CHAPITRE XXi
Nous avons dit dans le chapitre précédent de quel sentiment est né le culte des saints ; il sort des entrailles mêmes du christianisme, il en est une conséquence logique ; il est comme une suite de la foi au Clirist médiateur. Aussi ne faut-il pas s'étonner d'en retrouver la trace aux siècles les plus anciens. On a prétendu quelquefois que les dieux du paganisme s'étaient convertis en saints, ou, comme ils disent, que la foule ignorante avait substitué à ses idoles d'autres idoles revêtues d'un nom différent. Il est incontestable historiquement que dans certaines contrées le culte d'un saint a supplanté celui d'un dieu Mais cette transformation n'a rien qui doive nous surprendre. L'Église, nous l'avons déjà dit, n'est pas venue détruire le sentiment religieux, mais le purifier, l'élever. Dans les cas que l'on cite, elle a transformé un culte idolâtrique et souvent impur, en une dévotion légitime, de même qu'elle a installé souvent dans un temple païen le culte du vrai
PRIÈRE ANTIQUK. 9
Dieu, se contentant de le purifier et d'en chasser les idoles. Dieu reprenait son bien.
Non, le culte des saints, nous le répétons, n'a passa source dans ces bas-fonds de la superstition humaine, mais en ces régions lumineues où rayonne la divinité du Christ, qui vit en ses saints. Les faits historiques, nous allons le voir, nous conduisent au même résultat que le raisonnement théologique; c'est dans les siècles reconnus par tous comme ceux du christianisme le plus pur, que le culte des saints a pris naissance.
Dans ce long cortège de ceux qui suivent le Christ, les apôtres et les martyrs viennent les premiers. Dès l'an loo, les fidèles deSmyrne,dans la lettre où ils racontent le martyre de saint Polycarpe, annoncent le dessein de célébrer le Natalis du martyr par une réunion au lieu même où repose le corps (1) ; mêmes allusions dans la passion de saint Cyprien et dans celle de saint Saturnin (2). Prudence, au iv« siècle, parle aussi de la messe célébrée, au jour anniversaire des martyrs, soit dans la basilique au-dessus de la tombe, soit dans la crypte même et sur le tombeau (3).
On trouve auprès des tombes des martyrs célèbres dans les Catacombes, des graffiti, c'est-à-dire des inscriptions au crayon ou au couteau, tracées par quelque pèlerin qui est venu implorer leur secours, comme celle-ci : « Prie pour nous parce que nous savons que
(1) Migne, Patr. gr., t. V, p. 1043. Ils parlent d'un cœtus antelucaous, suivi d'une synaxe liturgique comme le dimanche. Cf. Rossi, Howa soU. 1. c, 111, p. 488, et lialiiiol, p. 13.
(2)... Ut Dei populus... in saccrdotis passioae vigilaret (Ruinant, Acla, p. 186). WigiliiSfhymais ac sacramentis etiam solemaibus hoaoraret (ib. 109).
(3) Rossi, lioma sott., III, 488, 494.
tu es dans le Christ » ; ou encore : « Prie pour ton père, pour ta mère, pour tes frères, pour ta sœur » ; et cette autre du cimetière de Calliste : « Esprits bienheureux, souvenez-vous de Marcianus et de tous nos frères (1) » ; ou cette autre inscription fameuse d'Autun, sur une tombe au ii^ ou au iir siècle : « Ascandius, père bien-aiméde mon cœur, Et vous, très douce mère, et vous, mes frères, Dans la paix du Sauveur, souvenez-vous de Pectorius ('2). »
Dans les diptyques de la messe, dont l'usage est si antique, on invoque les saints apôtres et martyrs, Pierre et Paul, André, Jacques... Jean et Paul, Cosme et Damien, Félicité et Perpétue, Lucie, Agnès, Cécile, etc. S. Cyrille de Jérusalem, faisant au ive siècle allusion à ce texte, dit : « Ensuite nous faisons mémoire de ceux qui se sont endormis, des saints patriarches, prophètes, apôtres, martyrs, afin que Dieu par leurs prières et leur intercession exauce notre prière (3). » Ce culte des martyrs s'est étendu, développé avec les siècles ; aux quelques martyrs nommés dans le Mémento de la messe d'autres se sont ajoutés. Les fêtes des martyrs forment les assises des calendriers liturgiques ; leur culte se retrouve dans la plupart des églises. Voici une liste des principaux et des plus anciens :
SS. Fabien et Sébastien. ... 20 janvier.
