‹ Le livre de la priére antiqueChapitre 24 sur 94 · II« PARTIE DE LA MESSE OU MESSE DES FIDÈLES · texte numérisé non relu

II« PARTIE DE LA MESSE OU MESSE DES FIDÈLES

Ici se termine la première partie de la messe. On voit quel en est le dessin liturgique primitif : les lectures d'Écriture sainte accompagnées du chant des psaumes et une prédication sur ces lectures. Ces rites, nous l'avons dit, ne sont pas en rapport direct et nécessaire avec le sacrifice.

Les catéchumènes, les pénitents ou même les gentils qui avaient assisté à cette première réunion, étaient alors congédiés (1). La partie vraiment solennelle de la messe,le sacrifice proprement dit, ou, selon l'expression consacrée, la messe des fidèles commençait ; le caractère liturgique des prières et des rites est tout différent. Ici les fidèles interviennent à peine ; plus de psaumes chantés par le peuple, ni de lectures faites par des lecteurs; le diacre lui-même reste silencieux : c'est le pontife qui presque sans interruption portera la parole en une série d'oraisons ; tout ici, rites et oraisons, est en étroite relation avec le sacrifice, tout est ordonné à cette fin (2).

(1) Tertullien se plaint des hérétiques qui laissent assister à leur messe indistinctement les catéchumènes et même les païens. De Prsescr., c. 41. i

(2) Il est bien entendu que je raisonne ici d'après le texte primitil de la messe Les additions postérieures n'ont du reste que légèrement altéré ce caractère. ,

1" Offertoire. — Le premier acte est l'offrande. Chaque fidèle devait faire une offrande afin de s'unir au sacrifice ; on offrait le pain et le vin qui allaient servir au sacrifice et que l'on distribuait aux fidèles dans la communion ; mais on faisait en même temps d'autres offrandes pour les pauvres, pour les veuves, pour le clergé, pour les différentes œuvres de l'église. D'où Ton voit, pour le dire en passant, que l'offrande qui se fait encore durant la messe, à ce moment, n'est pas une simple démonstration charitable, ou même une aumône quelconque. Elle a dans l'origine un caractère presque sacré ; c'est l'offrande faite en vue du sacrificeetpar laquelle le fidèle s'unit au grand acte qui s'accomplit à l'autel. Il faut en dire autant des honoraires delà messe contre lesquels on a si injustementprotesté,

Tertullien, qui a pour toutes les situations le trait incisif et satirique, s'adresse à un mari pour le détourner de convoler à de secondes noces. Comment ferat-il l'offrande ?Uffrira-t-il pour la femme morte ou pour la vivante ? Il faut opter. Tertullien plaint le mari ainsi partagé (l).

L'offrande se faisait en silence. C'est plus tard, au V' siècle, du temps de saint Augustin, que l'on eut l'idée de chanter un psaume à deux chœurs, comme on faisait pour l'introït. Ici encore nous avons abrégé; le psaume est tombé, nous n'avons gardé que l'antienne. Ce chant fut appelé offertoire. L'offertoire de la messe des morts, que nous avons cité, a gardé un verset. Quelquefois, au lieu d'un psaume, on emprunla à d'autres livres de la Bible ou même à d'autres comoositions.

(1) De exbort. ad castit., c. 11.

Le pontife et les diacres recueillaient les oblations, mettaient à part les offrandes pour les pauvres et pour le clergé, et plaçaient sur l'autel le pain et le vin qui devaient servir au sacrifice. Dans le calice, qui contenait le vin, on mélangeait un peu d'eau. Le fait est déjà attesté par saint Justin. Saint Cyprien, au IIP siècle, qui s'étend longuement sur cette pratique liturgique, nous dit que le vin dans le calice signifie le sang du Christ et l'eau représente les fidèles ; et ce mélange dans le calice de l'eau et du vin nous apprend, dit-il, que les fidèles s'attachent au Christ et demeurent dans son amour et que rien ne pourra les en détacher, de même que l'eau et le vin mélangés dans le calice ne pourront plus être séparés (1). L'oraison conservée dans la liturgie romaine, au moment de ce mélange, résume ce mystère avec une sublime éloquence (2).

