La semaine de la Passion et la semaine sainte
A mesure que l'on se rapproche du jour grand entre tous 0X1 le Christ fut immolé pour la rédemption des hommes, la liturgie serre de plus près le texte sacré et l'histoire des derniers jours du Sauveur. Le temps de la Passion commence avec le cinquième dimanche de Carême, c'est-à-dire l'avant-dernier avant Pâques. Le choix de plusieurs pièces est encore inspiré par la préoccupation des catéchumènes et des pénitents ; mais la pensée qui domine tout, est désormais celle de la Passion ; les lectures sont surtout empruntées au prophète Jérémie qui a pleuré sur les malheurs de Jérusalem et prophétisé les souffrances de l'Homme- Dieu avec l'accent d'une douleur si vraie. Les lectures de l'Évangile suivent maintenant pas à pas le Seigneur sur la route qui va le conduire au Calvaire. L'harmonie entre l'histoire et la prophétie est ici frappante ; la vie de Jésus en ses derniers jours est comme un miroir qui reflète la prophétie.
Cette correspondance parfaite entre l'Ancien et le Nouveau Testament arrachait au iv* siècle des cris d'admiration et des larmes aux fidèles de Jérusalem qui, sur les lieux mêmes, suivaient les péripéties de la liturgie de la Passion, avec un zèle et une foi admirables. Du reste, comme nous le faisions
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remarquer ailleurs à cette occasion, la liturgie de ces deux dernières semaines est emjjreinte d'un caractère fortement local ; il semble qu'elle se soit développée en grande partie sous Tinfluence des souvenirs attachés au mont des Oliviers, au Golgotha, à la grotte du Saint Sépulcre, à la chapelle de la vraie Croix ; et il est fort possible que pour cette partie la liturgie des autres églises soit tributaire de celle de Jérusalem (1).
Dimanche des Rameaux. — Voyez, par exemple, comment s'accomplissait la cérémonie du dimanche des Rameaux. Vers cinq heures du soir on lisait dans l'Évangile le récit de l'entrée du Christ à Jérusalem (2). L'évêque sort alors de l'église, suivi du peuple qui chante des hymnes et des antiennes accompagnées toujours comme d'un refrain de ces mois : Béni s oU celui qui vient au nom du Seigneur ! Tous les enfants, même ceux qui, ne pouvant encore marcher à cause de leur jeune âge, sont portés au cou de leurs mères, ont dans les mains des rameaux de palmier et d'olivier; et l'évêque qui représente le Seigneur est conduit, comme lui, sur un âne, du sommet de la montagne des Oliviers à l'église de la Résurrection ; les personnes de qualité, hommes et femmes, ont aussi des montures ; 'on va très lentement pour ne pas fatiguer le peuple.
Ne se sent-on pas ici en présence d'un office original, j'allais dire autochtone, composé sur les lieux mêmes
(1) Cf. Les églises de Jérusalem, p. 164. Le P. Grisar est venu apporter une confirmation inattendue à notre thèae en montrant que cette influence s'est exercée sur la topographie même des églises de Rome. Gcrusalcwmc c Borna : analnyic di topoijni/ia sacra e di Liturgia. Civilta ca'iol., 13 sett. 1895.
(2) Matth., XXI. Peregrinatio, p. 91.
OÙ cet événement s'est accompli ? Or, si l'on compare maintenant à cet office celui que nous célébrons aujourd'hui dans l'Église romaine pour la bénédiction des rameaux, on trouvera entre les deux les plus frappantes analogies : lecture du livre de l'Exode, oraisons, lecture du même passage de saint Matthieu, chant de psaumes et d'antiennes, procession avec le chant d\i Pueri Bebrœorum... Btnedictus qui venit in nomhie Domini. Tout cela constitue un ensemble de facture très antique, très particulière ; il n'est pas téméraire de conclure que dans la liturgie de ce jour, aussi bien que dans le chant qui accompagne les paroles, nous avons un écho à peine affaibli des antiennes et des répons dont retentissait à pareil jour au iv« siècle le mont des Oliviers.
« Les enfants des Hébreux, portant des branches d'olivier, allèrent au-devant du Seigneur ; ils criaient et disaient : Hosannah au plus haut des cieux !
« Les enfants des Hébreux étendaient leurs vêtements sur le chemin ; ils criaient et disaient . Hosannah au fils de David ; Béni celui qui vient au nom du Seigneur !...
« Voici celui qui doit venir pour sauver son peuple ; il est notre salut et la rédemption d'Israël. Qu'il est grand ! Les Trônes et les Dominations viennent au-devant de lui. Ne crains pas, fille de Sion ; voici ton roi qui vient à toi, monté sur le fils de l'ànesse, comme il est prédit.
« Salut, ô roi, créateur du monde, qui venez pour nous r.ncheler ..
" Une foule de peuple, portant des fleurs et des palmes, marche au-devant du Hédempteur, et rend un digne hommage ;i ce vainqueur triomphant. .Aujourd'hui les nations puljlient la grandeur du Fils de bien, et à la gloire du Christ, l'air retentit d acclamations : « Hosannah au plus haut des cieux 1 »
Le caractère local, particulier à Jérusalem, n'est
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pas moins marque les autres jours de cette semaine sacrée. On allait lire sur les lieux mêmes oii s'est accompli le drame de la Passion les passages de saint Matthieu ou des autres évangélistes qui en racontent les divers épisodes (1).