S'« Agnès 21 janvier.
S. Polycarpe 2G janvier.
(1) Rossi, Inscr. I, cxi, et Borna solL, II, 384 et tab. xxx.
(2) Cf. Pitra, Spicilegium Solesmense, I, p. oo4 ; Pohl, Das Ichthys moDumeat von Autun, Berlin, 188Û.
(3) Catéch. xxiii.
S'^ Agathe 5 février.
gies Perpétue et Félicité. ... 7 mars
S. George 23 avril.
SS. Nérée, Acliillée, Domitille. . 12 mai.
SS. Gervais et Protais. ... 19 juin.
SS. Pierre et Paul, apôtres. . . 29 juin.
S. Laurent 10 août.
SS. Corneille et Cyprien. . . . 16 septembre.
S. Eustache et ses compagnons 20 septembre.
SS. Cosme et Damien. . . . 27 septembre.
S'^ Cécile 22 novembre.
S. Clément, pape 23 novembre.
S. André, apôtre 30 novembre.
S^<= Lucie 13 décembre.
S. Etienne 26 décembre.
S. Jean 27 décembre.
SS. Innocents 28 décembre.
La première étape du culte des martyrs fut sans doute leur inscription sur les diptyques de la messe, une vigile et une messe sur leur tombeau. On ne saurait dire à quelle époque on leur composa une messe et un office propres, c'est-à-dire avec des pièces liturgiques choisies spécialement pour eux : ce fut vraisemblablement la seconde étape. Saint Etienne et saint Laurent furent des premiers à jouir de ce privilège ; on ne pouvait recommencer le travail pour chacun des martyrs, et trouver chaque fois une messe et un office nouveaux. On se contenta d'appliquer à tous les mêmes pi-èces : de là l'origine duCommun des martyrs, qui dans le principe fut un Propre (1).
(1) Celte origine des Communs, déjà entrevue et timidement proposée pardom Plaine (le Commun dus martyrs, dans
Pour s'en faire une idée juste et Tétudier avec profit, il faut donc se rappeler que cette liturgie des Communs réunit diverses pièces, psaumes, antiennes, répons, versets, lectures, d'abord destinés à un martyr connu. Le Commun des martyrs, tel qu'il est aujourd'hui, ne doit pas remonter beaucoup plus haut que le ixe siècle.
La littérature liturgique des martyrs est plus riche qu'aucune autre : nous avons dans la liturgie romaine actuelle : le Commun d'un martyr pontife, d'un martyr non pontife, le Commun de plusieurs martyrs au temps pascal, le même hors du temps pascal, et même dans chacun de ces Communs plusieurs pièces de rechange.
Parmi les psaumes employés dans cet office, plusieurs ne se rapportent que très indirectement aux martyrs et l'on ne voit pas trop la raison de leur choix (1). Mais quelques-uns, au contraire, appartiennent depuis longtemps à cet office, et lui ont fourni un grand nombre de répons, d'antiennes ou de versets, par exemple les psaumes 2, 3, 10, 20, 32, 33, 88, 111, llo, 138; ce dernier, dès le temps de Cassiodoreet de saint Augustin, était considéré comme le psaume par excellence des martyrs. Plusieurs nous paraissent avoir été choisis primitivement pour saint Laurent le lll«à cause du verset: « Il a dispersé (ses biens) et
7e Prêtre, 1893 et 1896), a été de nouveau soutenue par dom Bâumer et par Mgr Batillol. Dom Cagin pour le missel a confirmé cette thèse. Elle nous paraît désormais incontestable pour la majorité des Communs, et nous citerons dans ce chapitre quelques nouvelles preuves à l'appui de cette opinion.
