — Tim. vi, 21. — Tit. m, 15. ~ Philip. IV, 23.

PRIÈKE AA'TIQUE, 2**

ce que tu dis (dans ta bénédiction)? (I Cor. xiv, 16.)

Le sens est, on le voit, tantôt une affirmation ou tantôt un vœu ; il en est ainsi, qu'il en soit ainsi.

Le mot amen dans la liturgie romaine a été rattaché à certaines formules avec le sens d'affirmation : Par notre Seigneur... qui vit et règne dans les siècles des siècles. Amen. Gloire au Père... comme il était... et dans les siècles des siècles. Amen. Ainsi Vamen se trouve dans la liturgie catholique à la fin de toutes les oraisons et de tous les psaumes, à la fin des hymnes, et en général à la fin de tous les offices : souvent aussi à la fin de l'Évangile.

Saint Justin et d'autres Pères nous disent qu'après la prière eucharistique le peuple répond : Amen. Cette réponse est restée dans plusieurs liturgies après la consécration ; c'est une grande idée liturgique ; c'est l'acte de foi des fidèles en l'efficacité des paroles sacramentelles. Dans ces mêmes liturgies, le peuple répondait aussi Amen en recevant le corps du Seigneur ; le fait peut être considéré comme général. Il paraît que Novatien, un hérétique du tii« siècle, au lieu de faire répondre Amen par ses partisans après la communion, leur ordonnait de dire : Je ne reviendrai pas à Cornélius » (qui était le pape légitime) (1). Sainte Perpétue raconte dans sa vision que, tandis qu'elle reçoit l'Eucharistie, ceux qui l'entoijrent répondent Amen.

Saint Cyrille de Jérusalem nous dit qu'on scelle le Pater par Amen (2).

(1) Saint Justin, Apol., I, c. 6:5 ; Eus. E., IL, VI, 33. Cf. Weber, la Amen i^vatigeiicutn, lenae, 1134 ; Rleiasmith, Diss. philoi. de partie. 'A(JLr;V, Rintel, 1697 ; autre dissertation sous le même titre par J. Treffenlich, Lips , 1700.

(2) Cat. œyst. 5.

Voyez aussi nos articles sur Ameo et AUeluia, dans notre DIct. d'archéologie et do liturgie, au t. I.

2. Alléluia. — L'A //e/ta'a est aussi une formule hébraïque qui peut se traduire par /aMs/>eo (louange à Dieu";, ou laudate Deum (louez Dieuj. C'était pour les Juifs un chant de joie et de triomphe. On le trouve employé dans plusieurs psaumes avec cette signification, par exemple le -104e, le iOo% le 106% le 134% etc., mais surtout dans les psaumes 113 à 118, qui forment ce que les Hébreux appelaient le hallelou. grand alléluia.

Les chrétiens en héritèrent. L'Ëglise, qui adoptait les psaumes, devait prendre avec eux Fa/Ze/wia attaché à plusieurs d'entre eux. « L'histoire de Valleluia, dit le cardinal Pitra, est à elle seule un poème (1). » Saint Jean l'entend chanter par la voix des grands tonnerres : « J'ai entendu comme la voix d'une grande trompette, et comme la voix des grands tonnerres disant : alléluia, parce que le Seigneur notre Dieu tout-puissant a régné (2). » Les fidèles s'en servaient en dehors de la liturgie comme d'un cri de joie, dans les travaux des champs ou les exercices nautiques. En 429, les Bretons chrétiens d'Angleterre attaquent leurs ennemis au cri répété de Valleluia, qui enflamme leur courage et leur donne la victoire (3).

On raconte que, durant la persécution des Vandales en Afrique au V siècle, les barbares entrèrent dans une église, et le lecteur fut atteint dune flèche à la gorge pendant qu'il chantait ïalleluia (4).

Saint Grégoire pape, à la fin du vi^ siècle, s'écrie, émerveillé, dans un de ses livres : « Voilà que la langue des Bretons, qui ne savait jusqu'alors que broyer

(1) Hymaographie de l'Eglise grecque.

(2) Apoc. XIX, 6.

(3) Sid. Apol. 1. II, ep. 10 ; Beda, H. E.ï, c. 20.