Jeudi saint. — Le Jeudi saint est l'anniversaire de l'institution de l'Eucharistie. La procession et les honneurs dont est entourée à l'office de ce jour l'hostie sainte en sont le souvenir.
Beaucoup d'églises ont aussi conservé au même jour le rite du lavement des pieds que le Seigneur accomplit avant la dernière cène et quia eu longtemps une grande importance liturgique. Le missel romain donne des antiennes et des oraisons pour cette cérémonie (2). C'est encore là un de ces rites très antiques de la liturgie primitive, comme on en retrouve si souvent dans ces trois jours.
C'était aussi le jour où les pénitents, après avoir longuement expié leurs péchés durant le Carême, et s'être préparés à l'absolution par le jeune et la prière, étaient reçus dans l'Église. Tout ce qui concerne cette liturgie des pénitents a disparu peu à peu (3).
Mais la plus importante cérémonie de ce jour est la bénédiction des saintes huiles, qui se pratique encore dans toutes les églises cathédrales et qui se rattache au baptême. On bénit à la fois l'huile dont on se ser-
(1) Voir page 3o6-3o7.
(2) Lire la description de ce rite dans l' Année lilurgJquc, Passion et Semaine sainte ; voir aussi plus loin le chapitre xxix, Voyaueurs et pèlerins.
(3) Cf. plus loin le chapitre xxviii, la Pénitence,
vira pour l'onction des catéchumènes et qui est appelée huile des catéchumènes, celle des infirmes pour le sacrement del'extrême-onction, et le saint chrême (mélange d'huile et de baume) pour le baptême et la confirmation. Les formules et les rites en sont fort anciens [i).
La distinction entre ces trois grandes cérémonies était autrefois mieux marquée encore, car il y avait , ce jour-là trois messes, Tune pour l'absolution des pénitents^ l'autre pour la bénédiction des huiles, la troisième pour l'anniversaire de l'institution de l'Eucharistie.
Vendredi saint. — Ces trois derniers jours de la semaine sainte sont, comme nous l'avons ait souvent, les plus importants de l'année au point de vue liturgique ; ils nous ont conservé les rites des plus anciens âges ; nous touchons aux assises mêmes de la liturgie. Rien de plus suggestif à ce point de vue que les rites du Vendredi saint. Comme dans ces puits de fouilles qui ont permis d'étudier en une même cité plusieurs civilisations superposées, nous retrouvons ici quatre couches ou stratifications bien distinctes de rites, qui, en réalité, appartiennent à des cérémonies ou mênie à desliturgies différentes : l'ancienne synuxe alitur g ique, les oraisons litaniques, l'adoration de \a, croix, la messe des présanctifîés.
Nous trouvons d'abord au missel une lecture dOsée,
(1) Voyez plus loin le chapitre xxiv, SanclificatioD des élcm'enis (bénédiction de l'huiJe). Cf. aussi Duchesne, Origines du culte oliretieu, p. 294, et dom Guéranger {Passiuu et $'•w;iinn sainte), qui décrit toute la cérémonie et donne les formules.
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une de l'Exode, et celle de l'Évangile, entrecoupées de traits et d'oraisons ; c'est le type le plus ancien de la réunion sans la célébration de l'Eucharistie (1). Les prières ou oraisons avec l'invitation à prier, le flectamus genua, et l'oraison proprement dite sont un autre type des supplications qui avaient lieu dans la plupart des réunions anciennes ; l'adoration de la croix et la messe des présanctifiés, deux cérémonies adventices, appartiennent, la première à la liturgie de Jérusalem, avec des prières d'une touche gallicane (2), la seconde à la liturgie grecque (3).
La première de ces cérémonies, si belle et si touchante avec les impropères et le chant du Pange lingua^ a son origine à Jérusalem au iv^ siècle. Voici le récit écrit à celle époque par celte voyageuse gauloise à laquelle nous avons fait déjà plusieurs emprunts. Celte page esl trop remarquable pour que nous n'ayons pas plaisir à la citer : Le Vendredi saint, à huit heures du matin, le clergé et le peuple se réunissent dans une église oîi se conserve la vraie croix du Sauveur. L'évêque s'assied sur sa chaire : devant lui est placée une table couverte d'une nappe ; les diacres sont debout tout autour. On apporte le reliquaire d'argent doré, on l'ouvre et Ton dépose sur la table le bois sacré et le titre de la croix. L'évêque étend la main sur la sainte relique et les diacres veillent avec lui pendant que fidèles et catéchumènes défilent un par un devant la
{{) Duchesne, J. c, p. 224. Pour nous, c'est encore le type de la Vigile ou avant-messe. Voyez ci-dessus, p. 83.
(2) Suivant la remarque de Duchesne, 7. c, p. 238. Léchant du Popule meus est de la liturgie des pénitents au mozarabe ; te Tii-ugion f-lait usile à Constantinople au v« siècle ; il est en partie empruntéau IV livre d'Esdras. Cf. plus loin chap. xxviii.
(3) Du moins actuellement; nous laissons de côté ici la question d'origine.