(1) Dom Plaine en donne cette raison plausible qu'ils appartiennent à la série des psaumes de Pâques et que l'office des martyrs est calqué sur ce dernier {1. c, p. 803).
les a donnés aux pauvres, » et le 138^ à cause des versets : « Seigneur, vous m'avez éprouvé et connu... éprouvez-moi et connaissez mon cœur », qui font allusion aux actes du martyr (1).
Voici d'autres antiennes et répons empruntés aux mêmes psaumes et qui sont de belles prières :
« J'ai trouvé David mon serviteur, je l'ai oint de mon huile sainte : ma main sera son secours, et mon bras le défendra (ps. 88).
« L'ennemi ne pourra rien contre lui et le fils de l'iniquité ne lui nuira pas (ps. 88).
« Ma vérité et ma miséricorde sont avec lui, et sa puissance sera exaltée en mon nom (ps. 88).
« J'ai juré une fois dans mon saint : sa descendance demeurera éternellement ; son siège sera comme le soleil en ma présence, et comme la lune pour toujours : il sera mon témoin fidèle dans le ciel (ps. 88).
« Les cieux confesseront vos merveilles, 6 Seigneur : car votre vérité est dans l'assemblée des justes. Alléluia (ib.).
« Le juste se réjouira dans le Seigneur et espérera en lui : et tous ceux qui sont droits de cœur seront loués (ps. 63).
« Vous m'avez protégé, ô Dieu, au milieu de l'assemblée des méchants, alléluia; au milieu de la multitude de ceux qui font l'iniquité, alléluia, alléluia (ps. 63).
« Ecoutez, ô Dieu, ma prière quand je vous supplie ; arrachez mon âme à la terreur de l'ennemi (ps. 63).
« Les justes ont crié et le Seigneur les a entendus : et il les a délivrés de toutes leurs tribulations (ps. 33).
« Le Seigneur est près de ceux qui sont dans la tribulation, et il sauvera ceux qui sont humbles d'esprit (ps. 331.
« Les tribulations des justes sont nombreuses, et le Seigneur les délivrera (ps. 33;.
c< Le Seigneur garde tous leurs os : il n'en sera pas brisé un seul » (ps. 33) (2).
(1) Ces psaumes se trouvent appliqués à l'office des martyrs, en dehors de la liturgie romaine, dans plusii'urs autres liturgies. Ces rapprochements entre liturgies, encore incomplètement étudiés, sont précieux, nous l'avons déjà fait remarquer, pour établir les généalogies liturgiques et l'unité primitive.
(2) Plusieurs des versets que nous venons de citer furent d'abord propres, par exemple : Invcni David, probablement appliqué d'abord aux fêtes de la Chaire de saint Pierre.
Quelques antiennes tirées de l'Évangile sont belles dans leur simplicité et bien appliquées aux martyrs :
« Celui qui m"aura confessé devant les hommes, je le confesserai, moi, devant mon Père.
« Celui qui me suit ne marche pas dans les ténèbres, mais il aura la lumière de vie. dit le Seigneur.
<i Que celui qui me sert, me suive : et où je suis, là est mon ministre.
« Si quelqu'un m'a servi, mon Père qui est dans le ciel l'honorera, dit le Seigneur.
« Je veux, Père, que là où. je suis, là soit mon ministre.
« Celui qui hait sa vie en ce monde, la garde pour la vie éternelle » (1).