On avait dû condamner, dès le iig siècle, des hérétiques qui réprouvaient l'usage du vin, comme certains teatotalers, ou membres de nos sociétés de tempérance. Ils. s'intitulaient hydroparastes, c'esl-h-dive offrant de l'eau, et prétendaient, en effet, consacrer avec de l'eau pure.

Lorsque tout était ainsi préparé pour le sacrifice, le prêtre faisait une prière collective sur les offrandes. Cette prière débutait par une invitation aux fidèles de prier : Prions, mes frères, afin que ce sacrifice de moi et de vous soit accueilli favorablement de Dieu. Les fidèles s'unissaient à cette prière, et le prêtre exprimait les vœux de tous par l'oraison appelée « prière

(1) Ep. Lxiii, n. 13. Migne, P. L. IV, 395.

(2) Deus, qui bumanse substantix dignitatem, etc.

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sur les offrandes » et à laquelle nous donnons aujourd'hui le nom de Secrète. L'idée que rendent les secrètes de style antique est toujours que Dieu accueille favorablement les offrandes et qu'en retour il accorde sa grâce ou ses dons aux fidèles. J'oserai presque dire que c'est l'idée d'un échange entre la terre et le ciel ; les fidèles offrent des dons matériels qui vont être sanctifiés, ils demandent en retour les dons célestes (1).

2° Préface et canon. — Le premier acte de la messe, c'est-à-dire l'offrande ou l'offertoire, est achevé. Les dons des fidèles, le pain et le vin, sont sur l'autel. Le pontife procède à des prières qui vont opérer la transformation de ces éléments au corps et au sang du Christ. La prière devient plus solennelle ; la cène eucharistique, où le Christ s'est offert une première fois à son Père, va se renouveler. Le pontife invite les fidèles à une prière plus fervente. Que le Seigneur soit avec vous. — Et avec votre esprit, reprend le peuple. Ce n'est pas assez de cette invitation ordinaire au recueillement et à la prière ; le prêtre insiste, il devient plus pressant: Haut les cœurs I — Nous les avons vers le Seigneur, répond encore l'assemblée. Rendons grâces au Seigneur notre Dieu, dit le prêtre. Et le peuple : c'est digne et juste !

« Oui, continue le pontife, il est vraiment digne et juste, équitable et salutaire que nous vous rendions

(1) On voit que la messe romaine a conservé fidèlement tous ces rites et qu il y a eu fort peu d'additions ou de transformations. Les prières : Suscipe, saacte Pater ; Offerimus tibi. Domine, calicem ; In spiritu humilitatis ; Veni sanctificatov , 'Suscipe, sancta Trinitas, ne sont en somme que des variétés •ôe la prière Super oblata. Le lavement des mains est aussi un rite antique,

PR1£K£ AMIQl'E. 4

grâces toujours et partout, ô Seigneur saint, Père tout-puissant. Dieu éternel I »

Il énumère tous les bienfaits de Dieu, la création du monde, les miracles opérés dans le désert en faveur du peuple de Dieu ; puis Tlncarnation, l'œuvre de la rédemption, la vie mortelle du Verbe, sa passion. « A ce moment l'improvisation de l'officiant serre de près le récit évangélique de la dernière cène ; les paroles mystérieuses, prononcées d'abord par Jésus la veille de sa mort, retentissent sur la table sainte. Puis prenant texte des derniers mots : « Faites ceci en mémoire de moi, » l'évéque les développe, rappelant la passion du Fils de Dieu, sa mort, sa résurrection, son ascension, l'espérance de son retour glorieux, et déclarant que c'est bien pour observer ce précepte et commémorer ces souvenirs que l'assemblée offre à Dieu ce pain, ce vin eucharistiques. Enfin il prie le Seigneur de jeter sur l'oblation un regard favorable et de faire descendre sur elle la vertu de son Esprit-Saint, pour en faire le corps et le sang du Christ, l'aliment spirituel de ses fidèles, le gage de leur immortalité (1). » Le canon se terminait par une doxologie en l'honneur du Christ, parce que