PRIÈnK AXTIQIE. 8
table, s'inclinent et baisent la croix; ils touchent la croix et le titre de la croix, du front et des yeux, mais il y a défense d'y porter les mains. Cette surveillance minutieuse n'était pas inutile ; on racontait àSilvia qu'un jour un fidèle trop peu scrupuleux, faisantmine de baiser la croix, y appliqua les dents et parvint à en détacher un morceau pour s'en faire une relique. Les diacres sont là pour empêcher le fait de se reproduire.
Saint Cyrille, un évêque de Jérusalem du même temps, nous parle lui aussi de cette cérémonie et ajoute ce précieux détail que « des reliques de ce bois sacré ont été répandues sur toute la terre (1) ». La cérémonie durait toute la matinée du vendredi, tout le peuple entrant par une porte et sortant par l'autre pour défiler devant la croix. C'est à cette époque la seule cérémonie du matin ; les lectures et le récit de la passion ont lieu l'après-midi.
Quant à la messe dite des présancti/îés (2, c'est une cérémonie dans laquelle on ne consacre ni le corps, ni le sang du Seigneur, mais on consomme les saintes espèces consacrées dans une messe précédente. Dans l'Église grecque, durant le Carême il n'y a messe que le samedi et le dimanche ; tous les autres jours on se contente d'une messe des présanctifiés. L'Église latine n'a conservé de cet ancien rite que le seul exemple du Vendredi saint. On y récite simplement le Pater elles prières de la communion.
Samedi saint. — Le Samedi saint ne le cède en rien au grand Vendredi pour la variété et l'antiquité des
(1) Catéchèse X, n. 19, et IV, 10; XIII, 4.
(2) G'est-à-dire où les saintes espèces ont été sanctifiées à l'avance, dans une messe précédente.
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rites. Primitivement il n'y avait pas de service spécial ce jour-là.Tout ce qui s'accomplit aujourd'hui le samedi appartient en réalité au service de Pâques et se célébrait dans la nuit du samedi au dimanche. Ici encore il nous faut distinguer plusieurs rites d'origines diverses qui se sont agglutinés : 1° la bénédiction du feu nouveau, de l'encens et du cierge pascal ; 2° les lectures ; 3° la bénédiction des fonts ; 4» les litanies et la messe.
On a discuté beaucoup sur l'origine et la signification de ces rites, qui sont d'un symbolisme très profond, et qui peuvent être considérés avec raison comme les plus beaux du culte chrétien. Les rites de cette catégorie ont certainement un rapport étroit avec la fête pascale ; ce feu nouveau, cet encens, ce cierge symbolisent à leur manière la résurrection du Christ, sa victoire sur les ténèbres et sur la mort, comme nous le disent les formules employées pour leur bénédiction. Mais, selon nous, ainsi que nous l'avons expliqué plus haut, ces rites semblent être, à quelques variantes près, ceux du. Lucernaire, c'est-à-dire de l'office quotidien du soir, du sacrificium vespertinum, qui s'accomplissait avec les mêmes cérémonies, bénédiction du feu, des cierges, de l'encenS;, avec une allusion à la résurrection du Christ, comme l'office du matin (Ij. Cela éclaire d'un jour nouveau à la fois la cérémonie du lucernaire et celle du grand Samedi. Nous ne parlerons pas plus longuement ici de cette cérémonie, nous
(1) Cf. notre étude sur Silvia, p. 47 et 112. Silvia remarque que le feu avec lequel on allumait les flambeaux pour le Lucernaire se prenait à la grotte du Saint Sépulcre. On connaît la tradition du feu sacré qui, selon les Grecs, s'allumerait miraculeusement le Samedi saint à cette grotte.
réservant de le faire dans un chapitre spécial sur la sanctification des éléments (1).
Nous dirons peu de chose de la lecture des prophéties ; ces lectures entremêlées d'oraisons et de traits sont, comme celles du Vendredi saint, un des plus anciens types de la Vigile. Elles avaient pour objet principal l'instruction des catéchumènes ; plusieurs sujets des fresques des Catacombes sont empruntés à ces lectures et prouvent combien elles étaient populaires ; ce sont du reste quelques-unes des plus belles pages de l'Ancien Testament : la création, le déluge, le sacrifice d'Abraham, le passage de la mer Rouge, la vision d'Ézéchiel, la prophétie de Jonas, et les trois enfants dans la fournaise.
La bénédiction des fonts avait sa place marquée au Samedi saint, puisque c'est durant la nuit que les catéchumènes recevaient le baptême. On peut citer ces prières parmi les plus remarquables du formulaire chrétien. Quoi de plus expressif que ce trait tiré du psaume 41« pour peindre les désirs des catéchumènes qui ont aspiré pendant tout le Carême après la cérémonie du baptême :
o Comme le cerf aspire après les sources d'eau vive, ainsi mon àme aspire après Toi, ô Dieu!
« Mon âme a soif du Dieu vivant : quand viendrai-je, et quand apparaîtrai-je devant la face de Dieu?
« Mes larmes ont été mon pain du jour et de la nuit, tandis qu'on me dit chaque jour : où donc est ton Dieu ? » •
La messe n'a pas d'introït. Elle commence, conformément au rite antérieur au iv siècle, parles litanies qui y sont conservées dans leur intégrité avec toutes
(1) Ch. XXIV.