Quoi de plus beau que ces courtes sentences de la bouche du Christ, qui renferment tout un programme de vie et que les martyrs ont si noblement mises en pratique par leur sacrifice I
D'autres antiennes ont un caractère tout différent, mais n'en sont pas moins intéressantes :
« Vos saints fleuriront comme le lis, Seigneur, alléluia, et seront devant vous comme l'odeur du baume, alléluia.
« Ld. lumière éternelle luira pour vos saints, et l'éternité des temps sera pour eux (2).
« L'habitation de vos saints est dans le royaume céleste, alléluia ; et leur repos sera éternel, alléluia.
« Derrière le voile vos saints criaient, Seigneur, alléluia, alléluia, alléluia.
« Esprits et âmes des justes, chantez une hymne à notre Dieu, alléluia, alléluia.
(l)Ces dernières antiennes auraient été primitivement choisies, selon dom Plaine, pour un diacre (probablement saint Laurent ou saint Etienne), parce que le diacre est proprement le ministre, celui qui sert (oiixovo;). Selon nous, il y a ici une autre allusion à ce lexte des actes de saint Laurent : « Quo sacfi-il(jf^ sancte slac miaisiro properas ? »
(2) Ces deux versets soni tirés du IV* livre d'Esdras, livre curieux, composé vers le m* siècle et qui ne fait pas partie des livres canoniques. Il perdit son autorité vers la fin du iv« siècle, ce qui prouve que l'emprunt est probablement antérieur.
« Les justes brilleront comme le soleil en présence de Dieu, alléluia.
« Filles de Jérusalem, venez et voyez les martyrs, avec les couronnes dont le Seigneur les a couronnés dans le jour de la solennité et de la joie, alléluia, alléluia.
« Ils ont livré leur corps à la mort pour ne pas servir les idoles ; c'est pourquoi ils sont couronnés et ont obtenu la palme.
« Vous avez posé sur leur tète une couronne de pierres précieuses. »
Remarquons en passant qu'il y a de nombreuses allusions dans ces offices à la palme et à la couronne, qui sont les insignes donnés aux martyrs dans Tart chrétien primitif. Peut-être aussi faut-il voir ici une nouvelle allusion aux martyrs les plus anciennement honorés, Etienne, Laurent, Vincent, dont le nom signifie couronne et palme ou victoire.
Parmi les lectures, quelques-unes, surtout celles de la messe (épîtres et évangiles), sont fort bien choisies. Nous ne les donnons pas ici parce que les fidèles les trouveront facilement dans les livres qu'ils ont sous la main, missels, bréviaires, paroissiens ou Bible ; et aussi parce qu'elles ont varié beaucoup selon les églises et les temps. Au x^ siècle, il y a dans les missels jusqu'à 15 et 17 épîtres ou évangiles pour les martyrs.
j\ous aimons mieux donner quelques extraits des hymnes qui sont fort anciennes (au moins du vue siècle) et qui résument bien les titres des martyrs.
« 0 Dieu qui êtes l'héritage, la couronne et la récompense de vos soldats, déliez du lien de leurs crimes ceux qui chantent les louanges de ce martyr.
Il II a pensé que les joies du monde et les douceurs dangereuses étaient caduques, c'est pourquoi il a gagné les recompenses célestes.
« 11 a affronté vaillamment les supplices et 'les a supportés
avec courage, répandant pour vous son sang, il possède les dons éternels.
« C'est pourquoi nous vous prions avec instance, très clément, dans ce triomphe du martjT. remettez leur faute à vos serviteurs.
« MartjT de Dieu qui, en suivant le Fils unique du Père, as triomphé des ennemis, et qui, vainqueur, jouis des biens éternels,
« Daigne prier pour que notre péché soit effacé...