(4; DepoTsec. Vuudal., 1 (Migne, P. L., t. LVlll, p. 197).

des mots barbares, a commencé à faire résonner V alléluia dans l'ofTice divin (1) ».

Comme nous retrouvons Yalleluia dans toutes les liturgies, il est probablement, ainsi que Vamen, une de ces pierres de la liturgie primitive qui ont subsisté à travers les âges.

Dans la liturgie actuelle, il a d'abord sa place à la messe. Il était employé par les Juifs avec les psaumes alléluiatiques chantés à la fête de Pâque. Si l'on adopte la théorie de Bickell, il fit partie de la liturgie de la première cène, qui n'est autre dans ses lignes principales que la liturgie pascale juive. C'est donc par cette voie que l'ai/e/wia s'introduisit dans la messe. Mais sa place varie ; dans le gallican et le mozarabe, il est après l'évangile, à la procession de l'oblatiori ; il a également cette place en Orient. Dans la liturgie romaine, il est après le graduel, avant l'évangile. On dit qu'il fut importé dans l'Église romaine, au temps de saint Damase, par les soins de saint Jérôme (2). Sa présence à côté du graduel rappelle l'époque ancienne où il y avait encore à la messe deux leçons ; le graduel était chanté après la leçon prophétique, Yalleluia après l'épître. La leçon prophétique ayant disparu presque à toutes les messes, graduel et alléluia se trouvent aujourd'hui rapprochés (3). Mais son caractère, comme celui du graduel ou du trait, est d'être subordonné à une lecture dont il est la suite ou le couronnement.

Avant saint Grégoire, on ne chantait Yalleluia que pendant le temps pascal ; il paraît même qu'à une

(1) Moral, 1. XXVII, c. viii.

(2) Cf. Migne, Patrol. lai., t. XIII, 1210, n. 15.

(3) Duchesne, Origines du cuite, p. 160.

époque on ne le chantait que le jour de Pâques (1).

Il a pris à la messe une grande importance. On le fait suivre d'un verset de psaume ; c'est un répons, une vraie psalmodie. On le chante sur un rythme joyeux, suivi d'un idiomèle, ou « jubilatio », qui a son histoire aussi dans la liturgie. Cette série dénotes sur le dernier a de Valleluia fît naître l'idée démettre des paroles sous les notes; les paroles à leur tour entraînèrent un développement de la mélodie. Ainsi naquit la prose ou séquence, qui ne fut à son origine qn'un prolongement de Valleluia chanté surunrythme identique, et qui ensuite eut son autonomie.

Ce caractère de joie fît qu'on retrancha Valleluia à la messe des obsèques, à une époque où les funérailles prirent un caractère de tristesse qu'elles n'avaient pas à l'origine. Au iv^ et au V siècle, on ensevelit encore les morts au chant de Valleluia ; les liturgies grecque et gallicane conservèrent cet usage.

La suppression de Valleluia est donc un signe de deuil ; c'est pour cette raison qu'on le supprima les jours de jeûne, de vigile, pendant tout le Carême. Enfin, sous Alexandre II, on le supprima depuis la Septuagésime jusqu'au Samedi saint. Cette suppression donna même naissance à une cérémonie touchante : on disait adieu à Valleluia, comme à une personne dont on prend congé. Nous en retrouvons un exemple curieux, et peut être le plus ancien que l'on connaisse en liturgie dans une antienne ad crucem du rite ambroisien, au premier dimanche de Carême :

(1) S. Greg., ep. ix, 12 (26; ; Sozomène, H. E. VII, 19. Mais Sozomèae veut dire probablement tout le temps pascal, car saint Augustin nous dit formellement qu'on le chante durant tout ce temps. ^J Jaa., ep. \\^ (al. €3).

Alléluia, fermez et scellez cette parole, alléluia; qu'il reste en repos clans le secret de votre cœur, alléluia, jusqu'au temps fixé ; et avec grande joie vous direz quand le jour viendra: alléluia, alléluia, alieluia (1).

Il reparaissait au Samedi saint avec une grande solennité ; et pendant tout le temps pascal on en fait un grand usage : il y a deux alléluia à la messe, et Valleluia se retrouve à la fin de toutes les antiennes et des versets (2). En dehors de la messe, Valleluia est souvent employé comme antienne et comme répons» surtout dans le temps pascal.

