‹ Le livre de la priére antiqueChapitre 23 sur 94 · I" PARTIE DE LA MESSE ; AVANT-MESSE OU MESSE DES CATÉCHUMÈNES · texte numérisé non relu

I" PARTIE DE LA MESSE ; AVANT-MESSE OU MESSE DES CATÉCHUMÈNES

La prière commence (1). Il n'y a pas d'introït. Au ive siècle seulement, après la paix de l'Église, lors-

(1) Ce qui suit, nous le répétons, est rigoureusement historique. Tous les traits sont mentionnés par des auteurs anté-

que le culte eut pris un plus grand développement et que le cortège de l'évêque vint solennellement de la sacristie à l'autel, on eut l'idée de chanter durant ce temps un psaume ; les chantres modulaient les versets,le peuple reprenait un des versets comme refrain, ou bien deux chœurs exécutaient successivement un verset du psaume. Ce fut l'introït, psaume d'introduction, que nous avons conservé en l'abrégeant. Le choix du psaume variait selon les fêtes et les époques de l'année. Quelquefois, àla place d'un psaume, on chantait un petit poème ou une acclamation, composés spécialement à cet effet, comme cet introït dans lequel semble encore vibrer l'enthousiasme des fidèles sur le tombeau des martyrs au jour des natalitia : « Réjouissons-nous tous dansleSeigneur, réjouissons-nous en célébrant ce jour de fête, en l'honneur du bienheureux martyr : sa passion a réjoui les anges qui louent, à cette occasion, le Fils de Dieu (1). » Au Samedi saint, qui a conservé les formes liturgiques les plus anciennes, il n'y a pas d'introït. La messe commence par le Kyrie (2).

L'évêque saluait l'assistance par ces mots : « Que la paix soit avec vous 1 » ou : « Que le Seigneur soit avec vous I » C'était la vieille formule de salutation, déjà usitée au temps des patriarches, etadoptéeparles chrétiens qui aimaient à s'aborder avec ces paroles (3).

rienrs au iv« siècle, ou bien sont des inductions liturgiques. La seule part d'arbitraire que l'on pourrait nous reprocher est le groupement, dans une seule église, d'éléments recueillis en divers lieux. Mais les auteurs liturgiques conviennent assez généralement de l'unité liturgique avant le iv» siècle.

(1) Paléographie musicalo, i897, p. 16,

(2) Le psaume Judica me, Deus. et les autres prières du commencement de la messe sont postérieurs ; mais la confession des péchés parait d'usage tout primitif.

(3j Voyez ci-dessus, p. 66.

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Tout de suite commençait la supplication ou litanie, l'une des formes les plus anciennes de la prière chrétienne. Le diacre formulait les demandes des fidèles (1).

Prions, disait-il, pour la paix et la tranquillité du monde ; prions pour la sainte Eglise catholique et apostolique, répan- ' due partout, afin que Dieu la conserve contre toutes sortes

d'attaques, jusqu'à la consommation des siècles Prions

pour tous les évêques du monde, qui annoncent partout les paroles de vérité. .. . Prions pour tous nos prêtres, prions pour les diacres... pour les lecteurs, les chantres, les vierges, les veuves et les orphelins.

Et la prière continue pour les néophytes qui ont récemment reçu le baptême; pour ceux qui donnent aux pauvres et à l'Église ; pour les frères malades; pour ceux qui voyagent sur terre ou surmer; pour les chrétiens qui travaillent dans les mines ; pour ceux qui sont en exil; pour ceux qui sont dans les prisons, ou dans les chaînes, à cause de leur foi ; pour ceux qui persécutent les fidèles. A chacune des invocations, le peuple répond : « Kyrie eleison. Seigneur, ayez pitié, écoutez-nous, exaucez-nous ! »

Cette prière litanique, qui remonte à la plus haute antiquité, comme en témoigne l'allusion aux martyrs et aux confesseurs condamnés aux mines ou à la prison, est une des plus éloquentes et des plus belles prières chrétiennes. Le fidèle, en étroite union avec celui qui récite ou chante la litanie, prie successivement pour tous les intérêts et tous les besoins de l'Église, pour tous ses frères dans le Christ, pour les évéques, les prêtres et tous les chrétiens en général,

(1) Cette litanie est une litanie antique, mais qui diffère de ceUe que nous avons donnée à la p. 70.

pour l'Église universelle, pour les vivants elles morts, pour les rois et les empereurs, pour la terre entière. C'est la véritable prière d'intercession; c'est une prière officielle et publique dans laquelle le fîdèleaconscience qu'il est un membre de cette Église universelle répandue sur toute la surface du monde ; et, élevant sa pensée au-dessus du cercle étroit de ses intérêts, il prie pour le bien de l'Église entière. Combien de chrétiens de nos jours, confinés dans la prière privée, j'allais dire égoïste, semblent oublier qu'ils font partie de l'Église catholique et que rien de ce qui est chrétien et humain ne doit leur être étranger 1

Nous avons encore, à la messe, un souvenir de cette prière célèbre dans le Kyrie eleison (1). Au Samedi saint la messe débute par une vraie litanie qui est sûrement d'origine fort ancienne. Ici les invocations sont restées, avec les réponses du peuple :

« Daignez protéger et conserver votre sainte Eglise. — B. Nous vous en prions, écoutez-nous.