« Les liens de ton corps sont déliés maintenant : délivre-nous des liens du siècle, par amour du Fils de Dieu [i). •
Voici une oraison ancienne d'une cadence harmonieuse, où chaque membre se correspond, où les syllabes sont combinées savamment, comme il arrive souvent dans ces sortes de prières :
« Regardez, Dieu tout-puissant, notre infirmité, et comme le poids de notre propre action nous appesantit, que l'intercession glorieuse du bienheureux Fabien, votre martyr et votre pontife, nous protège. Par Notre-Seigneur Jésus-Christ (2). »
Cette autre, qui est au gélasien, ne le cède en rien à la précédente comme nombre et harmonie :
« Accordez, nous vous en prions. Dieu tout-puissant, que par l'intercession du bienheureux Sébastien, votre martyr, nous soyons délivrés de toute inflrmité dans le corps et guéris des mauvaises pensées dans l'esprit. Par Notre-Seigneur (3). »
(1) L'hjTnne Martyr Dei semble la suite du Deus tuorum militum.
(2) Selon dom Plaine, l'oraison aurait été primitivement composée pour saint Fabien, pape et martyr du iii« siècle. 11 faut la donner en latin pour qu'on ait une idée du rythme : « Infirmitatem nostram respice, omnipotens Deus, et quia pondus propriae actionis gravât, beati Fabiani martyris tui atque pontificis, intercessio gloriosa nos protegat. »
[l] C'est aussi, à quelques termes près, la collecte du deuxième dimanche de Carême.
Si nous avons placé en premier lieu le culte des martyrs, quoique leur dignité soit inférieure à celle des apôtres, c'est que dans la liturgie le culte des martyrs, comme martyrs, semble chronologiquement antérieur, exception faite du culte local rendu à certains apôtres, comme saint Pierre et saint Paul à Rome, saint Jean à Éphèse, saint Jacques, et peut-être saint André et saint Philippe. Du reste, ces apôtres, étant martyrs, recevaient un culte comme tels.
Les diptyques de la messe citent les apôtres avant les martyrs : sed et heatorum aposlolorum ac marhjrum tuorum, Pétri et Pauli, Andreie, Jacobi, Philippi, Barlholomsei, Matthœi, Simoniset 7'Iiaddœi, elplusloin: cum tiiis sanctis apostolis et martyribus : cum Joanne,... Mathia, Barnaba.
Dans l'année ecclésiastique, les fêtes des apôtres avec Faddition de saint Paul, saint Barnabe, saint Marc et saint Luc, sont ainsi réparties aujourd'hui :
La Chaire de saint Pierre à Rome. . 18 janvier.
La Conversion de saint Paul. . . 23 janvier.
La Chaire de saint Pierre à Antiociie 22 février.
Saint Mathias 24 février.
Saint Marc, évangéliste 23 avril.
Saint Philippe et saint Jacques . . 1" mai. Saint Jean devant la Porte Latine. . 6 mai.
Saint Barnabe 11 juin.
Saint Pierre et saint Paul. ... 29 juin.
Saint Paul 30 juin.
Saint Jacques 25 juillet.
Saint Pierre aux liens l"août.
Saint Barthélémy 24 août.
Saint Matthieu 21 sept.
Saint Simon et saint Jude. ... 28 oct.
Saint André 30 nov.
Saint Jean 27 déc.
Ces fêtes étaient autrefois célébrées avec une grande solennité; la liturgie est restée fidèle à cette coutume, et leur concède encore une vigile.
Le Commun des apôtres est très ancien et, comme celui des martyrs, il fut probablement composé pour une circonstance particulière, la fête de saint Pierre et de saint Paul, et depuis fut appliqué aux autres. Il est d'aussi bonne marque que celui des martyrs et composé suivant les règles anciennes : par exemple, les antiennes de l'office de nuit et des secondes vêpres sont toutes tirées des psaumes dont elles sont le refrain, règle qui a été peu à peu oubliée dans la suite.
Le choix des psaumes est très remarquable : ce sont les psaumes 18, 33, 44 ; 46, 60, 63 ; 74, 96, 98 ; 109, 112, 115, 125,138 (1), dont quelques-uns sont communs aux apôtres et aux martyrs.