(1) Duchesne {Origines du culte, 2' édition, p. 60). Cette prière eucharistique ainsi résumée correspond à la préface actuelle et aux prières du canon : Te igitur, Hanc igitur, Qunm oblationom, Qui pridie, Unde et memoros, Supra quee et Sup-» plices te. Le savant liturgiste, contrairement à une opinion commune, mais en s'appuyant sur des analogies très importantes, voit dans ces deux dernières prières l'épiclèse romaine. Dans cette exposition nous adoptons, on le voit, la thèse dévelop» pée dans la Paléographie musicale par Dom Cagin (année 4898, p. 71) que le Mémento des vivants et celui des morts^ avec les prières Communicantes et Nobis quoque, étaient à une autre place dans le canon primitif. Nous nous contentons de renvoyer à ce savant travail.

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c'est en Lui, par Lui, avec Lui que toute gloire et toute louange est rendue au Père dans TEsprit-Saint. Et les fidèles répondaient : Amen, il en est ainsi, comme pour témoigner une fois encore que durant toute cette prière ils étaient restés en union avec le pontife (1). Cette longue prière est la prière eucharistique, la prière d'action de grâces (2). Elle est divisée en deux parties d'inégale longueur, la préface et le canon, par le Sanctus, ou chant du Trisagion. Ce chant, quoique très ancien, n'était pas, primitivement, à cette place ; aujourd'hui toutes les préfaces y aboutissent ; elles sont mises par leur finale en relation avec lui ; mais on voit par le sens que ce n'est qu'une simple suspension ; c'est la même prière qui est reprise au canon. La préface, comme les prières collectives avec lesquelles elle a de grandes analogies, était improvisée à l'origine, mais toujours sur un thème identique : actions de grâces rendues à Dieu le Père pour ses bienfaits, pour l'incarnation de son Fils, pour la rédemption, la passion et les autres mystères de la vie du Christ. Le grand nombre des préfaces qui nous ont été conservées, sont une preuve de cette liberté laissée alors au célébrant. Nous avons même le singulier exemple, parmi les anciennes préfaces, d'un célébrant qui, abusant des libertés de l'improvisation, n'a pas craint de faire retentir dans sa prière l'écho de ses antipathies et de confier au Seigneur, Père tout-puissant, le secret de ses défiances à l'égard de toute une classe de fidèles, les Ascètes (3). Heureuse-

(1) La doxologie finale du canon et Y Amen sont d'une haute antiquité et déjà attestés au commencement du iV siècle. (Aioa/T,, c. 9, et saint Justin, I,Apol.,6.)

(2| Voyez plus haut, p. 56,

(3) Mufatori,p. 331.

\ ment le cas est unique, et les préfaces se font aii contraire remarquer par la solennité du ton, la sublimité de l'inspiration et la profondeur de la doctritie.

La cène a été renouvelée : Jésus est venu de nouveau au milieu de ses fidèles ; l'Esprit-Saint est descendu afin de parachever ractioti du sacrifice ; le Père a accepté le sacrifice du corps et du sang de son divin Fils.

S" Communion. — Tout ce qui suit a trait à la communion et pourrait s'appeler la troisième partie de la messe. Le pontife procède à la fraction de Thoslie qui va être distribuée aux fidèles. C'est un acte si important, que souvent, dans l'antiquité, le sacrifice est désigné sous ce nom de la « fraction du pain ». Toutes les liturgies ont une prière à ce moment. Citons la plus ancienne formule de fraction qui nous soitconnue :

Pour la fraction du pain :

Nous te rendons grâces, ô notre Père, pour la vie et la connaissance que tu nous a révélées par Jésus, ton fils ; à toi la gloire dans tous les siècles. De même que ce pain rompu était dispersé sur les collines (à l'état d'épis) et qu"il est devenu un seul morceau, qu'ainsi soit rassemblée ton Eglise, des extrémités de la terre, pour ton royaume : car à toi la gloire et -la puissance par Jésus-Christ, dans tous les siècles (1).