3. Dominus vobiscum. — La place du Dominus vobiscum et de la réponse : Ft cum spiritu tuo, est encore plus importante peut-être dans la liturgie que celle de l'a/Ze/uia. C'est la traduction du mot hébreu Emmanuel^ nobiscum Deus, Dieu avec nous. On s'en servait chez les Hébreux comme d'une formule de salutation. Booz salue les moissonneurs de ces paroles : le Seigneur soit avec vous, et ceux-ci répondent : que le Seigneur vous bénisse (Ruth, ii, 4). On trouve encore dans l'Ancien Testament cette salutation sous ces différentes formes : Que le Seigneur votre Dieu soit avec vous, Le Seigneur soitavec vous, Le Seigneur sera avec vous, Que le Dieu de Jacob soit avec vous, Le Seigneur Dieu des armées sera avec vous. Je suis avec vous, dit le Seigneur, etc. Dans le Nouveau Testament l'ange Gabriel salue la sainte Vierge de ces paroles: «c Ze Seigneur est avec vous ». Dans saint Paul, la salutation est exprimée sous cette forme : Que la

(1) Excod. add. 34.209. Mus. Brit., p. 146. Un autre curieux exemple dans Nilles, Kalendariutn manuale, t. II, p. 16.

(2) La suppression de Vullolnia du Carême et son usage préfiondérant durant le temps pascal remontent très haut. Saint .Augustin, le vi» concile de Tolède et la règle de saint Benoit au ¥!■= siècle y font allusion.

grâce du Seigneur soit avec vous, Le Dieu do paix et d'amour sera avec vous, Le Dieu de paix sera avec vous, etc. (1).

L'usage liturgique du Dominus vobiscum avec sa réponse est devenu très fréquent dans toutes les liturgies. Rien de plus expressif et de plus solennel que ces paroles quand elles sont mises dans leur cadre. C'est la formule ordinaire de salutation du prêtre aux fidèles dans l'assemblée chrétienne. Dans l'oraison, le prêtre ou l'évèque va être le porte-paroles de tous les fidèles ; il résume leurs demandes ; il est le pontife qui offre à Dieu leurs prières ; avant donc de se faire leur interprète, il se tourne vers eux en leur disant : Dominus vobiscum, que le Seigneur soit avec vous, et le peuple lui répond : Qu'il soit avec votre esprit pendant que vous allez formuler nos j)rières . Et quand le pontife a prononcé tout haut l'oraison, le peuple répond : Amen^ comme pour dire : il en est ainsi, vous avez bien exprimé notre prière (2).

Le Dominus vobiscum a donc naturellement pris place avant toutes les collectes, toutes les oraisons, soit à la messe, soit à l'office divin, avant toutes les préfaces, et aussi avant la lecture de l'Évangile. Le diacre pour cette dernière circonstance a le droit de dire Dominus vobiscum. Le prédicateur, avant d'annoncer au peuple la parole de Dieu, avait aussi autrefois l'habitude de commencer par la même invocation.

4, Pax lecum. — Le Pax tecum ou vobiscum, ave<; la réponse : et cum spiritu tuo, est, comme le Dominus

(1) I Par. XXII, 18 ; II Par. xv, 2 ; xx, 17 ; Tob. vii, 15 ; Amos, V, 14 ; Aggée, i, 13 ; Luc, i, 28 ; Rom. xvi, 20 ; I Cor. xvi, 23 ; 11 Cor. xiii, 11, etc.

{2j Cf. plus haut, p. 53, collectes.

vobiscum^ une formule de salutation usitée chez les anciens Juifs. Dans la Genèse, Joseph salue ses frères de ces paroles: « Que la paix soit avec vous, ne craignez pas. » Dieu dit à Gédéon : « La paix soit avec toi, ne crains pas. » Le Seigneur, après sa résurrection, apparaissant à ses apôtres, leur dit: « La paix soit avec vous. » Saint Paul emploie souvent dans ses épîtres la formule : « Que la grâce et la paix soient à vous (1). »