« Daignez donner la paix et la vraie concorde aux princes chrétiens. — R. Nous vous en prions écoutez-nous.

« Régissez et conservez votre sainte Eglise ;

« Donnez et conservez les fruits de la terre ; nous vous en prions, écoutez-rious

f Donnez à tous les fidèles défunts le repos éternel ; nous vous en prions, écoutez-nous. »

Cette prière litanique est immédiatement suivie, dans la liturgie antique, d'une prière sous forme de collecte qui lui est étroitement unie (2).

Dans les fameuses oraisons que nous chantons en-

(1) Cf ch. V.

(2) Cf. ci-dessus, p. 69,

core au Vendredi saint, on croit entendre l'écho de ces prières des catacombes :

Prions, frères bien-aimés, prions Dieu le Père tout puissant de purger le monde de toute eiTeur ; de guérir les maladies ; de chasser la famine ; d'ouvrir les prisons ; de faire tomber les liens des prisonniers ; d'accorder aux voyageurs le retour, aux infirmes la santé, à ceux qui naviguent le port du salut. Prions, fléchissons les genoux.

Les fidèles se prosternaient, priaient en silence jusqu'à ce que le diacre leur dît : « Levez-vous. »

Alors le prêtre disait la collecte, c'est-à-dire qu'il résumait les prières de tous :

Dieu tout-puissant et éternel, consolation de ceux qui sont dans la tristesse, fofce de ceux qui travaillent, que les prières de tous ceux qui soufl'rent arrivent à vous et que tous se réjouissent, dans leurs difficultés, d'avoir éprouvé votre miséricorde.

Les fidèles répondaient Amen en sigtlfe d'asâenliment, comme f)OUr dire au pontife : « C'est bien, il bn est ainsi, vous avez bien exprimé ftotre prière I » C'est par cet échange de demandes et de réponses que les fidèles se tenaient en étroite uniori avec le prètrje ; il n'y avait vraiment qu'Une prière et qu'un sacrifice auxquels tous participaient.

La prière collective est restée à la messe après le Kyrie; mais le Gloria in excelsis, qlii lui-même est une ÛBÉ plus belles et des plus anciennes hymnes, vient assez souvent séparer ces deux prières qui en principe devraient rester unies.

Ici se plaçaient diverses lectures. Elles étaient ordinairement choisies dans la Bible, et l'on suivait cette gradation : d'abord les Livres de la loi ou des pro-

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phètes, puis lesÉpîtres ou les Actes des apôtres, enfin l'Évangile. Mais on ne s'en tenait pas rigoureusement à la Bible. Dans quelques chrétientés, par ignorance ou défaut de surveillance, on laissa lire des ouvrages comme le Pasteur d'Hermas, Tépître dite de saint Barnabe, ou même des livres moins recommandables, comme le faux évangile de saint Pierre ou les apocryphes Clémentins. On lisait aussi quelquefois des lettres d'églises ou d'évéques avec lesquels on était en communion, par exemple les épîtres de saint Clément, celles de saint Ignace et de saint Polycarpe, de saint Cyprien et de saint Corneille. Bientôt même on fîtplace à la lecture des actes des martyrs dans certaines églises. On voit par là combien cette partie de la messe était vivante; si j'ose le dire, elle donnait à la messe sa note d'actualité. Qu'on imagine, par exemple, les sentiments que devaient éprouver les fidèles en écoutant la lecture d'une lettre récemment reçue de leurs frères de Lyon qui étaient en prison pour le Christ, dont quelques-uns avaient déjà subi la torture, le chevalet ou les ongles de fer, et qui entendaient les rugissements des fauves destinés à les dévorer dans quelques jours, peut-être dans quelques heures I « Lecture de la lettre des églises de Vienne et de Lyon : les serviteurs du Christ qui sont à Vienne et à Lyon, dans la Gaule, aux frères d'Asie etde Phrygie,qui ont la même foi et la même espérance de rédemption que nous, paix et grâce et gloire par Dieu le Père et par le Christ notre Maître I »

C'était l'évêque qui avait la responsabilité de ces lectures; il choisissait les livres à lire, et dans chacun il désignait les passages pour la messe. Le choix de ces livres était une grosse affaire, il y fallait du dis-

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cernement. Les livres delà Bible n'étaient pas, comme aujourd'hui, en un volume approuvé par toute l'Église, et dont le caractère officiel n'est pas contestable. La plupart formaient des volumes séparés ; des hérétiques et des faussaires cherchaient à introduire frauduleusement, dans la collection sacrée, des livres apocryphes ou, au contraire, à en retrancher les ouvrages ou les textes qui les gênaient : c'est ainsi, parexemple, que l'Apocalypse n'avait pas encore obtenu droit de cité dans quelques églises, au m" siècle. Déjà certains livres de la Bible se lisaient à une époque fixée de l'année; mais on était loin d'avoir distribué, comme aujourd'hui, toute la Bible en une série de lectures qui embrassent tout le cycle liturgique. Il fallut au moins deux ou trois siècles pour en arriver là.

