‹ Le livre de la priére antiqueChapitre 37 sur 94 · CHAPITRE XYII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XYII

La journée du chrétien est sanctifiée par des prières à chacune de ses heures. La semaine et Tannée ont été aussi informées par la prière chrétienne, et en quelque sorte façonnées par elle.

Depuis Moïse, la semaine est consacrée par un jour, le samedi, ou jour du sabbat, qui rappelle le septième jour de la semaine créatrice, celui où Dieu cessa d'opérer. C'est un jour de prière et un jour de repos.

Tout d'abord les chrétiens l'adoptèrent comme toutes les choses saintes et bonnes qu'ils trouvèrent dans l'héritage de Moïse. Nous voyons que les apôtres, saint Paul en particulier, profitent du jour du sabbat pour aller dans les synagogues et annoncer le Christ au milieu de la prière. Mais bientôt, et dès le temps même des apôtres, le dimanche commença à se substituer au sabbat.

Comment se fit ce grand changement, vraie révolution liturgique et sociale qui bouleversait de fond en comble l'économie religieuse de la semaine juive ? C'est ce qu'on ne saurait dire bien exactement. Il y avait une tendance à abandonner les pratiques juives, à bien montrer que le christianisme était la loi nouvelle, et non pas seulement le judaïsme un peu

modifié et élargi ; puis le dimanche était le jour du grand événement qui avait définitivement fondé le christianisme et rÉglise,le jour de la résurrection da Christ ; c'était le premier jour de la semaine, celui où avait été créée la lumière ; tout se réunissait pour lui donner une place à part. Tout cela y contribua ; peutêtre même y faut-il chercher des raisons plus naturelles. La réunion chrétienne se tenait le jour du sabbat au soir, comme dans la synagogue; on y priait, on y prêchait ; après cela avait lieu la fraction du pain; la cérémonie s'achevait à l'aurore, le dimanche. La synaxe liturgique ou eucharistique se fit donc le dimanche matin ; cela devint une coutume chrétienne. Le dimanche fut le jour liturgique par excellence ; il devint ainsi le centre de la semaine, son pivot liturgique, et les autres causes aidant, il remplaça le sabbat. Il fut appelé le jour du Christ, le jour du Seigneur^ x'jp'.a/.r;, c'était sa fête (1).

Il ne fut d'abord qu'un jour de prière ; quand il eut été complètement substitué au sabbat, il devint aussi un jour de repos, le sabbat chrétien, un jour où le travail des mains était interdit, comme il l'avait été au jour du sabbat ; mais cela n'advint que plus tard.

C'est ainsi que le dimanche, par le moyen du sacrifice chrétien, est entré, en quelque sorte, dans le sang des générations, et les efforts qu'on a faits pour transformer la semaine chrétienne, et substituer au dimanche un autre jour, ont misérablement échoué ; la coutume universelle a emporté ces faibles barrages

(11 Cette explication m'est suggérée par dom Cagin, ( cité plusieurs fois déjà les beaux travaux liturgir|ues. meux texte des Actes (,xi, 7 seq.j vient en etlet à i'a cette hypothèse.

comme des fétus et repris son cours. Le dimanche reste pour tous, même pour ceux qui ne partagent pas la foi chrétienne, un jour de repos, de recueillemeat et de joie.

Pour les chrétiens que les affaires ourinsouciance entraînent pendant les six jours de la semaine, le dimanche, avec l'assistance à la messe, est comme le dernier souvenir de la liturgie primitive. Puissentils y demeurer fidèles; puissent-ils consacrer au moins ce jour de la semaine à servir Dieu, qu'ils oublient trop les autres jours ; puissent-ils se retremper au contact de la prière antique dansla piété de leurs p' • -^s!

Le samedi, qui par suite de cette substitution perdait toute son importance, lutta quelque temps, et l'on retrouve dans l'ancienne liturgie des traces de sa position privilégiée. Dans certaines liturgies, par exemple dans les rites .monastiques rappelés par Cassien, le samedi est encore un jour férié, célébré presque aussi solennellement que le dimanche, avec le service eucliaristique et un office spécial (1).

Mais il ne garda même pas longtemps celte dernière place, il en fut, et cela dès les premiers siècles, évincé par deux autres jours, le mercredi et le vendredi, qui eurent eux aussi un service particulier. Ce furent des jours de pénitence, de jeûne, que l'on appela jours de stations ; il y eut aussi, ces jours-là, des réunions, et souvent célébration solennelle de la messe. L'importance attachée à ces deux jours n'est certainement pas d'origine juive, car les Juifs pieux célébraient parle jeûne et la prière deux autres jours, le lundi et le jeudi.

(1) Même souvenir dans la Peregrinatio Silvias, et en général dans les litur^jies orientales.

LA SEMAINE CDRÉTIENNE 233

Tout ce qu'on peut dire, c'est que la coutume chrétienne à laquelle nous faisons allusion remonte très haut ; la Doctrine des apôtres (commencement du n« siècle), le Pasteur d'Hermas (même époque), Clément d'Alexandrie et Tertullien, parlent- du mercredi et du vendredi comme de jours consacrés par les chrétiens à la prière et à la pénitence (1).

Le souvenir de la mort de rsotre-Seigneur, un vendredi, et celui de sa trahison, un mercredi, devaient certainement marquer pour les chrétiens pieux ces deux jours d'un caractère de tristesse et de deuil.

Quantau samedi, il devint aussi dansTusage romain un jour de jeûne et de pénitence, mais on n'y célébrait pas de messe ; c'était ce qu'on appelait un jeûne de superposition^ une suite du vendredi.

Telle est l'antique semaine liturgique. Le mercredi, le vendredi et le samedi ont perdu pour beaucoup de chrétiens leur signification ; le niveau qui a passé sur eux, comme sur tant d'autres coutumes, les a réduits à la condition des autres jours. Cependant l'institution des Quaire-Temps a conservé les reliefs de la semaine antique. L'obligation dujeûne tombe sur ces trois jours. L'usage de l'abstinence le vendredi et même le samedi a aussi en partie subsisté, et durant le Carême, l'abstinence même du mercredi.

Mais c'est surtout dans la liturgie que l'on trouve des traces du culte primitif et des réunions du mercredi et du vendredi. Si Ton veut chercher dans nos missels ou dans nos antiphonaires les plus anciennes

(1) Duchesne, Origines du culte, p. 218-220.

messes et les plus anciens offices, surtout en Carême, c'est à ces jours qu'il faut aller ; on y lira souvent les antiennes, les leçons, les oraisons composées pour ces anciennes synaxes. Les plus anciens lectionnaires et les évangéliaires ont aussi des leçons spéciales pour le mercredi et le vendredi de toute Tannée.

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