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IXS HEURES DU JOUR ET DE L\ NUIT

Le Maître avait dit : « Il faut toujours prier et ne jamais se lasser ». Lui-même dans savie nous a donné l'exemple de la prière ; il prie avant le repas ; après le repas, il rend grâces au Père ; il prie avant d'accomplir ses miracles ; il se retire au désert pour prier dans la solitude. Il se prépare à sa passion par la longue et douloureuse prière de l'agonie. Il veut que ses disciples prientavec lui. Un jour, l'un d'eux l'ayant vu prier, lui dit :

o Seigneur, apprenez-nous à prier. » Jésus répond en lui donnant la formule qui est par excellence la prière du chrétien : « Notre Père qui êtes dans les cieux, que votre Nom soit sanctifié, > etc.

Et pour leur montrer avec quelle confiance nous devons prier, et que nous devofls demander jusqu'à

l'importunité, le Seigneur cite l'exemple de cet homme qui s'en va, la nuit, réveiller son ami et lui demande trois pains, et il ajoute :

Demandez etil vous sera donné; cherchez et vous trouverei ; frappez et l'on vous ouvrira.

•> Quiconque demande reçoit ; et celui qui cherche trouve i et à celui qui frappe, on ouvrira.

« Quel est celui dentre vous qui demande à son père du pain ? le père lui donnera-t-il une pierre ? ou un poisson, lui donnerat-il un serpent au lieu d'un poisson ?...

« Si donc vous qui êtes méchants, vous savez donner de bons présents à vos fils, combien plus votre Père du ciel donnera un bon esprit à ceux qui le lui demandent (1). »

Le chrétien doit donc prier souvent, prier sans cesse, ne jamais se lasser de demander à son Père du ciel.

« L'idéal de la vie chrétienne, a-t-on dit avec un sens profond de l'antiquité, était une perpétuelle communion avec Dieu, entretenue par une prière aussi fréquente que possible. Un chrétien qui n'aurait pas prié tous les jours, et même à diverses reprises, n'eût pas été un chrétien (2). »

Mais, comme on ne pouvait pas prier tout le jour, il fallut choisir certaines heures.

Le choix de l'église fut déterminé par diverses circonstances. La Bible et la tradition du peuple de Dieu avaient consacré certains moments plus spécialement à la prière. Le prophète avait dit à Dieu : « Sept fois dans le jour j'ai chanté votre louange. » Daniel nous

(1) Luc, XI, 1 seq. Cf. le passage parallèle sur la prière. Matth. VI, 9, seq , et vu, 7.

(2) Duchesne , les Origines du culte chrétien , 2* éd. . p. 431.

parle de sa prière àTierce (neuf heures du matin), Sexte (midi) etNone (trois heures après midi). Nous voyons les apôtres adopter cette tradition et prier à ces différentes heures. Le matin et le soir sont encore tout naturellement des heures de prière, dans l'usage de tous les peuples. Le soir, c'est l'heure des ténèbres, du grand silence, de la solitude, du repos après les fatigues de la journée. C'est aussi l'heure de l'épouvante ; l'homme livré à lui-même, aumilieude lanuit, se sent envahi par une secrète terreur, non pas seulement parce qu'il sait que la nuit est l'heure favorable au crime, mais encore parce qu'il a davantage le sentiment de sa faiblesse, de son isolement au milieu de cette nature dont les puissances le dominent et peuvent l'écraser comme un ver de terre.

Mais à ce moment se réveille aussi en lui la pensée du Créateur. Ce grand silence majestueux qui règne sur la nature endormie, ces astres perdus dans l'immensité à des milliards de lieues, celle paisible mélancolie de la nuit impressionnent l'âme et lui révèlent la notion de l'infini.

L'aurore ramène sur la terre la lumière, l'espérance, la joie. Le cœur de l'homme religieux s'élève naturellement vers Dieu pour le remercier de l'avoir gardé pendant la nuit, el pour lui demander aide et protection durant cette nouvelle journée qu'il va passer sur la terre et qui peut-être amènera dans sa vie des événements si graves et si imprévus.

L'Église a senti avec son instinct merveilleux du cœur humain cette poésie delà nature et l'influence qu'elle peut avoir sur le sentiment religieux. Le lever et le coucher du soleil, les saisons de l'année, les tristesses et le dénuement de l'hiver, les joies et les espé-

rances dm printemps et du réveil de la nature, les ardeurs de la canicule, ont été chantés par ses poètes dans des hymnes dont la forme est parfois incorrecte, mais dont le fond est souvent d'une admirable poésie.

Il y eut donc différentes heures de prière dans la journée.

Après des tâtonnements divers, on en vint à établir un système de prières qui eut son plein épanouissement dans les églises et les monastères du iv* au vii« siècle et qui peu à peu fut adopté dans toute l'Église occidentale.

La nuit a deux offices, celui des Vigiles, qui est aujourd'hui appelé l'office de Matines et se récite vers le milieu de la nuit, et celui de Laudes qui se récite à l'aurore.

La journée est partagée en cinq parties, de trois heures en trois heures, selon la division gréco-romaine de la journée : Prime à six heures du matin, Tierce à neuf heures, Secc/e à midi, iVone à trois heures. Vêpres à six heures. Chacune de ces heures est marquée par une prière spéciale ; on ajouta, le soir, une prière, celle de Compiles, avant d'aller prendre le repos de la nuit(l).