Les lectures se faisaient d'un endroit élevé, afin que tous pussentvoir et entendre le lecteur. Saint Cyprieu compare cette chaire ou ambon à la tribune des magistrats romains (1).

Dans notre messe actuelle, les lectures sont généralement réduites à deux, celles de l'épître et de l'évangile. Cependant un certain nombre de messes anciennes, celles des vigiles, des quatre-temps ou de la semaine sainte, en ont conservé un plus grand nombre. Mais tout autre livre que la Bible en a été rigoureusement banni.

Entre les lectures, on récitait ou chantait des psaumes, en répons, en alléluia ou en trait (2).

Enfin, ces lectures et ces chants gradués conduisaient à la lecture par excellence, celle de l'évangile,

(1) Ed. 39.

(2; Cl", ci dessus p. 44 et suiv.

qui était entourée d'une grande solennité. Elle ne fut plus confiée, àpartir d'une certaine époque, à un lecteur comme les autres livres, mais aux seuls diacres, et précédée de la salutation au peuple : Dominus vobiscum. Ici encore c'était d'ordinaire l'évêque qui choisissait le passage à lire. Après la lecture, il en faisait luimême le commentaire ou bien il prononçait une exhortation qui s'en inspirait. La plupart des sermons que l'on nous a conservés des Pères de l'Église sont sous cette forme d'homélies, c'est-à-dire de commentaire ou d'exhortation tirée de l'Évangile. Parfois l'évêque désignait un autre prédicateur. Dans un auteur du commencement du m' siècle, Origène, nous avons des renseignements précieux sur ce fait. On venait de terminer des lectures. Origène prend la parole et dit: « On a lu plusieurs choses tirées des livres des Rois, l'histoire de Nabal, la fuite de David devant Salil, le passage où David prend la lance de Saiil, la fuite de David chez le roi Achar, enfin l'apparition de Samuel à Saiil chez la Pythonisse. Cela fait quatre épisodes différents. S'il fallait commenter tout cela, ce serait fort long Que l'évêque lui-même me désigne le passage que je dois commenter. » L'évêque choisit le dernier épisode, et Origène, qui paraissait également prêt sur tous ces sujets, prononça un sermon resté fameux sur la Pythonisse d'Kndor (1).

Le vieil usage du prône ou du sermon placé après l'évangile est évidemment un souvenir de celte ancienne tradition.

Le Credo, qui se récite à certains jours après l'évan-

(1) Migae. Patrol. grseca, t. XII, p. 1012. Ce texte a été l'objrît d'une étude particulière par A. lahn, cf. Texte u. Uatersuch. de Harnack, Leipz., 18881, t. H.

gile, n'eut qu'assez tard une place à la messe; on le réservait pour les cérémonies du baptême et pour quelques autres circonstances. C'est là, en effet, bien plutôt qu'à la messe, que cette profession de foi avait son emploi naturel.

C'est peut-être ici, après l'évangile, que se trouvait primitivement la prière des fidèles. Cette dernière a complètement disparu de notre liturgie. Il n'en reste plus qu'un vestige, une pierre d'attache, qui a suffi du reste pour révéler à un critique pénétrant l'existence de ce rite solennel. Après l'évangile, le prêtre dit : Dominus vobiscum. Oremus. C'est le début des prières collectives. Cette invitation n'est plus suivie aujourd'hui d'aucun effet. « Personne ne prie » ; le chœur chante un pstiame (l'offertoire), le pontife et les ministres préparent le sacrifice. Il y a donc ici un hiatus. Dans l'ancienne liturgie, c'était le moment d'une prière. Les fidèles se tenaient debout, les bras étendus, les yeux levés au ciel, comme ces orantes peintes sur les murs des catacombes, ou bien ils se prosternaient et priaient en silence. Puis le prêtre prenait la parole au nom des fidèles, comme il avait fait pour la première collecte (1). Peut-être est-ce un ancien texte de cette prière que nous avons dans ces paroles de l'office des morts, qui ont une couleur si antique, et dont le caractère est bien plutôt celui d'une oraison que d'un offertoire :

Seigneur Jésus-Christ, roi de gloire, délivrez les âmes de tous les tidèles décédés, des peines de l'enfer et du lac profond; délivrez-les de la gueule du lion; que le Tartare ne les englou-

(Ij M. l'abbé Duchesne {Origines du culte, p. 101) croit que nous avons conservé un souvenir de cette prière dans les oraisons du Vendredi saint dont nous avons parlé ci-dessus.

tisse pas, qu'elles ne tombent pas dans le lieu .obscur. Mais que saint Michel, le porte-enseigne (du ciel), les présente à la lumière sainte que vous avez promise autrefois à Abraham et à sa race.

Nous vous offrons. Seigneur, des hosties et des prières de louange : accueillez-les pour ces âmes dont nous faisons mémoire aujourd'hui; faites-les passer,Seigneur, de la mort à la vie.

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