Deo gratias. — Le-ctï» 0ecj) xap'Ç, ^^o gratîas, grâces
(1) Ep. XI, 12. Cf. Duchesne, I. c, p. 457.
(2) Les Rogations furent introduites à Rome vers l'an 800 • (cf. Duchesne, Origines du culte, p. 277), tandis que les Gaules en:kpruntaicnt à Rome la procession de saint Marc.
£oientàDieu,estencoreune de ccsformulesliturgiques très souvent répélces par les chrétiens des premiers siècles ; c|le dérive de l'usage apostolique. « Grâces soient à E)ieu, dit saint Paul, qui nous a donné la victoire par Notre-Seigneur Jésus-Christ (1). » Il devint de bonne heure familier aux chrétiens comme un cri de reconnaissance à Dieu et d'action de grâces. Quand le préfet dit à saint Cyprien . « Tu seras frappé du glaive », il répond : « J)eo gratias ». On retrouve la même réponse dans les actes de plusieurs martyrs (2). Dca gratias fut même pris comme nom-de personne, et il y eut en Afrique un saint de ce nom.
Du temps de saint Augustin, Z?eo gratias était devenu comme un cri de guerre pour les catholiques. Les hérétiques donatistes ou circoncellions ^ qui attaquaient parfois les fidèles avec une fureur sauvage, lui avaient substitué le cri : Deo laudes^ louange à Dieu. Mais saint Augustin protestait et recommandait à son peuple de garder fidèlement le Deo gratias. Il y a dans un de ses ouvrages cette apostrophe : « Que pouvonsnous concevoir de meilleur en l'esprit, prononcer de meilleur avec nos lèvres, écrire de meilleur avec notre plupae, que Deo gratias ? Aucune parole ne peut être plus courte à dire, plus joyeuse à entendre, plus grande à comprendre, plus fructueuse à pratiquer (3). »
Le grand docteur nous dit encore que les moines se saluaient entre eux par cette formule. Quand Evo-
(1) I Cor. XV, 57 ; II Cor. ii, 14.
(2) Cf. Le Blant, Actes des Martyrs, dans Mém. de l'Acad. des Itjscr., t. XXX, 2« p., p, 237.
(3) Quid melius et animo geramus, et ore probemu^, et calamo scribamus quam Deo gratias ? Hoc nec dici brcvlus, nec audiri lœtius, nec mtclligi gandins, nec agi fructuosius potest.
CRIÈRB AÎfTIQUB. 3
dius fut nommé comme successeur de saint Augustin, le peuple cria plusieurs fois Deo gratias, Christo laudes (1). « Dès que quelqu'un aura frappé à la porte du monastère, dit saint Benoît dans sa règle, ou qu'un pauvre aura crié, que le portier réponde : « Deo gratias (2). »
La formule s'est conservée dans les vieux usages monastiques; à l'appel du réveil matinal et dans quelques autres circonstances, les moines répondent par le Deo gratias.
Dans la liturgie, l'emploi du Deo gratias est presque aussi fréquent que l'amen. Après la lecture des leçons ou des capitules, qui ne sont que des leçons plus courtes, on dit Deo gratias ; on le dit aussi quelquefois à la fin de l'évangile, par exemple après l'évangile de saint Jean qui termine aujourd'hui la messe. Le Deo gratias est souvent employé comme répons à un verset : Tu autem, Domine^ miserere nobis : mais vous., Seigneur, faites-nous miséricorde., on répond : Deo gratias. Sous cette forme le Deo gratias termine aujourd'hui tous les offices liturgiques.
On rencontre dans la liturgie beaucoup d'autresformules qui sont d'un emploi moins fréquent, mais qui ont leur intérêt. Le Gloria tibi. Domine, Gloire à vous, Seigneur, à lalecture de l'évangile, est d'un usage général au ive siècle et se trouve dans la plupart des liturgies. Audi nos, Domine ; Juva nos, Domine ; Miserere nobis, Domine ; Ecoutez-nous, Seigneur, aidez-nous ; Seigneur, ayez pitié, sont mentionnés par saint Augustin ; Fxsurge,Christe, adjuva nos, Levez-vous, Christ, secourez-nous ; Laus tibi, Domine, lîex seternse glorias,
(1) S. Aug. in ps. cxxxii, 6; et ep. 110 de actis EvodiL
(2) Cap. LXM.
Louange à toi, Christ, roi de l'éternelle gloire ; Laus tibi, Christe, Louange à toi, Christ, ont aussi une saveur antique.
Les acclamations étaient surtout fréquentes dans les conciles. En 426, le même saint docteur rassembla dansTéglise de la Paix à Hippone un synode auquel il proposa d'agréer Héraclius comme son coadjuteur. Il nous dit que le peuple l'acclama avec ces paroles : Dec grattas, Christo laudes, Grâces soient à Dieu, louange au Christ, que l'on répéta trois fois ; dignum est,justum est, c'est digne et juste, répété huit fois. Puis on ajouta trois fois : Ecoute-nous, Christ, Vive Augus. tin! enfin on répéta huit fois ces mots : Sois notre père, sois notre évêque (1) I
C'est aussi peut-être dans cette même catégorie des acclamations qu'il faudrait placer \e Gloria Patri , gloire au Père, au Fils et au Saint-Esprit 'mdiis nous aurons à parler plus tard de cette formule, et des autres doxologies, qui ne sont au fond que des acclamations ^'i.
Nous ne pouvons mieux terminer ce chapitre qu'en citant ce qu'écrit le cardinal Pitra au sujet de ces diverses acclamations liturgiques. « Saint Paul, dit-il, en donne le modèle oans les invocations au Seigneur
(1) Aug., epist. 213 (al. 110). Ceux qui voudraient des renseignements plus complets sur la matière en trouveront abondamment dans Balinghem, Z>e oratiouibus jaculatorus, lib. IV asceticl, accedil, the'^aurus earumdem, Antuerpiae, 1618, et Solatium af/JiCtoruw, Coloniae, 1626.
(2) Cf. XIX., Culte do Noire-Seigneur el doxologies. Les autres acclamations que l'on rencontre sur les verres anciens, sur les anneaux des chréHens, sur leurs lampes, ont un intérêt archéologique, mais elles ne sont pas entrées dans l'usage liturgique. Cf. Martigny, Dictiounaire des antiquités cb'-etieunes, au mot Diptyques, et au mot Acclamations, et Smith, Dictionary of cljristiaa antiquilies, au mot Gospel. Voyez aussi notre atT- \ï:le Acclamations dans le Dietioaaaire d'archéologie chrétienae et dehlurgie (Letouzey).
Jésus, dans les doxologies et les salutations qui remplissent ses épîtres. Dans ces chants primitifs devait se refléter ce qu'il y a de plus naïf, de plus expressif, de plus familier dans Tart chrétien, ce qui se retrouve encore sur les tombeaux, sur les vases sacrés et privés, dans les galeries des cimetières, au seuil et sur les tables des sanctuaires, ce qui enfin a traversé tous les lieux et tous les âges, comme un héritage des premiers chrétiens, comme un lien des églises, en Orient et en Occident, l'acclamation du peuple fidèle, le cri de Fâme chrétienne. Aujourd'hui encore le soleil ne peut se lever sans entendre les mêmes voix retentissant au milieu des mêmes mystères (1). »
(1) H^mnograpbie de l'Eglise grecque, p. 34, 35.