FORMATION DU CYCLE LITURGIQUE
Le premier astre qui parât au ciel liturgique, ce fut la fêle de Pâques. Sous ce titre à Torigine on comprenait non seulement la fête de la résurrection du Sauveur, mais la passion et la mort du Christ ; ces trois jours étaient donc d'abord comme une fête unique ; on disait quelquefois la pàque de la passion, la pàque de la crucifixion, et la pàque de la résurrection ; ce n'était en réalité qu'une seule et même pàque (1). L'anniversaire de ces grands jours s'imposait d'autant plus à l'attention des chrétiens, que la fraction du pain qui se renouvelait au moins une fois par semaine, en était déjà la commémoraison. Au fond la cène eucharistique n'était-elle pas la pàque, le souvenir de la passion, de la mort et de la résurrection du Seigneur ? C'est pourquoi, disons-nous à la messe, nous, vos ser-
(li niT/a ffia'jpwff'.jjiov, TctTya àvasTiaiijLOv ; quelquefois même toute la semaine de la passion est appelée Pâque et n'est considérée que comme une seule fête.
viteurs, et tout ce peuple saint, nous souvenant de la passion bienheureuse et de la résurrection des enfers, etc. La cène eucharistique, qui avait créé le dimanche et sanctifié la semaine, créa aussi, en un sens, la solennité pascale et projeta ses rayons sur toute Tannée. Elle fut le noyau autour duquel se forma toute l'année liturgique.
La pâque se célébrait donc, on peut le dire, toutes les fois que Ton offrait le sacrifice eucharistique. Mais il était naturel qu'au jour anniversaire la fête fût plus solennelle ; ce futen réalité lapremière fête chrétienne, le centre de l'année liturgique.
Malheureusement il n'était pas facile de savoir quel jour tombait la pâque. On convenait généralement, surtout en Occident, que le Seigneur avait subi sa passion le 14 du mois de nisan, mois juif lunaire, qui répondait à peu près à un mois qui aurait été fixé du 15 mars au 15 avril; le 14 de nisan est donc le 14ejour de la lune de mars; on croyait aussi qu'il était ressuscité le surlendemain, qui était un dimanche. Les chrétiens orientaux faisaient la pâque le 14 de nisan chaque année ; la première conséquence était qu'ils célébraient cette fête tantôt un lundi, tantôt un mardi, etc. Le dimanche y perdait donc en quelque sorte sa consécration ; il était découronné de la solennité pascale. Les Occidentaux, au contraire, célébraient la pâque le dimanche qui suit le 14" de nisan ; leur fête ne correspondait pas exactement à la date où. le Christ avait souffert et ressuscité, mais elle correspondait au jour, et le dimanche gardait sa solennité. La seconde conséquence du système des Asiates, c'est qu'ils célébraient leur pâque le même jour que les Juifs ; ils semblaient sur ce point subir leur loi, et leur fête
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prenait une teinte juive. Le système occidental, imposé par le pape Victor, à la fin du ne siècle, prévalut dans toute l'Eglise, après quelque résistance, et la pâque fut toujours un dimanche, après le 14 de la lune de mars.
Pâques entraînait à sa suite la Pentecôte, qui fut fixée au cinquantième jour après la résurrection ; c'était la fête de la descente du Saint-Esprit sur les apôtres réunis au cénacle. Ces cinquante jours formaient comme une fête ininterrompue, un jubilé, un temps de joie, où l'on ne jeûnait pas, où l'on suspendait l'exercice de la pénitence, où l'attitude même de la prière était moins humiliée. La fête de la Pentecôte est donc subordonnée à celle de Pâques et marche toujours parallèlement.
Ces deuxfêtes remontent aux temps les plus éloignés; elles sont mientionnées dès le second siècle par les écrivains ecclésiastiques.
De même que la pâque entraînait à sa suite ces cinquante jours de fête, elle exigeait une préparation par la prière et par le jeune; de là le Carême, qui après quelques hésitations commença quarante jours avant Pâques (1).