Cette salutation se retrouve, comme les formules précédentes, dans toutes les liturgies. Elle remplaça parfois avant la collecte le Dominus vobiscum. Le concile de Braga en 563 ordonne aux évèques et aux prêtres d'user de la même salutation : Le Seigneur soit avec vous. Ailleurs le Pax vobiscum fut réservé aux évèques. Les formules Paix à tous. Paix soit à vous, avec la réponse : Et que la paix soit à votre esprit, sont attestées par saint Jean Chrysostome, qui dit que Tévêque saluait les fidèles par ces paroles en entrant dans l'église (2). Dans la liturgie, le Pax Iccinn a été rattaché au baiser de paix, qui est la cérémonie de la charité Ou de la réconciliation. '

Mais c'est surtout dans la liturgie funéraire que la formule ou des formules similaires ont trouvé place. On lit danslesplus vieilles inscriptions les mots : Paix; Danslapaix; Paixàtoi ; Paixsoitavecvous; Vivez dans la paix ; Qu'il repose en paix ; Que la paix du Christ soit avec toi; Ame très pure, repose en paix; Adieu dans la paix; Dors dans la paix du Seigneur ; Il dort dans le sommeil de la paix ; Laurinia plus douce que le miel, repose en paix (3) !

(1) Gen. iLiii, 23 ; Judic. vi,23 ; Joh. xx, 19, 2C. ; xiv, 27, ; etc.

(2) Homil. m in cos qui Pascha jejunant.

(3J Le Blant, Inscr.chrét. de la Gaule. I, 264 étal. Voyez pour

En certains lieux, la Paix soit avec vous fut employée par le prédicateur comme salut au commencement de son discours. Le peuple répondait : et avec votre esprit.

5. Kijrie eleison. — Parmi les acclamations et les invocations liturgiques, il faut encore placer le Kyrie eleison, dont la traduction est, Seig-newr, ayez pitié de nous. On le retrouve dans les prophètes : « Seigneur, aie pitié de nous, car nous t'avons attendu... Seigneur, aiepitié(l); » et dans l'Évangile: «Aie pitié de nous, fils de David, » s'écrient les aveugles de Jéricho. « Aie pilié de moi, fils de David, » dit la Chananéenne ; et les dix lépreux, en voyant Jésus, s'expriment ainsi : « Jésus, notre maître, aie pitié de nous (2). » Le sens est donc bien déterminé par cet usage ; ce sont les malades, les malheureux de ce monde qui demandent grâce, qui implorent la merci du Seigneur. Ces paroles devinrent la supplication des chrétiens au milieu de leur misère, leur cri vers le ciel pour fléchir la colère de Dieu, ou obtenir miséricorde. La formule est si populaire et en même temps si antique, qu'on l'a conservée dans sa forme grecque, quoiqu'on ait en latin l'équivalent : Miserere nobis. Les deux formes se COudoienten quelque sorte, c'est un doublet liturgique. La forme grecque K'jo'.e èXerjffov, qui s'est maintenue dans laliturgie romaine, est un des rares souvenirs de la langue primitive de cette liturgie qui fut incontestablement la langue grecque jusque vers le milieu du iii^ siècle.

toutes ces formules Martigny, DIcl. desantiq. chrct.^Y'^ In Pace, et surtout Northcote, Epltaphs of thc catacombs, London, 1878 (Le cliapitre v). Cf. plus loin le chapitre xxxiii, sur les morts.

(1) Is. XXXIII, 2 ; Baruch, m, etc.

(2) Mattli. XV, 22 ■ xx, 30 Luc, xvii, 13.

Le Kyrie est employé surtout dans cette forme de prière qu'on appelle litanique (Xiraveia, supplication). Elle consiste dans l'énoncé d'une demande adressée à Dieu par le diacre ou par le prêtre; le peuple, et quelquefois un chœur d'enfants, faisait suivre la demande de ces mots : Seigneur, ayez pitié.

Voici la véritable forme, la forme antique de la litanie que nous lisons dans les Constitutions apostoliques.

« Le diacre se lève, monte sur un lieu élevé, impose le silence, et dit : Catéchumènes, priez. Tous lesfidèles se mettent en prière pour les catéchumènes, prient et disent : Kyrie eleison. Le diacre reprend : « Invoquons tous Dieu pour les catéchumènes, afin que lui qui est bon et qui aime les hommes, écoute leurs prières et, les accueillant avec faveur, il leur accorde leurs demandes comme il leur est expédient.