Tous ceux qui assistaient au sacrifice devaient y participer par la communion ; jamais, on le voit, on

(1) Aioa)(^ri xû)V 'ATtoaxéXwv, c. 9. I^ëmaifquez que cette doxologie est identique à la finale de la prière du canon : Per qucm haec omaia, dans laquelle on incline justement aujourd'hui à voir une prière pour la fractio panis. Le Pater, dans la liturgie romaine, était après la fraction avec son embolisme Libéra DOS, qusesumus, Dumiae, C'est saint Grégoire qui a transporté le Paler avant la fractio, et opéré ainsi divers changements dans la finale du canon. Sur la place du Paler, voir plus loin le chapitre vui.

ne perdait de vue dans l'antiquité cette idée de l'union des fidèles avec le pontife dans un même sacrifice. Mais tous ceux qui reçoivent le Christ doivent être saints et purs. Le même document, que nous venons de citer, dit, aussitôt après la prière de la fraction : « Que personne ne mange ni ne boive de votre eucharistie, sinon ceux qui ont été baptisés au nom du Seigneur, car à ce sujet le Seigneur a dit : a Ne donnez pas ce qui est saint aux chiens (1). » Aussi à ce moment, dans toutes les liturgies, le prêtre ou le diacre s'écrie : « Les choses saintes aux saints. » Ou : « Hors d'ici les impurs 1 » Dans la liturgie romaine, au vïr siècle, le diacre disait ces paroles : « Que celui qui ne. communie pas, s'en aille (2) I »

C'est ici encore que dans certaines églises se plaçait le baiser de paix ; dans d'autres il était avant la préface. Sa présence entre le Pater et la communion, comme dans la liturgie romaine actijeUe, est doublement motivée ; d'une part, nous terminons le Pater en disant que nous pardonnons à tous ceux qui nous ont offensés ; le baiser de paix est iin témoignage de ce pardon ; d'autre part, la participation au corps et au sang du Christ est le grand signe de l'union et de la charité entre les chrétiens.

(1) AtSayr^, c. 9.

(2) Tertullien fait certainement allusion à ce rite dans ces paroles : Eliam elhnici... sancluro canibus et porcis margantas .. jactabuol. De Prœscr., XLi ; cf. de Spect., c. xxv. On a fait remarquer avec raison Cfue nous ne connaissons ce rite de la liturgie roipaine que par une allusion de saint Grégoire. (Duchesne, Origines du cuiie chretieu, p. 163.) Cependant on a oublié de noter que ces paroles se trouvent au pontifical romain : « Exorcistaœ eteniœ oportct... dicem populo, ut qui non coiuwuDical, det locum. » Il est curieux à observer qu'elles sont ici dans la bouche de l'exorciste. Un sacramentaire romain du xu* siècle (inédit) a conservé ce renvoi à peu près dans les mêmes termes. Cf. Thomasi-Veziozi, t. VII, p. 9.

Ce dernier rite date du premier âge de l'Église. « Donnez-vous mutuellement le saint baiser, » disent les apôtres à la fin de leurs épîlres (1). C'était un nouveau et éclatant témoignage de cette charité qui devait régner entre tous les frères. Le baiser de paix est précédé d'une prière pour la paix qui existe encore dans la liturgie romaine (2). Mais la cérémonie ne s'accomplit plus qu'aux grand'messes et seulement pour le clergé.

La communion est encore précédée de prières préparatoires dont quelques-unes, par exemple le Domine non sum dignus, sont fort ancieùnes (3).

Le pontife communiait, puis les prêtres, puis les assistants . L'évéque déposait TEucharistie sous forme de pain dans la main droite ouverte de chaque fidèle, en disant ces mots : Corpus Christi, le corps du Christ. Le diacre présentait le calice à chacun en disant : Sanguis Christi, calix vitse., le sang du Christ, calice de vie (4). Les docteurs et les moralistes chrétiens de ce temps ne manquent pas de rappeler aux fidèles que ces mains qui ont reçu le corps du Seigneur doivent

(1) Petr., V, 14 ; Rom., xiii, 16 ; ICor., xvi, 20. Dans les églises orientales, le baiser de paix était avant lapréface. 11 en est de même dans les rites gallicans, et il est fort possible que dans la liturgie romaine primitive il ait eu la même place. Cf. Paléographie musiaalo, l. c.