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les invocations. La messe présente peu de particularités remarquables, sauf que les vêpres, fort abrégées, ont pris place immédiatement après la communion (1).
6. Le cinquantenaire de Pâques à la Pentecôte, ou temps pascal. — « Additionnez toutes vos fêtes, dit Tertullien aux païens de son temps, vous n'arriverez pas au cinquantenaire de la Pentecôte (2). » Ces quelques semaines étaient en effet considérées primitivement comme une seule fête, fête joyeuse, toute pleine de l'allégresse de la résurrection et du triomphe du Christ. La liturgie du temps n'a plus la richesse de celle du Carême ; il n'y a plus d'office que pour le dimanche. Les prières liturgiques font encore allusion à ces néophytes qui ont reçu le baptême à Pâques, et à la transformation qui s'est opérée en eux. La coutume de lire les Actes des apôtres à ce moment est fort ancienne, attestée déjà au iV siècle ; en effet, les premiers chapitres des Actes sont consacrés au récit de ce qui est advenu après la résurrection du Sauveur jusqu'à la Pentecôte. L'Ascension a de bonne heure pris la place qui lui revenait, dix jours avant la Pentecôte (3).
A peu près à la même époque a été instituée une solennité qui a quelque peu modifié le caractère du temps pascal et qui constitue une curieuse innovation liturgique. Vers le milieu duv* siècle, Claudien Mamert, évêque de Vienne en Dauphiné, pour écarter les fléaux qui désolaient son pays, prescrivit
(1) Pour le détail cf. Dom Guéranger, la Passioa et la Semaine suinte.
(2) Do. Mol. c. XIV.
(3) Vers le commencement du v« siècle probablement. Cf. Paléographie musicale, 1897, p. 102.
trois jours de jeûne et de pénitence, avant la fête de rAscension. Oq faisait lane procession chacun de ces trois jours, en chantant des litanies, c'est-à-dire ces prières de supplication dont nous avons parlé. C'est une solennité toute française, <fui fut adoptée par les autres contrées d'Occident. On appelle ces trois jours les Rogations.
7. Le temjjs après la Pentecôte. — Nous n'a jomteroîis rien à ce que nous avons dit sur le caractère composite et varié de cette saison liturgique. Dès le vii« ou. vni® siècle, on s'est efforcé de lui donner plus de cohésion etd'unité.On y lit d'importantes portions de l'Écriture sainte : les livres des Rois, de la Pentecôte à août ; les livres sapientiaux, en août ; en septembre, les hagiographes (Tobie, Judith, Estber, Job) ; en octobre les Machabées ; en novembre les prophètes. Les séries d'oraisons et de lectures des messes du dimanche présentent aussi une belle suite d'enseignements pour le développement de la vie intérieure dans le chrétien (1).
(1) Cf. L'Année liturgique. Temps après la Pentecôte. Cette partie de l'ouvrage est due au R. P. Dom Lucien Fromage, qui a su continuer avec tant de fidélité les traditions de Dom Guéranger.
CTIAPITRE XIX
Jésus-Clirisl hier et aujourd hui et liti encore dans les siècles. (Hebr. xui, 8.)
De vieilles fresques des Catacombes nous montrent le Christ sous la forme d'un pasteur, au centre d'une voûte autour de laquelle sont représentées les saisoas sous des figures symboliques. Qu'il y ait ici simple hasard d'un pinceau en quête d'un motif d'ornemenlalion, ou intention symbolique, il est certain que ces peintures expriment une pensée profonde : le Christ est au milieu des temps, il est le centre de l'année liturgique. Comme nous l'avons montré plus haut, toutes les fêtes de l'année gravitent autour des deux grandes fêtes du Seigneur, Noël et Pâques, qui sont comme les deux pôles de l'année chrétienne. Entre ces deux termes extrêmes devaient naturellement prendre place les autres événements de sa vie mortelle :
L'Epiphanie, qui amène aux pieds de l'Enfant divia les mages de l'Orient et qui forme avec Noël la fêle de la manifestation de Dieu à la terre ;
La Circoncision, qui met sur la chair du Sauveur le sceau du sacrement de l'ancienne alliance et verse les premières gouttes du sang rédempteur (l^"" janvier) ;
La Présentation de Notre-Seigneur au temple et la prophétie du vieillard Siméon, autrement dit la fête delà Purification de lasainle Vierge, au 2 février;
L'Annonciation de l'ange à Marie (au 25 mars), qui
est la première annonce, le premier son de cloche de la fête de Noël ;
L'Ascension, quarante jours après Pâques ;
Les fêles de la Croix au 3 mai et au 14 septembre ;
Le baptême du Sauveur par saint Jean-Baptiste et le premier miracle à Cana (6 janvier) ;
Puis des fêtes moins anciennes : la Transfiguration au 6 août, le Précieux Sang, la fête du saint Nom de Jésus, la fête de l'Eucharistie ou Cor-pus Christi, et celle du Sacré Cœur ;
Enfin des fêtes de composition plus moderne : la fête des Cinq Plaies de Notre-Seigneur, de la Lance et des Clous, du saint Suaire, etc.