« Qu'il leur révèle l'Évangile de son Christ; qu'il les illumine, qu'il les instruise dans la connaissance divine, qu'il leur apprenne les commandements.

« Qu'illeurinspireune crainte pure et salutaire; qu'il ouvre l'oreille de leurs cœurs, afin qu'ils s'occupent nuit et jour de sa loi. » Le diacre continue sa prière pour les catéchumènes, et àchacunede ses demandes le peuple et les enfants, s'associant à lui, répondent Kyrie eleison.

La litanie fut employée un peu à tous les offices ; la Peregrinaiio Silvias nous apprend qu'on la récitait à l'office de nuitet à vêpres ; les Constitutions apostoliques témoignent de son usage à la messe (1). Au vf siècle, d'après la règle de saint Benoît, lalitanie accompagne

(1) La Peregrinaiio. Hite Peregrinatio SJIvJne, mais dont l'auteur n'est en somme pas connu, est un document du iv' siècle que nous aurons souvent à citer dans la suite.

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à tous les ofTices le Pater. Cet usage du Kyrie avec le Paferdevait être général à cette époque. On leretrouve ailleurs, notamment à l'absoute des morts, qui est fort ancienne.

Dans les liturgies orientales, sa place est vers la fin de la messe des catéchumènes, c'est-à-dire un peu avant l'offertoire. Dans la liturgie romaine, elle est au commencement de la messe ; nous la voyons sous sa forme la plus complète à la messe du Samedi saint. Ici la litanie forme le début de la liturgie de la messe ; ce fut probablement d'abord sa vraie place (1). On verrait en procession à l'église oîi devait avoir lieu la célébration des mystères. Durant la procession on chantait la litanie ; le cortège arrivé, on commençait la messe. Cette litanie du Samedi saint est aussi conservée dans toute son ampleur ; c'estla vraie litanie orientale avec ses invocations, ses demandes énoncées par le chantre et la réponse du peuple : nous t'en prions, écoule-nous, on délivre- nous, Seigneur. Sans doute plusieurs de ces invocations sont récentes, notamment dans les noms des saints, mais le fond, ainsi que le fait remarquer Tabbé Duchesne après Bona et d'autres liturgistes, est très ancien : c'est bien la litanie du iv° et du v siècle.

Dans les messes aux autres jours de l'année, la litanie a été réduite à sa plus simple expression ; il ne reste plus que les neuf invocations initiales Kyrie eleison, Christe eleison. Houles les demandes, toute la partie du diacre se trouvent supprimées, et le peuple n intervient plus; la litanie n'est plus qu'un dialogue entre le prêtre et son servant. De plus, la litanie, en passant de l'Église grecque dans l'Église latine, a subi

(1) Duchesne, Origines du culte, p. 156.

une autre modification. Le Kyrie eleison, au lieu d'être la réponse aux invocations, n'a été conservé qu'aux •trois invocations du commencement et de la fin des litanies. Saint Grégoire avait déjà remarqué cette différence entre les Grecs et les Latins (1).

Au v« siècle, la litanie revêtit une forme plus solennelle encore ; saint Mamert, évêque de Vienne, à la suite de grandes calamités qui avaient frappé son peuple, institua trois jours de prières publiques qui furent appelées ^o^'ofions ou Zttomes. Il y avait une grande procession durant laquelle on chantait les diverses invocations avec la réponse du peuple : Seigneur, ayez pitié. L'usage en est resté dans l'Église, qui consacre à ces supplications les trois jours qui précèdent l'Ascension. Dans les longues processions, ce cri de détresse, cet appel suppliant au Seigneur après chaque invocation finit par produire dans l'âme une grande impression religieuse.

Il y avait déjà à Rome le 25 avril, fête de saint Marc, une procession de même genre qui reçut le nom de Grande Litanie, tandis que les Rogations étaient appelées Petites Litanies (2).

L'Église latine a, sur le modèle de la prière litanique ancienne, admis les litanies de la sainte Vierge et quelques autres litanies ; mais ces compositions sont d'époque plus moderne.

Le Kyrie eleison a été aussi employé comme acclamation dans les conciles.

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