Les deux offices ont, du reste, plus d'un point de contact. Citons quelques-unes des principales antiennes ou des répons :
« Tu les constitueras princes sur toute la terre : ils se rappelleront ton nom, Seigneur (ps 44).
(1) Selon dom Plaine (/. c ), l'Ordo publié par Thomasi (éd. Vezzozzi. t III, iniliu), qui attribue ces psaumes à la fête du 29 juin, remonterait auv« siècle.
'( A la place de vos pères, des fils vous sont nés : c'est pourquoi les peuples confesseront votre nom ps. 44).
« Le son de leur voix a été entendu par toute la terre, e1 leurs paroles jusqu'aux extrémilésde l'univers Cps. 18 (1).
<■ Ils ont annoncé les œuvres de Dieu, et ils ont compris ses actes (ps. 63) y2).
I. Leur souveraineté a été fortifiée, et vos amis, ô Dieu, ont été honorés à l'excès fps. 138). »
Nous venons d'entendre la voix des prophètes de l'ancienne loi. Écoutons maintenant les promesses que le Seigneur fait à ses apôtres dans l'Évangile et les préceptes qu'il leur donne.
« Mon précepte est que vous vous aimiez les uns les autres, comme je vous ai aimés.
« Il n'est pas de plus grande charité que celle c[ui fait sacr.fier sa vie pour ses amis.
« Vous êtes mes amis, si vous faites ce que je vous commande, dit le Seigneur.
« Vous qui avez tout quitté et qui m'avez suivi, vous recevrez le centuple et vous posséderez la vie éternelle.
« Voilà que je vous envoie camme des brebis au milieu des loups, dit le Seigneur. Soyez donc prudents comme des serpents et simples comme des colombes.
<• Prenez mon joug avec vous, dit le Seigneur, et apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur.
n Quand vous serez devant les rois et les présidents, ne songez pas comment vous parlerez. Il vous sera indiqué à cette heure comment vous devez parler. Car ce n'est pas vous qui parlez, mais l'Esprit de votre Père, qui parlera en vous. »
D'autres répons sont empruntés à l'Apocalypse et sont tout frémissants encore du sentiment de la lutte des martyrs et de leur triomphe :
« J'ai vu des hommes unis qui avaient des vêtements s,plen-
(1) Saint Paul applique déjà ce verset aux missionnaires et aux apôtres. Rom. x, 18
(2) Déjà appliqué aux apôtres par .saint Augustin {Enarr. in ps. 6'y, n. 15 et 16, et init.
dides, et l'ange du Seigneur m'a parlé disant : Ce sont les hommes saints devenus les amis de Dieu. J'ai vu l'ange de Dieu fort, qui volait au milieu du ciel, criant et disant d'une voix forte : Ce sont les hommes saints devenus les amis de
« Ce S'intles triomphateurs et les amis de Dieu qui, méprisant les ordres des princes, ont obtenu les récompenses éternelles. Ils sont couronnés et reçoivent la palme Ce sont ceux qui sont venus de la grande tribulation et qui ont lavé leurs robes dans le sang de l'Agneau.
« Les saints par la foi ont vaincu les royaumes, ils ont opéré la justice. L'Église brille par leur doctrine, comme la lune brille par le soleil. »
Nous ne citerons plus que quelques strophes des hymnes qui résument bien les prérogatives des apôtres, et retracent le rôle qu'ils ont joué :
« Que le ciel retentisse de louanges ; que la terre y fasse écho par sa joie; les saintes solennités nous chantent la gloire des apôtres.
1 Juges équitables du monde, et vraies lumières de la terre, nous vous prions par les vœux de nos cœurs, écoutez les prières de ceux qui vous implorent.
« Vous qui fermez le ciel par une parole et qui ouvrez ses portes, déliez-nous de nos péchés, nous vous en prions ;
« Afin que lorsque, â la fin des temps, le Christ reviendra comme juge, il nous donne une part dans la joie éternelle (1).»