Nous ne nous arrêtons pas à expliquer le sens de ces fêtes ni à en décrire l'histoire, non pas que leur connaissance ne soit nécessaire à celui qui veut vivre avec l'Église sa vie de prière, mais parce que chacune a sa notice dans l'Année liturgique de dom Guéranger, et que nous supposons toujours ce livre précieux entre les mains de nos lecteurs (1).
Les autres fêtes de la sainte Vierge et des saints ne sont montées qu'après les fêtes de Notre-Seigneur sur le cycle liturgique et pour lui servir de satellites. « Réjouissons-nous dans le Seigneur (le Christ), dit l'introduction à la messe d'un bon nombre de saints, réjouissons-nous en célébrant la fête en l'honneur de ce saint I Les anges s'en réjouissent et louent le Fils de Dieu, » C'est la théorie des apôtres, des martyrs, avec leurs palmes dans les mains, des pontifes
(1) En dehors de cet ouvrage, nous renverrons au traité de Benoît XIV, di'FcstisD. N. J.-C, traduit en français ; Histoire di' mvKièrcs et di's fctos do N.-S. et do sa sainte More, par l'abbé Pascal, Vives. 1863. 2 vol,; ou au livre de Thomassin sur les fêtes, ou à l'excellent Knleudarium du l'ère Niiles.
et des confesseurs, des vierges et des saintes femmes, qui suivent le Christ et forment son cortège.
En résumé, l'année liturgique n'est autre chose que la révolution de Tannée autour du Christ, la reproduction des principaux événements de sa vie.
Voilàpour l'année chrétienne ; le système liturgique quotidien ne se relie pas moins étroitement au Seigneur Il est sorti tout entier de la cène ou du repas du Christ, comme nous l'avons établi ailleurs. L'institution de l'Eucharistie en est le point central, elle exerce sa loi d'attraction sur le culte tout entier. La vigile est devenue l'introduction obligée à la messe ; toutes les heures canoniales qui procèdent de la vigile ont été rattachées par elle à la messe. Les sacrements et les grandes cérémonies liturgiques sont à leur tour attirés vers ce foyer d'où la lumière et la chaleur rayonnent sur toute la vie chrétienne ; le baptême et la confirmation, la pénitence, l'ordre, la consécration des vierges, la dédicace des églises, la bénédiction des prélats, les cérémonies pour les morts, sont aussi tributaires de l'Eucharistie, et presque tous ces rites s'encadrent dans la messe des catéchumènes. Si l'extrême-onction s'y est soustraite, dans une certaine mesure, par la force même des circonstances, ainsi que le mariage, il- y sont revenus par une autre voie.
La semaine et l'année chrétienne ne sont aussi en un sens, nous lavons dit, qu'une consécration du service eucharistique et du dimanche (1\
La figure radieuse du Christ illumine donc toute la litui g.e : il est le grand pontife de la terre, son avo-
262 LE LIVRE DE LV PRrÈBE ANTIQUE
cat, son prêtre, son intercesseur. Il est rintermédiaire, le grand médiateur entre Dieu elles hommes, c'est par lui que Ton demande toutes choses.
Cette grande loi de la prière chrétienne éclate à chaque pas dans la liturgie catholique ; c'est cette doctrine du Christ médiateur qu'elle enseigne. Chacune de ses prières se termine par une doxologie, c'est-à-dire par une invocation ou une acclamation à la louange du Christ: n Par Notre-Seigneur Jésus-Christ, votre Fils, gui vit et règne avec vous dans tous les siècles des siècles; ou encore: Par le Christ, Notre- Seigneur, qui, avec Dieu le Père et le Saint-Esprit, vit et règne à tout jamais. Amen. »
Tous les psaumes, toutes les hymnes sont couronnés aussi de la doxologie chrétienne Gloire au Père, au Fils et au Saint-Esprit, ou selon un autre usage : Gloire au Père par le Fils, dans le Saint-Esprit, ou quelque autre formule analogue. Toute prière catholique est marquée de cette frappe ; elle est baptisée dans la Trinité, elle est offerte au Père par le Fils dans le Saint-Esprit.
La messe proprement dite (messe des fidèles) n'est composée que d'une série d'oraisons, toujours terminées par la prière d'intercession du Fils : Par Notre- Seigneur, par le Christ, par lui, avec lui, en lui, est toute gloi7'e à Vous, Dieu le Père, dans l'unité du Saint- Esprit. La préface n'est elle-même qu'une longue doxologie, la plus complète, la plus développée et la plus parfaite, qui énumère avec complaisance les tifres du Fils et célèbre sa puissance d'intercession. C'est encore de cette manière que sont terminées les oraisons en l'honneur de la sainte Vierge et des saints.