La journée chrétienne était ainsi constituée ; elle était en quelque sorte enserrée dans un réseau de prières, aux mailles serrées ; chacune des heures était consacrée, sanctifiée. Ainsi se trouvait réalisée la parole du prophète : « La nuit je me levais pour

(1) Cet horaire liturgique n'est pas l'horaire de nos horloges. Il est établi, comme la journée antique, sur le cours du soleil, c'est l'heure solaire, de sorte, par exemple, que l'heure de Laudes et celle de Vêpres rarient chaque jour avec le cours du soleil.

chanter tes louanges » (Matines) , et cette autre : « Sept fois pendant le jour j'ai chanté tes louanges » (Laudes, Prime, Tierce, Sexte, None, Vêpres et Complies).

De bonne heure aussi on chercha à mettre ces prières en rapport avec la vie du Sauveur et l'histoire évangélique ; Tierce est l'heure où le Saint-Esprit descendit sur les apôtres réunis dans le cénacle ; Sexte, celle de la trahison de Judas; None, l'heure de la mort du Seigneur. Il y est fait allusion dans quelques-unes des prières canoniales.

Quant à la composition interne de ces différents offices, il faut remonter, pour en découvrir les éléments, à la plus haute antiquité. A l'origine, la réunion chrétienne était occupée par la récitation des psaumes, la lecture de différents passages de l'Ancien ou du Nouveau Testament, par des homélies ou sermons, et par des prières improvisées ou par le chant des hymnes. Ce sont encore là les éléments premiers de tous nos offices ; la messe elle-même n'est pas autrement composée (1). C'était le pontife ou le président qui indiquait les psaumes à chanter, ou les lectures à faire, selon les circonstances de temps et de lieu, selon le caractère des fêtes ou suivant sa propre inspiration. Quelques règles générales s'établirent bientôt qui assignent tels ou tels psaumes, telles ou telles lectures à telle ou telle fête. Aujourd'hui lectures, psaumes, antiennes, capitules sont fixés par la tradition, le rôle de l'initiative personnelle a décliné au profit de l'uniformité.

Voici du reste la contexture de tous les offices, qui

(1) Voyez ci-dessus, p. 83.

s'est maintenue à peu près sans variation depuis le VU" siècle environ.

L'heure débute par une invocation à Dieu, afin que la prière tout entière soit faite sous son inspiration : Mon Dieu, venez à mon aide. Seigneur, hâtez-vous de me secourir (1).

Une hymne, généralement envers iambiques, avant ou après les psaumes, indique le caractère de l'heure canoniale ou célèbre le saint dont on fait la fête.

Voici comme exemple Fhymne de midi :

« Recteur puissant, Dieu véritable, qui régissez le cours des choses, vous éclairez le matin de splendeur, et midi du feu de la lumière.

<i Eteignez (en nous) les feux de la discorde, enlevez la chaleur des disputes, donnez le aalut à nos corps, et à nos cœurs une paix véritable.

« Accordez-nous nos demandes, Père très clément, et Vous unique (Filsj égal au Père, qui régnez dans tous les siècles avec l'Esprit Paraclet. Amen. »

Puis vient la récitation des psaumes avec antienne, dont le nombre varie, suivant les heures, de trois à douze. Après les psaumes, une ou plusieurs leçons, et dans les heures courtes, dites petites heures, un capitule qui tient lieu de leçon, puis la psalmodie responsoriale des répons, puis une oraison, dans laquelle le président exprime la prière des fidèles. C'est le type auquel tous les offices ont été ramenés (2).

(1) Psaume 69.

(2) Sur le caractère de ces prières, et notamment sur les versets ou répons brefs, voir ci-dessus le chapitre iv et le chapitre X.

L'office canonial, après ces perfectionnements divers, est devenu une admirable prière; il s'est enrichi, à travers les siècles, des trésors de doctrine et de poésie religieuse; il contient des prières qui, au point de vue liturgique, sont des perles précieuses. Le choix des psaumes, la place qu'ils occupent dans un office, et l'application qui en est faite, révèlent à chaque instant des types, des figures et des prophéties du Christ qui éclairent à nos yeux d'un vif éclat sa physionomie divine. Les leçons, qui sont maintenant codifiées, répartissent sur toutes les saisons de l'année l'Écriture sainte et nous offrent une instruction élevée. Les homélies des Pères, dont le choix n'est pas, à vrai dire, des plus judicieux, font connaître néanmoins aux clercs et à tous ceux qui récitent le bréviaire quelques-unes des œuvres principales des grands docteurs de l'Église (l). Les antiennes et les répons fixent le sens d'un psaume ou attirent notre attention sur un point principal. Les versets ont souvent aussi, dans leur brièveté, un sens fort beau. Les oraisons sont un trésor de prière et une lumière pour notre vie.

Nous avons donc dans les heures canoniales et dans ces formules un excellent instrument pour prier Dieu ; il n'en est pas de meilleur pour la prière vocale. Mais il ne faut pas que cette prière soit récitée seulement du bout des lèvres ; le Seigneur veut qu'elle soit sincère, qu'elle sorte du plus intime de notre être. Autrement elle serait comme celle des pharisiens, non comme celle des enfants de Dieu et des disciples de Jésus,

(1) Sur l'origine apocryphe de quelques-unes de ces pièces, voir Morin. Studien u. Aîittlieilunytn, 1888, p. 588, Revue bcaodictJae, 1891, p. 270.

et nous mériterions le reproche qu'il fait aux Juifs et aux païens.

Notre Père céleste veut des adorateurs qui l'adorent en esprit et en vérité et non pas seulement d'une façon machinale. Il veut des adorateurs dont le cœur est pur et qui font sa volonté. « Ce n'est pas celui qui dit : « Seigneur, Seigneur, qui entrera dans le royaume des cieux ; mais celui qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux, celui-là entrera dans le royaume des cieux (1). »

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