Le principe posé avec la fête de Pâques devait porter lous ses fruits et faire sortir une à une des ténèbres les fêtes chrétiennes comme autant d'étoiles au firmament. L'anniversaire de la naissance du Sauveur, comme celui de sa mort, méritait d'être célébré avec solennité ; la fête dite de Noël remonte aussi à la plus haute antiquité.
Noël et Pâques devinrent comme les deux pôles de
(1) D'où le nom Quadragesimus, quarantième, carême.
l'année liturgique. Noël eut sa préparation, comme Pâques, ce fut TAvent, dont la durée est aujourd'hui de quatre semaines. Le reste de l'année devait être attiré dans l'orbite de ces fêtes. De Noël au Carême deux courants se formèrent, l'un entraînant vers la fête de Noël, l'autre vers Pâques. A la première se rattachèrent les fêtes del'Épiphanie et de la Purification au2février, puis six dimanches, qui forment, après l'Epiphanie, le temps de Noël. Le temps qui restait après ces dimanches de l'Epiphanie se rattacha au Carême, et forma sous le nom de Septuagésime une sorte d'appendice à celui-ci, trois semaines qui par leur caractère de pénitence et de préparation ressemblent beaucoup au Carême.
Restait le long espace entre la Pentecôte et l'Avent, de mai à décembre, une bonne moitié de l'année. Aucun événement important de la vie du Seigneur ne s'y rencontrait qui pût donner lieu à une fête bien solennelle; c'était au point de vue liturgique l'époque la moins bien partagée.
Noël et Pâques s'étaient rejoints presque sans effort par une série continue de fêtes et de dimanches ; entre la Pentecôte et l'Avent la réunion fut plus difTicile. Quelques sommets commencèrent bientôt à émerger sur l'uniforme étendue de cette mer et formèrent comme un archipel d'îles secondaires : la fête de saint Jean -Baptiste (24 juin), celle des saints apôtres Pierre et Paul (29 juin), de saint Laurent (10 août), de l'Assomption (15 août), de saint Michel (29 septembre) ; on eut de petites séries de dimanches appelés dimanches après saint Jean, après les apôtres, après saint Laurent, après le saint Archange. Plus tard tous ces dimanches furent réduits
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à Tuniformité ; ils s'appelèrent les dimanches après la Pentecôte ; il y en a vingt-quatre ; Tépoque liturgique prit le nom de temps après la Pentecôte. L'œuvre de jonction était accomplie ; on pouvait se rendre à pied sec, de dimanche en dimanche, de la Pentecôte à TAvent ; ainsi les deux extrémités de Tanneau liturgique se rejoignent, pour former sans solution de continuité le cycle liturgique, c'est-à-dire un ensemble de dimanches et de fêtes qui enserrent toute Tannée civile, une année liturgique avec ses phases, ses saisons, ses fêtes, ses vacations, ses semaines et ses jours. Heureux le fidèle qui comprend le mystère de cette vie de prière 1 il fera les plus rapides progrès dans une piété saine et forte ; chaque jour lui révélera quelque vérité nouvelle, chaque fête sera une lumière pour son intelligence, et le fera avancer d'un pas dans la voie de la sainteté.
« Ce que l'année liturgique opère dans l'année en général, écrit dom Guéranger, elle le répète dans l'âme de chaque fidèle attentif à recueillir le don de Dieu. Cette succession des saisons mystiques assure au chrétien les moyens de cette vie surnaturelle, sans laquelle toute autre vie n'est qu'une mort plus ou moins déguisée ; et il est des âmes tellement éprises de ce divin successif qui se déploie dans le cycle catholique, qu'elles arrivent à en ressentir physiquement les évolutions, la vie surnaturelle absorbant l'autre, et le calendrier de l'Église celui des astronomes... Le cycle liturgique fut autrefois, et doit être toujours la joie des peuples, la lumière des doctes, le livre des humbles (1). »
(1) L'Année liturgique, l'Avcnt, p. xvir.