LE CnBlST CciNTRE DE LA LITURGIE 263
« Accordez, Seigneur Dieu, à nous vos serviteurs, de jouir, d'une perpétuelle santé de l'esprit et du corps : et par 1 intercession de la bienheureuse et glorieuse Marie toujours vierge, délivre/uous de la tristesse présente et faites-nous jouir de la joie étemelie. Par Nôtre-Seigneur Jésus-Christ, votre Fils, qui vit et ré„'iie avec vous en l'unité du Saint-Esprit dans tous les siècles des siècles. Amen.
n 0 Dieu, qui entre les autres miracles de votre puissance avez concédé la victoire du martyre à ce sexe fragile, accordez, noiis vous en prions, à nous qui célébrons le jour natal ^ajiai- ■versaire du martyre) de la bienheureuse Agathe, votre vierge et votre martyre, de cheminer vers Vous par ses exemples. Par Notre-SdijDcur Jésus-Christ. »
El ainsi pour toutes les oraisons, à moins qu'elles ne soient adressées directement au Fils lui-même, comme il arrive quelquefois :
<< 0 Dieu, qui avez donné au bienheureux Pierre votre apôtre, avec les clefs du royaume du ciel, le droit de lier et de délier; accordez-nous par son intercession, d'être délivrés des liens de nos péchés. Vous qui régnez et vivez dans les siècles des siècles. Amen. »
Ou encore dans les oraisons avant la communitxn de la messe :
« Beigneor, Jésos-Cihrist, qui avez dit à vos apôtres : Je vous laisse ma paix, je vous doime ma paix : ne regardez pas mes péchés, mais la foi de votre Eglise : et daignez, selon votre volonté, la pacifier et l'unir. Vous qui vivez et régnez, Dieu dan£ les siècles des siècles. Amen. »
Ainsi, dans cet immense jardin de la liturgie, le Chri-st est au carrefour de toutes les routes : toutes les avenues conduisent à lui.
Du reste, ceci ne saurait nous étonner. Saint Paul, en cette matière, comme en bien d'autres, a psosé le principe: « Tout ce que vous faites en paroles cl en. œuvres, faites-le au nom du Seigneur Jésus-Christ, rem-
dant grâces à Dieu et au Père par lui (1). » Et en ce qui concerne la liturgie, d'une façon plus expresse, après avoir prescrit aux fidèles de chanter des psaumes, des hymnes et des cantiques spirituels, il ajoute: « Rendant grâces toujours et pour tout à Dieu le Père, au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ (2). » Tout se fera au nom du Seigneur Jésus, et par lui au nom du Père et du Saint-Esprit. Tel est le principe des doxologies.
Le signe de la croix n'est lui-même qu'une doxologie, soulignée par un geste liturgique. Le fidèle, en marquant sur son front et sur sa poitrine le signe sacré, professe cette même doctrine avec plus de précision encore et d'éclat ; il unit la Trinité dans le signe delà rédemption, et il proclame que l'action qu'il commence ou qu'il termine par le signe de la croix, sera faite ou a été faite au nom du Père, du Fils et du Saint- Esprit (3).
Ce n'est pas le lieu de traiter ici ce grand sujet des doxologies qui à lui seul demanderait une longue dissertation. Mais il sera bon, dans ce livre destiné surtout à mettre en relief les beautés de la liturgie, de citer quelques-unes de ces invocations.
• On en peut trouver des exemples même dans l'Ancien Testament : ainsi dans le magnifique cantique de David :
« Tu es béni, Seigneur Dieu d'Israël, notre Père, durant l'éternité. A Toi est la magnificence, la puissance et la gloire et la victoire, et la louange : car tout ce qui est dans le ciel et sur
(1) Col. iii, 16.
(2) Eph. V, 20.
(3) Sur le signe de la croix, voir plus \iaut le ch. vnr, Gestes liturgiques, p. 129.
la terre est à Toi : à Toi le royaume, et tu es au-dessus de tous les princes.
« A Toi les richesses, à Toi la gloire (1). »
Mais dans la nouvelle alliance le Christ prend sa place à côté du Père. Saint Paul, qui a posé le principe dans les paroles que nous avons citées plus haut, l'applique maintes fois dans ses épîtres : il n'en est guère où l'on ne rencontre des acclamations comme celle-ci :
« A Dieu seul sage, par Jésus-Christ, à qui est honneur et gloire dans les siècles des siècles. Amen (2'. »
« A Lui, à Dieu, gloire dans l'Eglise, et dans le Christ Jésus, dans toutes les générations des siècles des siècles. Amen (3). »
Saint Pierre et saint Jean, dans leurs courtes épîtres, ont aussi des doxologies :
« Croissez en la connaissance de Notre-Seigneur et Sauveur Jésus-Christ ; à lui gloire maintenant et dans le jour de l'éternité. .\men... A lui gloire et empire dans les siècles des siècles [i). »
» Grâce soit à vous, miséricorde, paix par Dieu le Père, et par le Christ Jésus, Fils du Père dans la vérité et la charité (o). »
Et saint Jude, qui termine sa lettre par cette magnifique doxologie :
c Au seul Dieu notre Sauveur, par Jésus- Christ Notre-Seigneur, gloire et magnificence, empire et pouvoir avant tous les
(i) I Parai, xxix, 10 seq. Cf. aussi ps. xxviii, 1 ; xcv, 7 ; cm, 31. etc.
f2) Rom. XVI, 27 ,3) Eph III. 21 Cf. aussi : Phil, iv, 20, 23; Heb. xiii, 21.
(4) I Pet. V, 10 ; Il Pet. ni, 18; iv, 11 ; v, 10.