(2) Domine Jesu Christe, qui dixisti apostoJis tuis : Pacem meam, etc.

(3) Son existence est attestée par Origène, Hom. VI in Ev. ; S. Chrys., Hom dp, s» Thoma. Dans la liturgie romaine il y a trois prières préparatoires à la communion : Domine J. C. qui dixisti, Domina J. C, Fili, et Perceptio corporis tui... L'Aguus Dei qui les précède est postérieur.

(4) La liturgie romaine a conservé le Corpus Domini et le Sanguis Domini, qu'elle fait suivre chacune d'une courte action de grâces, puis une action de grâces sur le corps et le sang réunis.

rester pures (1). Après que tous les assistants avaient communié, on réservait une part de l'Eucharistie que les diacres portaient aux malades et aux prisonniers. C'était le grand lien d'union entre tous les membres du Christ. « Nous sommes un seul corps, nous tous qui participons au même pain, » avait dit saint Paul. En recevant l'Eucharistie, on répondait : Amen, il en est ainsi. C'était un acte de foi en la présence réelle du Christ sous les saintes espèces.

La révolution religieuse du iv* siècle a fait sentir son influence dans la liturgie en donnant plus d'ampleur aux cérémonies. De même qu'on avait eu l'idée de chanter un psaume à deux chœurs au commencement de la messe pendant que le cortège de l'évêque se rendait à l'autel, et un autre pendant que les fidèles apportaient leur offrande au moment de l'offertoire, on fît chanter un psaume avec antienne pendant la communion. Quelques siècles après, on tendit au contraire à résumer, à abréger. La communion, comme l'introït et l'offertoire, ne garda plus à la place du psaume qu'un verset ou une antienne. C'était surtout le xxxm* psaume Benedicam Dominum in omni tempore, qui était choisi à cause des versets : Goûtez et voyez combien le Seigneur est doux (2).

Après la communion, on disait une prière d'action de grâces : c'est l'oraison que nous appelons aujourd'hui Postcommunion. Le même document ancien, que nous avons déjà cité, donne cette formule de prière :

Nous te rendons grâces, Père saint, pour ton saint nom que tu as fait habiter dans nos cœurs, et pour la connaissance, et

(1) Tert., de Mol , c. vu ; Cjrpr., ep. Lvin, etc.

(2) Dom Cagin, Préface à 1 antiphonaire ambrosien {Paléographie musicale. 1897, p. 23).

la foi et rimmortalité, que tu nous as révélées par Jésus, ton fils ; à toi la gloire dans tous les siècles I Tu as, ô maître tout-puissant, créé toutes choses à cause de ton nom, tu as donné la nourriture et le breuvage aux hommes pour qu'ils en jouissent et afin qu'ils te rendent grâces ; et à nous tu as daigné accorder un breuvage et une nourriture spirituelle et la vie éternelle par ton serviteur. Avant tout nous te rendons grâces de ce que tu es puissant ; à toi la gloire dans tous les siècles I Souviens-toi, Seigneur, de ton Eglise pour la délivrer de tout mal et pour la perfectionner dans ton amour, et rassemblela des quatre vents après l'avoir sanctifiée pour ton royaume, que tu lui as préparé ; car à toi est la puissance et la gloire dans tous les siècles ! Que la grâce arrive et que ce monde passe ; Hosanna au fils de David! Si quelqu'un est saint qu'il vienne ; s'il ne l'est pas, qu'il se repente. Le Seigneur vient. Amen.

Les prières que nous avons aujourd'hui comme postcoramunion ou action de grâces sont toujours résumées ; et, si elles n'ont pas l'intensité d'inspiratioïi et le ton d'enthousiasme contenu dans celle que nous venons de citer, elles expriment cependant des pensées analogues : actions de grâces h Dieu pour la nourriture et le breuvage célestes qu'il nous a donnés.

