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LE CULTE DES CONFESSEURS

Après les martyrs et les apôtres, les confesseurs devaient suivre. Leur sainteté moins éclatante que rhéroïsme des martyrs frappait moins l'esprit des fidèles, et leur culte par conséquent devait être plus

(1) Elle est certainement antérieure au x» siècle.

tardif et moins solennel. Mais c'étaient des amis de Dieu aussi, par suite des patrons et des intercesseurs. Un saint Antoine, un saint Hilarion, un saint Martin, un saint Sylvestre, un saint Jean Chrysostome, un saint Athanase, un saint Basile, réclamaient bien une place dans la piété des fidèles à côté des Laurent, des Vincent, des Sébastien, des Agnès et des Cécile. Ils furent les premiers à être inscrits sur les calendriers liturgiques, après les apôtres et les martyrs (1). Bientôt ils devinrent phalanges. D'abord montèrent au ciel liturgique les étoiles de première grandeur, puis d'autres moins brillantes, enfin la voûte céleste se constella de planètes, par un mouvement qui se continue encore et fait apparaître de temps en temps sur l'horizon un nouvel astre. Le calendrierestdevenu hospitalier; il s'est ouvert à tous les saints; ils sont légion; ils forment une magnifique armée ; après les martyrs et les apôtres qui marchent en tête, viennent tous les grands papes, les Grégoire, les Léon, les grands évêques de toutes les capitales ecclésiastiques et les docteurs : Athanase, Ililaire, Ambroise, Basile, Augustin, Jean Chrysostome, Martin, Thomas d'Aquin, Bonaventure, Nicolas, Isidore, Paulin, Jérôme, Thomas de Cantorbéry ; des rois, des reines, les fondateurs d'ordres : Hélène, Louis, Elisabeth, Benoît, Bernard, François, Dominique, Ignace, Vincent de Paul; les viergescomme Catherine de Sienne, Gertrude, Thérèse, etc. Les annales de l'Église universelle se déroulent ainsi sous nos yeux dans le courant d'une année. Quelle société, quelle nation, quelle école de philosophie,

(I) Il y a des preuves du culte des confesseurs dès le iv siècle. M. de Rossi cite une épitaphe où ce titre est très clairement distingué de celui de martyr. {Bull. 1864, p. 30.)

quelle religion pourrait offrir une pareille réunion de grands hommes, de grands écrivains, de héros, de bienfaiteurs de l'humanité, de conducteurs de peuples, de grands serviteurs de Dieu !

Peut-être même y a-t-il eu en ceci quelque excès, car les saints ont peu à peu pris toutes les places libres et n'ont laissé à l'office du temps, qui est dans la notion primitive la partie principale et comme la charpente de l'année liturgique, qu'une place très secondaire. Les liturgistes ont toujours protesté contre cette invasion, et l'on pourrait par une facile réforme faire droit à ces réclamations.

Parmi les confesseurs, on a créé plusieurs catégories : les confesseurs pontifes (évêques) et les confesseurs non pontifes, les docteurs de l'Église et les abbés. Mais leurs différents offices ont tant de traits communs qu'on peut les considérer comme formant une seule liturgie. Ici du reste, comme pour les martyrs, l'ofTice propre a précédé le commun, et il est facile de voir que ce dernier conserve bien des traces de son origine première, par exemple dans l'hymne fameuse : Iste confessor.

« A son tombeau sacré les membres des malades, quelle que soit la maladie dont ils souffrent, sont rendus à la santé. »

Oncroit voir les foules accourir au tombeau du saint, avec leurs infirmes qui viennent chercher la santé. De même cette antienne :

« Prêtre et pontife, vous qui avez pratiqué les vertus, bon pasteur pour votre peuple priez pour nous le Seigneur. »

C'est encore un trait local.

Il y a dans cet office plusieurs pièces de rechange,

des épîtres, des évangiles, des oraisons surtout. C'était en effet, dans la liturgie ancienne, la partie la plus libre et la plus exposée par suite aux changements.

Les psaumes employés sont à peu près les mêmes que pour les martyrs, nous n'y reviendrons pas. Les répons et les antiennes, selon l'ancienne méthode, sont pour la plupart tirés de ces psaumes. Citons comme mieux appropriés à l'office des confesseurs, et ayant fourni le plus grand nombre de pièces liturgiques, les psaumes 20% 91°, 109% 111e et 131% et trois beaux chapitres de l'Ecclésiastique, les 39^, 44e et 45*, qui sont consacrés à louer les patriarches de l'ancienne loi, Hénoch, Noé, Abraham, Moïse, Aaron, Phinées. Mais les saints de la loi nouvelle ne leur sont pas inférieurs, et ces éloges leur conviennent aussi bien :

« LoTions ces hommes glorieux, qui sont nos pères dans leur génération... hommes riches en verta, ayant le goût de la beauté... Le juste veillera dès l'aurore pour le Seigneur, qui l'a créé, et il priera en présence du Très-Haut. Il ouvrira sa bouche pour la prière, et implorera la clémence de Dieu pour ses péchés. Si en effet le Seigneur tout-puissant le veut, il le remplira de l'esprit d'intelligence : et il répandra comme la pluie les paroles de sa sagesse, et il rendra gloire au Seigneur dans sa prière...

« Voilà le prêtre qui à cette époque plut à Dieu, et fut trouvé juste : et au temps de sa colère il opéra la réconciliation.

« Il n'y en a pas eu de semblable à lui pour garder la loi du Très-Haut.

u C'est pourquoi p,ar son serment le Seigneur l'a fait croître au milieu de son peuple.

« H lui a donné la bénédiction des nations et a confirmé son alliance sur sa tête, etc. »

Parmi les épîtres et les évangiles dont la plupart sont fort bien appliqués, nous n'indiquerons que le

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passage de l'épître aux Hébreux qui fait un si bel éloge des ancêtres :

« Rappelez-vous vos chefs, qui vous ont parlé la parole de Dieu : méditez sur l'issue de leur vie et imitez leur foi. Jésus. Christ hier, et aujourd'hui, et aussi dans les siècles. Ne vous laissez pas entraîner par des doctrines étrangères et nouvelles...

« Nous n'avons pas ici une cité permanente, mais nous cherchons la cité de l'avenir.

•< Par lui (Jésus) otfrons toujours à Dieu l'hostie de louange, fruit des lèvres qui confessent son nom ..

Il Obéissez à ceux qui sont à votre tête et soyez-leur soumis. Car ils veillent, sachant qu'ils ont à rendre compte pour vos âmes (1). »

Ce passage, comme plusieurs de ceux de l'office des pontifes, fait surtout allusion au sacerdoce que ces saints ont exercé, et à leur charge d'évêquc qu'ils ont remplie avec un zèle si évangélique.

L'office des confesseurs non pontifes s'inspire plutôt des passages de l'Évangile qui nous rappelle que ces saints ont été de bons serviteurs du Christ et qu'ils ont veillé ; ils ont fait fructifier les talents que Dieu leur avait confiés.

« Seigneur, disent les antiennes, vous m'aviez confié cinq talents ; voilà que j'en ai gagné cinq autres.

0 Courage, bon serviteur, tu as été fidèle dans les petites choses, entre dans la joie de ton Seigneur.

« Heureux ce serviteur que son maître, quand il viendra et qu'il frappera à sa porte, trouvera éveillé (2). «

(1) Heb. iir.

[2j Luc. XII, Matth. xiv.

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