(5) 11 Joh. 3.
siècles, et maintenant et dans tous les siècles des siècles. Âmen (1). »
DansFApocalypsenous en retrouvons aussi un grand nombre :
« A lui qui est témoin fidèle, Jésus-Christ, gloire et empire dans les siècles des siècles. Amen... A celui qui est assis sur le trône et à l'Agneau, bénédiction, honneur, gloire et pvdssance dans les siècles des siècles... Amen. Bénédiction et clarté et sagesse et action de grâces, honneur et vertu et force à notre Dieu dans les siècles des siècles (2). »
Ces doxologies se rencontrent également nombreuses dans les écrivains anciens. La Doctrine des apôtres termine ainsi une prière : « A toi sont la. gloire et la puissance par Jésus-Christ dans tous les siècles (3). »
Cette doxologie, comme nous l'avons fait remarquer, ressemble à celle qui termine le canon dans la liturgie rom,aine :
« Par lui, avec lui et en lui est à Vous, Dieu le Père toutpuissant, dans L'unité du Saint-Esprit, tout honneur et toute louange dans tous les siècles des siècles. Amen (4). »
(1) Jud., 2o.
(i*) Apoc. I, 6 ; V, 13 ; vu, 12; .\ix, 1.
J3i Cap IX.
(4) Remarquons en passant que cette doxologie dans la DoetDue termine le Pater, et que dans le rite milanais du iv siècle, ainsi que dans plusieurs liturgies orientales, le Paier se termine également par une doxolo;,âe ; d'où l'on pourrait peut-être induire i|ue l'embolisme da Palor n'a été primitivement qu'une doxologie. (Cf le c/c Sacrawenlif; et Probst, Lit. d. IV Jahr., p. 198, 264 et 263.) Voyez aussi sur ce sujet Chase, Thi^ LorcTs prayer (dans Taxis u. Sliidirs), p. 168 et seq., qui distingue la forme hébraïque et la forme hellénistique de la doxologie, et aussi Hooker's, Ecclesia^tjcal polily, V, 42 seq. Selon Chase, l'usage des doxologies aurait été importé par les hellénistes (/. c , p. 113 . — Le Libéra nus queesurotis^, dans la liturgie romaine, se termine lui-même par la doxologie.
Un martyr, au moment de sacrifier sa vie pour Jésus, s'exprime en ces termes touchants :
« Seigneur Dieu du ciel et de la terre, Jésus-Christ, j'incline ma tête en victime pour ton amour, Toi qui demeures éternellement; à qui est l'éclat et la magnificence dans les siècles des siècles. Amen (1). »
Deux autres, tandis qu'on les mène au supplice :
* A Toi la louange, à Toi la gloire, à Toi nous reconnnandons notre âme et notre esprit (2). »
La doxologie suivante, qui est d'origine grecque, est parvenue en Occident par la liturgie bénédictine :
« A Toi convient la louange, à Toi convient l'hymne, à Toi la gloire. Dieu Père et Pils avec le Saint-Esprit dans les siècles des siècles. Amen (3). »
Mais la plus célèbre de toutes les doxologies est celle-ci : « Gloria Palriet Filio et Spirituisancto, sicut erat in principio et nunc etsemper et in ssecula sseculorum. Amen. Gloire au Père, au Fils et au Saint-Esprit., comme iléiait au commencemeni, ei maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Amen. »
Il n'est peut-être pas dans la liturgie de formule qui ait une plus haute valeur dogmatique. Elle fut sans doute composée au temps des erreurs d'Arius et de Macedonius contre la Trinité, et elle leur fut opposée,
(1) S. Félix, Ruinart. Ac<a martyriim sincera (Paris, 1689), 318.
(2) S. Lucien et S. Marcien, ib., 154.
(3 Gf CoasUt. Apost. vu, 18 ; Pi. Athanase, de Virg. ; Bunsen, Aaal. Anten. m, 83. Dans la liturgie de S. Benoit, elle termine Matines Cf. plus haut le chapitre : Hymnes et autres chants. Voir aussi une doxologie à la fin des canons d'Hippolyte, Texts. u. [Jntersuch.,\l, 4, p. 137.
comme réponse à leurs mensonges. Elle exprime en effet en quelques mots la foi au Père, au Fils et au Saint-Esprit, à leur divinité, à leur égalité, elle les honore du même titre ; c'est, en aussi peu de mots que possible, une profession de foi en la Trinité. On l'a appelée petite doxologie, par opposition au Gloria in excelsis qui est appelé la grande doxologie. Le sicut erat, qui paraît une addition occidentale un peu postérieure, insiste sur l'éternité du Fils niée par les ariens. La finale in ssecula sseculorum, eiper omnia sœcula sœculorum, est apostolique.
La formule primitive est Gloire au Père et au Fils et au Saint-Esprit dans les siècles des siècles. On usa aussi des variantes : Gloire au Père et au Fils avec le Saint-Esprit ou par le Saint-Esprit (1). Les ariens, ne pouvant éviter cette formule, l'altérèrent en disant : Gloire au Père dans le Fils et V Esprit-Saint, ce qui lui enlevait sa signification dogmatique. Dans la liturgie mozarabe on disait : Gloire et honneur au Père et au Fils, etc. La forme complète telle que nous l'avons donnée ci-dessùs, avec le sicut erat, apparaît dans un concile du vi* siècle (2) ; elle fut bientôt adoptée partout.