Le sacrifice est consommé ; la messe est finie. Les fidèles ont reçu le corps et le sang du Seigneur. Le sacrement de l'union et de l'amour est achevé.

L'évêque alors bénissait le peuple ; et le diacre congédiait les fidèles. Le texte de cette bénédiction est aujourd'hui la formule brève : Benedicat vqs^ omnipotens Deus. Cependant, aux messes de Carême, nous avons conservé une forme plus complète et plus antique de bénédiction. Le diacre invite comme autrefois les fidèles à s'incliner pour la bénédiction : Humiliez vos têtes devant Bleu. Puis l'évêque ou le prêtre prononce une formule de bénédiction, qui est l'oraison sur le peuple.

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La formule de congé est restée la même : Allez, la messe est dite. TertuUien et saint Gyprien parlent de ce renvoi (1).

Durant cette longue cérémonie les heures de la nuit s'étaient écoulées ; le jour commençait à poindre ; et les fidèles, en regagnant leurs domiciles, pouvaient déjà rencontrer sur les voies romaines quelques coniadini qui se rendaient à la ville, ou les artisans qui allaient à leurs travaux.

On comprend quelle profonde et religieuse impression ces rites si expressifs et si sublimes devaient laisser dans rârae des chrétiens des anciens temps ; quelle force ils y puisaient pour affronter les luttes de la vie quotidienne.

Aujourd'hui, comme nous le disions en commençant, le sens des cérémonies liturgiques est plus difficile à saisir, par suite des cha:ngements qui sont survenus, de la différence de langue et de quelques autres circonstances accidentelles. Les prières et les rites liturgiques ont pris un caractère de raideur hiératique qu'ils n'avaient pas dans le principe. L'habitude de suivre le prêtre dans ses prières et de s'unir à l'action du sacrifice s'est un peu perdue. On lit pendant la messe des prières qui trop souvent se pénètrent fort peu delà liturgie de PÉglise, et sont le fruit de l'inspiration privée.

fl) Tert.. iJe Anima; saint Cyprien, Lib. de .<;pec<.Dans la liturgie romaine, le renvoi des fidèles précède la bénédiction. La raison en est probablernent que li^ diacre annonçait la fin de la messe, et le Pape qui venait de célébrer quittait l'autel et bénissait alors seulement les fidèles qui se pressaient au-devant du cortège L'évanijile de saint Jean, à la fin de la messe, est ime addition postérieure. Le mot m/.ss.v à l'origine signifie renvoi et s'emploie indilToremment pour signifier le renvoi des fidèles à la fin de tous les exercices. Le vrai sens est donc allez, congé vous est donné.

Mais on voit qu'il y aurait peu d'efforts à faire pour se replacer dans des conditions identiques à celles des chrétiens du m' siècle. Notre messe est la même, au point de vue des rites et des formules, sauf quelques additions et quelques changements de détail ; tout y a été conservé ; et un fidèle de ces temps antiques, revenu au milieu de nous, relirait dans son missel ou dans son paroissien la plupart des prières qu'il avait l'habitude de réciter.

Il retrouverait dans la première partie de la messe ces lectures des livres saints, qui l'instruisaient et Tédifiaient;ce chant du graduel et de V Alléluia, où se traduisaient sa foi et son enthousiasme religieux ; la cène eucharistique se déroule comme autrefois, avec ses différentes phases ; l'offertoire, avec les prières de l'offrande, la préparation du pain et du vin sur l'autel ; la préface, avec l'expression éloquente de la reconnaissance des chrétiens envers Dieu, leur créateur, le distributeur de tous les biens ; le récit du repas sacré, où le Christ rendit grâces à son Père céleste et institua le sacrement de son corps et de son sang, la distribution de la même nourriture céleste, et enfin l'action de grâces après la communion et les cérémonies finales de la messe. C'est le même sacrifice, le même sacrement eucharistique ; il ne tient qu'aux fidèles qu'il agisse sur leur âme comme il agissait sur celle de nos pères dans la foi (1).

(1) Nous donnons dans IVuco/oge l'ordinaire de la messe commenté et interprété d après rantiquité.

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