LES VIERGES ET LES VEUVES
Les vierges forment un chœur à part. Elles sont entrées dans le cycle à la suite des martyrs. Les vierges et les saintes femmes martyres ne sont d'abord pas distinguées des autres martyrs. Elles eurent leur place au milieu d'eux dans la litanie de la messe : « Baignez nous donner une certaine pari et une société avec vos saiyits apôtres et vos martxjrs : Jean, Etienne^ Mathias, Barnabe, Ignace, Alexandre, Marcellin, Pierre, Félicité, Perpétue, Agathe, Lucie, Agnès, Cécile, Anaslasie, et tous vos saints... » Puis elles attirèrent bientôt à elles leurs sœurs, vierges comme elles, mais qui n'avaient pas cueilli avec elles la palme du martyre.
L'office du Commun des vierges est fort intéressant à étudier pour le liturgiste. On sent qu'il a été composé, comme la plupart des Communs, d'après des offices propres. Plusieurs traits sont particuliers, et ont été choisis pour l'office de telle ou telle martyre : par exemple les épîtres Confilebor tihi, Domine rex (Eccli. 51), et Domine Deus meus, exaltasti (ib. 51), et les versets : Me expectaverunt pcccatores, Confundantur superbi (du ps. 118), sont une évidente allusion aux épreuves qu'eut à subir sainte Agnès et aux actt's de son martyre ; tandis qu'un autre verset du ps. 118 : Loquebar de testimoniis tuis, paraît mieux approprié à sainte Cécile.
Les autres sources principales pour les versets, les répons, les antiennes et les capitules des heures ou de la messe sont surtout le beau psaume 44% dont presque tous les versets sont devenus en quelque sorte classiques pour l'office des vierges, et se retrouvent dans la plupart des liturgies. On sait que ce psaume est une sorte d'épithalame, composé à l'occasion des noces d'un roi, figure du vrai roi, le Messie. La vierge chrétienne est donc considérée ici comme l'épouse de ce roi divin, et l'on voit dès lors la beauté de ces applications.
Ce roi de gloire est d'abord décrit en ces termes :
« Vous surpassez en beauté les enfants des hommes,
la grâce est répandue sur vos lèvres ;
c'est pourquoi Dieu vous a béni à jamais. « Ceignez-vous de votre glaive, sur votre hanche, ô très puissant.
Avec votre gloire et votre majesté, avancez,
marchez victorieusement et régnez
pour la vérité, la douceur et la justice,
et votre droite vous conduira merveilleusement. « Vos flèches sont aiguës... votre trône est éternel ;
le sceptre de votre règne est un sceptre d'équité. « Vous avez aimé la justice, et haï l'iniquité,
c'est pourquoi, ô Dieu, votre Dieu vous a oint d'une huile d'allégresse, plus que tous vos compagnons... »
Voici maintenant la description de la vierge chrétienne que le roi de gloire s'est choisie pour épouse :
0 La reine s'est assise à votre droite.
en vêtements tissus d'or, couverte de broderies. « Ecoutez, ma fille, et voyez, et prêtez l'oreille,
et oubliez votre peuple et la maison de votre père, c Et le roi sera épris de votre beauté ;
car il est le Seigneur votre Dieu, et on l'adorera... « Toute la gloire de la fille du roi vient de l'intérieur. »
Les psaumes 4o«, 47«, 121*, 126e et 147e, les conseils de saint Paul aux vierges dans l'épître aux Corinthiens (I ad Cor. vu), la parabole des cinq vierges sages et des cinq vierges folles ainsi que la parabole du trésor caché dans le champ, complètent les enseignements de ce bel office liturgique qui nous montre éloquemment en quel honneur l'Église tient la virginité (1).
Restaient les femmes chrétiennes qui se sont sanctifiées dans le mariage et n'ont pas été couronnées par le martyre. Elles ne parurent sur le cycle que longtemps après les vierges. Le Commun des saintes femmes, qui est relativement récent, est composé de pièces empruntées soit à l'office des vierges, soit à l'office de la sainte Vierge. Les hymnes sont également modernes. La pièce la plus remarquable est le fameux passage des Proverbes (xxxi) sur la femme forte :
« Qui trouvera une femme forte ? elle est plus précieuse que ce qu'on rapporte du bout du monde.
« Le cœur de son mari met sa confiance en elle, et il n'aura pas besoin des dépouilles (de l'ennemi).
« Elle lui rendra le bien et non le mal, pendant tous les jours de sa vie.
« Elle a cherché la laine et le lin ; et elle a travaillé avec des mains sages et ingénieuses...
« Elle se lève lorsqu'il est encore nuit, et donne à manger à ses serviteurs, et à ses servantes... Sa lampe ne s'éteindra point pendant la nuit... elle a ouvert sa main à l'indigent, elle a tendu son bras au pauvre...
« Elle a ouvert sa bouche avec sagesse, et la loi de clémence est sur ses lèvres... Ses enfants se sont levés et ont publié qu'elle était bienheureuse ; son mari s'est levé et l'a louée.
'( La grâce est trompeuse, e( la beauté est vaine; la femme qui craint le Seigneur est celle qui sera louée. »'
(1) Matth. XIII, XXV.