Un grand docteur du ive siècle, saint Basile, a consacré à la discussion dogmatique de ces doxologies une lettre célèbre. « Dernièrement, dit-il, je priais avec mon peuple, et j'employais pour doxologie tantôt {Gloire) au Père avec le Fils, et avec te Saint- Esprit; tantôt au Père par le Fils dans le Saint-Esprit. Quelques-uns des assistants nous en firent un crime,
(1) Cf Ps. Athan. de Virgin.
(2) Le concile de Vaison, 529.
comme si nous employions des formules non seulement nouvelles, mais encore contradictoires. » C'est pour les rassurer et leur expliquer sa pensée qu'il écrit son traité. On voit quelle était à cette époque l'importance d'une formule liturgique (1).
Au ve siècle,Cassien affirme que dans tout l'Occident on disait le Gloria à la fin de tous les psaumes ; on le disait aussi en Orient et en Egypte, quoique moins fréquemment. Saint Benoit adopta aussi cet usage, et il prévalut bientôt dans toute l'Église occidentale. Cette confession solennelle de la Trinité à la fin de chaque psaume est d'une grande beauté ; elle leur appose le sceau du baptême chrétien, qui est la confession du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
La petite doxologie est encore employée à la fin des répons des nocturnes (2).
Nous ne pouvons mieux faire, pour terminer ce chapitre consacré à montrer la place occupée par Notre- Seigneurdans la liturgie, que d'énoncer ici les différentes figures sous lesquelles il a été honoré et les noms que l'imagination féconde des écrivains des premiers siècles s'est ingéniée à lui donner. Ces listes de noms sont de vraies litanies, et plusieurs de ces symboles ont du reste été adoptés par la liturgie (3).
(1) De Spiritu sancto, 3, Cf. de Régnon, Etudes de théologie positive sur la saiate Trinité, lU" série, p. 120. Querelle au sujet d'une doxologie.
(2) La lettre de saint Jérôme à Damase pour lui demander d'introduire Je Glona Patri est apocryphe. Elle doit être postérieure. Mais dès le vi^ siècle des conciles obligent de réciter le Gloria à la fin des psaumes, v. g. le 3^ concile de Narbonne, 589, ci ;.-:s conciles de Tolède, 589 et 633
(3'AiQsi, pour n'en pas citer d'autres exemples, les fameuses antiennes 0 de l'Avent appellent le Christ : Sagesse, Adnnaï, racine de Jessé, clef de David, Orient, Roi des nations, Emmanuel.
Le Christ lui-même s'était appelé la Lumière, la Voie, la Vérité, et la Vie, la Porte par laquelle on entre, le Pasteur, la Vigne (i). Ses apôtresTappellent Z'Agrneau, la Pierre angulaire, le PrincijJe et la fin, V Alpha et V Oméga (2).
La voie était ouverte ; les Pères de Fâge suivant renchérirent, et voici les listes de noms que nous trouvons dans leurs ouvrages. Il faut remarquer que tous ces noms sont des symboles et renferment parfois un sens profond.
Tous les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament, la nature tout entière, la mythologie elle-même sont mises à contribution pour fournir un nom ou un symbole, et comme un nouveau traita cette physionomie du Christ, qui pour le vrai chrétien est la splendeur du beau, résume la beauté de tous les êtres créés, et rayonne sur la nature tout entière comme sur l'histoire des siècles, d'un éclat divin.
Pour saint Justin, le Christ est :
L'Ange du grand conseil , l'Homme , le Fils de l'homme, le Serviteur, le Christ, Dieu, la Sagesse, Joseph, l'Etoile, l'Orient, Jacob, Israël, la Fleur, la Pierre angulaire, le Feu, la Vertu (3).
Pour Clément d'Alexandrie, Jésus est le Pédagogue, le Roi, le Frein, le Pêcheur, le Pasteur, la Lumière, le Laboureur,la Fontaine, la Nourriture, le Pain, le Sang, le Lait (4).
Sain.t Ephrem, l'un des écrivains les plus riches en
(1) Joh. XIV, 6; VIII, 12, etc.
(2) I Pet. u, 5 ; I Cor. x, 4 ; Apoc. i, 8. ■;3) Dial. cum Tryphonc, n° 126.
4) Pedaq., 1. l\V, P.G. VIII, 681-684 et 303.
symboles, ne donne pas moins de vingt-deux noms au Christ :
« L'Emmanuel, FEtoile, le Prince, l'Orient, l'Admirable, le second Abel, Melchisédech, Josué, l'Arbre de vie, l'Agneau, la Tour, Noé, le Bélier, l'OEil, le Levain, le Sel, le Juge, le Pontife, etc. (1). »
(1) Scrmo dd Nativ., 1 et 2, Syr. lat. p. 396-404. Le cardinal Pitra (Do re symbolica, c. i. Spic sol. II, p. xii) et dom Legeay {Les noms de N.-S dans l'Ecriture) ont collectionné toutes ces listes dans les Pères. On pourra voir une curieuse prose dans le missel de Sarum sur les i^oms du Christ Aima chorus Dom:ni (Ordo sponsalium).